UN Special N° 642 Juillet - Août • July - August 2005

Globe

L’avenir appartient aux femmes

Nicolas Emilien, ONUG

Photo: Pierre Virot

«Si la non-violence est la loi de l’humanité, l’avenir appartient aux femmes. Qui peut faire appel au coeur des hommes avec plus d’efficacité que la femme?» a énoncé Gandhi. Pourtant, dans notre civilisation du XXIe siècle, des femmes se transforment en bombes humaines génocidaires et des enfants deviennent de vrais soldats sanguinaires! De nos jours, la femme et son enfant sont-ils encore l’avenir de l’homme? Et l’homme est-il toujours l’avenir de la femme et son enfant?
La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) estime que 842 millions de personnes dans le monde étaient sous-alimentées en 1999-2001, années les plus récentes pour lesquelles des chiffres sont disponibles. Ce chiffre comprend 10 millions de personnes dans les pays industrialisés, 34 millions dans les pays en transition et 798 millions dans les pays en développement. Ne pourrait-on souhaiter que les femmes soient l’avenir de l’homme? Mais force est de constater que l’amour n’a plus le dernier mot sur la haine liée au désespoir et aux injustices. Selon le CICR, le nombre de femmes engagées dans les conflits est en croissante évolution de par le monde. Aujourd’hui, face à la perte d’enfants, de parents, de familles, de leur maison et de leur terre, les femmes se sacrifient au nom du chaos. Dans de telles conditions, un individu peut-il exister s’il est en permanence malmené et violenté par l’incertitude dévorante de son environnement personnel et impersonnel?
Le rapport 2005 sur la situation des enfants dans le monde publié par l’UNICEF rapporte que depuis 1990, les guerres ont tué 3.8 millions de personnes dont 45% étaient des enfants. Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint des Nations Unies chargé des opérations de maintien de la paix, quant à lui, rédige dans le Herald Tribune du 30 janvier 2004: «8 millions de morts pendant la Première Guerre Mondiale pour 7 millions en Afrique dans les conflits d’Angola, République Démocratique du Congo et du Soudan.» En dépit de cette litanie de chiffres effroyables, ne pourrait-on souhaiter que l’homme soit l’avenir de la femme? Néanmoins, pour réaliser ce dessein, il doit pourvoir en premier lieu aux besoins élémentaires de sa famille, à savoir: la nourriture, la santé et l’éducation. En août 2004, l’écrivain Eduardo Galeano écrivait: «Chaque jour, le monde consacre 2.2 milliards de dollars à la production de la mort. Neuf jours de dépenses militaires suffiraient à procurer nourriture, éducation et soins à tous les enfants de la Terre qui en sont dépourvus.» Il ne peut y avoir de compromis envisageable avec des principes fondamentaux et existentiels. Il semble difficile d’imaginer que l’homme dépose les armes. Pour vivre, il lui faudrait une bien meilleure raison que pour mourir…
121 millions d’enfants en âge d’aller à l’école primaire ne sont pas scolarisés. Il s’agit de filles, en majorité. 640 millions d’enfants des pays en développement vivent sans logement convenable, soit un sur trois. (Rapport UNICEF 2005). 80 à 100 millions d’enfants dans les rues en 1993, 100 à 120 millions en l’an 2000 à travers le monde (Chiffres de l’ONU, du BIT et de l’UNICEF). Une étude du Bureau International du Travail fait état de 250 millions d’enfants âgés de 5 à 14 ans travaillant dans le monde (dont la moitié à plein temps). A nouveau, les estimations des organisations internationales annoncent en 2001 entre 250 000 et 300 000 enfants engagés ou enrôlés dans les forces armées sur le continent, dont 200 000 ont moins de 15 ans. Enfin, l’Organisation des Nations Unies dénonce le chiffre de 2 millions d’enfants, victimes du commerce du sexe. Au coeur des jungles urbaines, abreuvé et nourri de visions barbares, de haine et d’exclusion, l’enfant n’est plus. Harcelés, manipulés et enrôlés souvent bien malgré eux dans les trafics, larcins et crimes en tout genre, les adolescents abusés sont les germes des nouveaux meurtres, conflits et massacres à venir. Ne pourrait-on souhaiter que les 2.2 milliards d’enfants vivant sur notre Terre soient l’avenir de notre planète? Mais pour cela, ils doivent être éduqués à la paix et au respect de la nature qui les habite et les entoure.
Malgré ces statistiques affligeantes, souhaitons, pour la survie de l’Homme, que la réforme du Conseil de sécurité et la réhabilitation de la Commission des droits de l’homme retrouvent le chemin d’une justice, d’une vérité et d’une dignité humaine. Et de se rappeler que le but premier des Nations-Unies, des organisations gouvernementales (et non gouvernementales) est d’aider multilatéralement les pays et les gouvernants à identifier, à analyser et à sortir de leurs erreurs et contradictions humaines et environnementales. Mais peut-il y avoir démocratie sans interdépendance des droits de l’Homme? Et peut-il y avoir des droits de l’Homme sans un engagement des institutions, une implication des individus et un respect de l’expression orale de l’individu?

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