«Si la non-violence est la loi de l’humanité,
l’avenir appartient aux femmes. Qui peut
faire appel au coeur des hommes avec plus d’efficacité
que la femme?» a énoncé Gandhi. Pourtant,
dans notre civilisation du XXIe siècle, des femmes
se transforment en bombes humaines génocidaires
et des enfants deviennent de vrais soldats
sanguinaires! De nos jours, la femme et son
enfant sont-ils encore l’avenir de l’homme? Et
l’homme est-il toujours l’avenir de la femme et
son enfant?
La FAO (Organisation des Nations Unies pour
l’alimentation et l’agriculture) estime que 842 millions
de personnes dans le monde étaient sous-alimentées
en 1999-2001, années les plus récentes
pour lesquelles des chiffres sont disponibles. Ce
chiffre comprend 10 millions de personnes dans
les pays industrialisés, 34 millions dans les pays
en transition et 798 millions dans les pays en
développement. Ne pourrait-on souhaiter que les
femmes soient l’avenir de l’homme? Mais force
est de constater que l’amour n’a plus le dernier
mot sur la haine liée au désespoir et aux injustices.
Selon le CICR, le nombre de femmes engagées
dans les conflits est en croissante évolution
de par le monde. Aujourd’hui, face à la perte d’enfants,
de parents, de familles, de leur maison et de
leur terre, les femmes se sacrifient au nom du
chaos. Dans de telles conditions, un individu
peut-il exister s’il est en permanence malmené et
violenté par l’incertitude dévorante de son environnement
personnel et impersonnel?
Le rapport 2005 sur la situation des enfants
dans le monde publié par l’UNICEF rapporte que
depuis 1990, les guerres ont tué 3.8 millions de
personnes dont 45% étaient des enfants. Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint des
Nations Unies chargé des opérations de maintien de la paix, quant à lui, rédige dans le Herald Tribune
du 30 janvier 2004: «8 millions de morts pendant
la Première Guerre Mondiale pour 7 millions
en Afrique dans les conflits d’Angola, République
Démocratique du Congo et du Soudan.» En dépit
de cette litanie de chiffres effroyables, ne pourrait-on souhaiter que l’homme soit l’avenir de la
femme? Néanmoins, pour réaliser ce dessein, il
doit pourvoir en premier lieu aux besoins élémentaires
de sa famille, à savoir: la nourriture, la
santé et l’éducation. En août 2004, l’écrivain
Eduardo Galeano écrivait: «Chaque jour, le
monde consacre 2.2 milliards de dollars à la production
de la mort. Neuf jours de dépenses militaires
suffiraient à procurer nourriture, éducation
et soins à tous les enfants de la Terre qui en sont
dépourvus.» Il ne peut y avoir de compromis envisageable
avec des principes fondamentaux et
existentiels. Il semble difficile d’imaginer que
l’homme dépose les armes. Pour vivre, il lui faudrait
une bien meilleure raison que pour mourir…
121 millions d’enfants en âge d’aller à l’école
primaire ne sont pas scolarisés. Il s’agit de filles,
en majorité. 640 millions d’enfants des pays en
développement vivent sans logement convenable,
soit un sur trois. (Rapport UNICEF 2005). 80 à
100 millions d’enfants dans les rues en 1993, 100 à
120 millions en l’an 2000 à travers le monde (Chiffres
de l’ONU, du BIT et de l’UNICEF). Une étude
du Bureau International du Travail fait état de 250
millions d’enfants âgés de 5 à 14 ans travaillant
dans le monde (dont la moitié à plein temps). A
nouveau, les estimations des organisations internationales
annoncent en 2001 entre 250 000 et 300
000 enfants engagés ou enrôlés dans les forces
armées sur le continent, dont 200 000 ont moins
de 15 ans. Enfin, l’Organisation des Nations Unies
dénonce le chiffre de 2 millions d’enfants, victimes
du commerce du sexe. Au coeur des jungles
urbaines, abreuvé et nourri de visions barbares,
de haine et d’exclusion, l’enfant n’est plus. Harcelés,
manipulés et enrôlés souvent bien malgré eux
dans les trafics, larcins et crimes en tout genre,
les adolescents abusés sont les germes des nouveaux
meurtres, conflits et massacres à venir. Ne
pourrait-on souhaiter que les 2.2 milliards d’enfants
vivant sur notre Terre soient l’avenir de
notre planète? Mais pour cela, ils doivent être éduqués à la paix et au respect de la nature qui les
habite et les entoure.
Malgré ces statistiques affligeantes, souhaitons,
pour la survie de l’Homme, que la réforme du
Conseil de sécurité et la réhabilitation de la Commission
des droits de l’homme retrouvent le chemin
d’une justice, d’une vérité et d’une dignité
humaine. Et de se rappeler que le but premier des
Nations-Unies, des organisations gouvernementales
(et non gouvernementales) est d’aider multilatéralement
les pays et les gouvernants à identifier, à analyser et à sortir de leurs erreurs et
contradictions humaines et environnementales.
Mais peut-il y avoir démocratie sans interdépendance
des droits de l’Homme? Et peut-il y avoir
des droits de l’Homme sans un engagement des
institutions, une implication des individus et un
respect de l’expression orale de l’individu?