«Je pense donc je suis». Cette phrase de
Descartes a conditionné jusqu’à nos jours
nos actions et nos réactions face à nos environnements
directs et indirects. Car force est de
constater que depuis une cinquantaine d’années,
certes l’individu pense, encore et toujours, voire
de plus en plus (du fait de la multiplication des
idées, des discours et des images…), mais inversement
accepte de moins en moins au sein de
son mode de vie globalisé la critique constructive,
la remise en question, l’autocritique et surtout
l’abandon de l’acquisition de l’objet.
Pour expliquer ce phénomène, j’invoquerai à
mon tour trois formules: «Je consomme donc je
vis», «je possède donc j’existe» et le fin du fin «Je passe à la télé donc je suis». La première formule
exprime la croyance que l’individu à travers
l’acte d’achat conditionne le marché, alors
qu’en réalité l’homme est façonné de l’esprit au
corps par le marché. Qui plus est, l’individu pour
se sentir en vie dans cet Occident individualiste
retrouve et donne un sens à son existence à travers
la détention des choses et des êtres. La
seconde formule nous libère illusoirement de
nos devoirs et de nos responsabilités en tant que
citoyens du monde. Le fait «d’avoir» nous donne
le pouvoir de décider, de diriger et le plus important
d’être remarqué par l’entourage comme une
personne de bien et parfois d’importance. La
troisième et dernière formule influence nos
comportements en adéquation avec l’évolution
des médias (publicités, films, news, tendances,
modes…) liée aux cycles de vie des produits de
grande consommation et services (Internet, sms,
speed-dating, ready-to-eat/live/love...) Le tout
nous conduisant dans l’illusion furtive et fictive
d’agir toujours de manière juste, équitable et la
meilleure possible envers soi et l’Autre au travers
de nos expériences et de nos gestes quotidiens.
En janvier 2005 s’est tenu à Paris, la Conférence
internationale de l’Unesco sur la Biodiversité.
Selon les spécialistes et les chercheurs,
la planète traverse sa sixième crise d’extinction
des espèces depuis le début de la vie il y a 3.8
milliards d’années. Fait important, contrairement
au cinq crises précédentes, cette crise
n’est pas naturelle, elle est générée par les activités
humaines. Le constat et les preuves accumulées
depuis le Sommet de Rio en 1992
confirment l’étendue des dégâts irrémédiables
sur la perte, la fragmentation et la dégradation
irréversible des habitats. Des répercutions sans
précédents sont attendues dans les quinze
années à venir tant sur le plan de l’instabilité
climatique, la santé, les écosystèmes, que sur
l’économie mondiale. Nous connaissons la
Lune et nous allons chercher la vie sur Mars, et
nous détruisons parallèlement selon les statistiques,
50’000 à 100’000 espèces vivantes chaque
année. A noter que sur les 5 à 30 millions
d’espèces différentes, nous n’en connaissons
que 2 millions. Tout en ignorant la réelle interaction
qui nous relie à elles en terme de
sources existentielles, spirituelles, culturelles
et esthétiques. (70% de nos médicaments sont
dérivés des plantes) Lors du Forum des
Nations Unies sur les forêts (FNUF) réuni à
New York entre 16 et 27 mai 2005 et soldé par
un échec, Wangari Maathai, lauréate du prix
Nobel 2004, a déclaré «Bien que depuis des
années nous parlions beaucoup de l’environnement,
presque rien n’a été fait sur le terrain, il
faut maintenant que les gouvernements, non
seulement au niveau mondial mais aussi au
niveau local, mobilisent les populations».
Paradoxalement, seules les entreprises mercantiles
semblent posséder à l’heure actuelle la
volonté d’organiser des débats d’idées et d’opinions
pour mieux créer, fabriquer, conceptualiser,
uniformiser et vendre des produits et des
services pour les générations futures. Et malheureusement, à ce jour, comme le signalait
Wangari Maathai: «C’est une chose de rédiger
des documents, cela en est une autre de rentrer
chez soi pour transformer ces documents en
actions concrètes» En effet, mise à part une
vision galopante marchande unilatéraliste, il
n’existe point de véritable ligne de conduite
sociale, ni de projet culturel pour nourrir
l’Homme au sein d’une mondialisation annoncée
depuis l’ère de la Grèce Antique. En vingt ans,
tous les outils et moyens susceptibles d’amener
l’individu à réfléchir et à évoluer par ses propres
moyens (l’art, la culture, les médecines ancestrales
et les dialectes d’origine et de formes
diverses) ont été systématiquement aplanis et
aseptisés sur tous les continents. Et ceci pour
mieux laisser croire à des milliards d’individus
qu’ils pourront atteindre le rythme effréné de
consommation soutenue par l’Europe et les USA
sans détruire définitivement leur planète. La
réponse adéquate repose dans les stratégies géopolitiques
des grandes puissances qui doivent
agir dorénavant en partageant leurs richesses et
non pas en produisant toujours davantage. L’objectif étant d’amener les pays garants des droits
de l’homme et de la démocratie à rayonner grâce à leur force culturelle, éthique et institutionnelle,
au lieu de risquer un cataclysme géo-structurel
en favorisant un dictat économique globalisé.
Car les ressources animales, végétales et
minérales de notre planète soumises à l’exploitation
abusive et la pollution intensive ne sont pas
exponentielles contrairement aux chaînes et aux
réseaux de production et d’assemblage de nos
multinationales.
Peut-être devrions-nous nous replonger
dans ce qui fut nos racines et les mots du chef
indien Seattle: «La terre n’appartient pas à
l’homme; l’homme appartient à la terre. Cela,
nous le savons. Toutes choses se tiennent
comme le sang qui unit une même famille.
Toutes choses se tiennent. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Ce n’est
pas l’homme qui a tissé la trame de la vie: il
en est seulement un fil. Tout ce qu’il fait à la
trame, il le fait à lui-même.» Nous sommes
tous conscients des enjeux vitaux pour l’humanité.
Il s’agit ici et maintenant de trouver
une cohérence entre la politique et l’action.