UN Special N° 642 Juillet - Août • July - August 2005

Globe

Histoires de goûts (I)

Origines de la gastronomie

F. Subiger, UNOG

Histoires de gôuts

Comme dans toute recherche historique, le goût, dans tous les modes d'expression ou de comparaison, a été écrit, relaté, retransmis, incité, enseigné, publié et critiqué; que de sujets aux saveurs autant variées puissent être contenus dans ce mot de quelques lettres, dès qu’il s’agit de faire parler ce sens naturel et indispensable aux plaisirs de la table!
Partant de l’origine, nous pourrions nous situer dans ce milieu du 18e siècle de notre ère, en reprenant une habitude nommée «folie» et dont, de nos jours, il subsiste encore l’expression: «faire une folie». Mais, nous direz-vous, quel rapport avec la gastronomie?
En fait, certains usages, comme certaines habitudes culinaires, peuvent être des témoins fidèles de notre histoire, et même parfois, nous aider à situer, historiquement parlant, bien des traditions dont il semble souvent difficile de se représenter les origines; par exemple, la signification d’une phrase des plus utilisées: «Qui dort, dîne.» Le sens historique de cette expression, se traduisait par: Celui qui prendra une chambre ici (dans cette auberge), s‘engagera à dîner dans cette même auberge; car, le logis représentait des charges bien moindres, en comparaison de servir des repas cuisinés, et donc d’assurer la restauration, ainsi que toutes les exigences de cette offre aux voyageurs. Ces voyageurs dépensent donc, pour l’essentiel du prix à payer, la plus grande part de leur argent, pour manger; dans la plupart des endroits où le logis ne coûterait seul, qu’une faible part de la somme payée.
Mais, revenons à notre «folie» et revivons un instant ce milieu de 18e siècle, plein de rencontres et de nouvelles habitudes, qui un jour, se retrouveront dans notre ère contemporaine, témoins alors d’un succès de longue durée.

Origine de la «folie»

En résumé et tout en racontant, nous regardons les vingt dernières années du 17e siècle, de 1680 à 1700, pour voir ouvrir les premiers «cafés».
Des routes commerciales venant d’Asie mineure, on apporte des saveurs inconnues, et c’est à Paris, dans le quartier de Saint-Germain, que le premier café ouvre.
Cette nouvelle boisson gagnera toute l’Europe. Le chocolat chaud est d’un luxe rare et une patente, ou licence spéciale, autorise certains salons à le faire goûter et commercialiser.
De toutes sortes de nouvelles merveilles, aussi diverses qu’inconnues, la société d’alors prend de nouveaux repères et pratique les associations les plus enrichissantes que l’on puisse imaginer.
Les différents services d’un repas, s’agrémentent de goûts de plus en plus variés, de même que les recettes s’adaptent, s’améliorent, s’enrichissent et donnent de grandes possibilités de combinaisons ou de mélanges alimentaires.
Et la folie vint, tout naturellement, par le besoin également naturel et si humain, de convier des personnes jugées d’un goût certain, pour toutes ces innovations culinaires, dans une petite dépendance que l’on surnommait «la folie», car celle-ci marquait bien l’endroit où on ne résidait que pour partager quelques plats délicieux et recherchés, destinés à ceux dont on savait tout le plaisir qu’ils en raconteraient. Ces repas contenaient au moins deux services, suivis par des rencontres qui incitaient à redemander de certains plats, suivis par des boissons, du café, etc. La suite serait encore plus amusante à raconter, quoique celle-ci se conçoive aisément: comme tout bonne chose, la folie prend fin après un temps nécessaire, et les convives gardent en souvenir, le lieu de ces rencontres gastronomiques: la restauration prendra ses sources anciennes, de cette époque.
A cette même époque, on trouve des livres qui décrivent plus ou moins l’art culinaire, mais les détails, les procédés sont passés sous silence. Les ingrédients des recettes sont bien présents, mais les opérations nécessaires à la réussite des plats, ne sont mentionnées que très brièvement, dans une langue pleine d’expressions, peu accessibles aux non-initiés: les mots composés de «pot», comme pot-au-feu, poule au pot, pot de châtaignes, ont traversé les âges, tout en conservant un sens proche de celui de leurs origines. Pour s’en faire une idée, un ouvrage qui y fait référence, tel que: «VATEL, ou les origines de la gastronomie» décrit assez bien l’air du temps, c’est à dire le siècle et les coutumes qui précèdent les sources de cette première partie.
Les folies incitent alors à développer, au gré des invitations et des caprices de certains convives à satisfaire, ce que l’on nommera un jour, la restauration.
La dernière partie du 18e siècle voit les cuisines des relais, auberges, cailles et maisons, ressembler aux auberges-relais qui se maintiendront de 1770 à 1890, environ. Après, le chemin de fer, révolutionnera les usages culinaires: les buffets de gares seront les premiers témoins d’une certaine restauration rapide.
Pour ce qui est des critiques, le service dit «Buffet de gare» traduisait alors une connotation jugée peu fameuse, plutôt péjorative.
Enfin, ce premier exemple de restauration rapide fera beaucoup parler, autant qu’il incitera à juger de la qualité du service. Ainsi, quinze à vingt minutes, étaient estimées comme des attentes de durée raisonnable, entre chaque plat à servir. Le temps était donc bien codifié et toute attente prolongée trahissait un manque d’exactitude, de qualité de service. Le rythme du service, sa régularité souhaitée, devinrent des habitudes quotidiennes et réputées, grâce à ce premier essai de restauration rapide, principalement, le buffet de gare.
En comparaison, seules les têtes couronnées et leurs nobles lignées plaçaient des délais précis, des exigences de service, à cette époque et aux siècles qui la précèdent.
A suivre…

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