La Campagne pour un emblème de presse (PEC)
Il y a un an, le 6 juin 2004, une initiative intitulée
«Campagne pour un emblème de presse
(PEC)» était lancée à Genève. Sous l’impulsion
de Mme Hedayat Abdel-Nabi et de M. Blaise
Lempen*, la PEC a pour but de renforcer la
protection des journalistes par la création d’un
emblème de presse et la création d’une nouvelle
convention à fin de ratification par les
gouvernements. Cette convention vise à établir
un cadre juridique spécifique aux professionnels
des médias dans un contexte de violence
quel que soit le type de conflit (interne, armé,
manifestation, etc..).
L’emblème (un brassard par exemple), lui,
permettrait une meilleure identification et un
meilleur accès aux sources d’information.
Evident mon cher Watson
Cela paraît couler de source, me direzvous! Eh oui, la preuve en est que cela a déjà été proposé. Mais bon, c’est un vrai match de tennis, voici:
- Le 9 décembre 1970, l’Assemblée générale des Nations Unies adopte sa résolution 2673 (XXV), demandant un projet de convention particulière qui devait assurer la protection des journalistes en mission périlleuse.
- En 1971, la Commission des droits de l’homme élabore un premier projet, qu’elle présentera à la Conférence d’experts gouvernementaux sur la réaffirmation et le développement du droit international humanitaire applicable dans les conflits armés, organisée par le Comité international de la Croix Rouge (CICR), qui se réunira en 1972.
- (…)
- Le 1er août 1975: adoption par l’Assemblée générale de l’ONU du document A/101 47.
- le 8 juin 1977, la montagne accouche enfin de la souris avec l’adoption de deux protocoles dont un protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux (Protocole I). C’est l’article 79 qui porte le titre de «Mesures de protection des journalistes » (ouf)!
En trois points, cet article précise que les journalistes sont «considérés comme des personnes civiles»; qu’ils doivent être «protégés en tant que tels» et qu’ils pourront obtenir une carte d’identité attestant de leur qualité de journalistes.
Les limites
Mais voilà, cette convention demeure très
limitée et n’est plus adaptée ni à la situation
politique ni à l’évolution qu’a connu la profession
de journalistes les dernières décennies.
Les journalistes disposent du même statut
que les personnes civiles comme le premier
quidam venu qui va faire son marché. Loin de
moi l’idée de mettre les journalistes au-dessus
de la population locale, néanmoins force est de reconnaître qu’ils sont devenus de véritables
cibles de choix pour les belligérants.
Ses deux derniers livres: «La mondialisation sauvage» (Favre 1999), «La démocratie sans frontières — essai sur les mouvements antimondialisation» (L’Age d’Homme 2003).
les propositions

Madame Hedayat Abdel Nabi
Blaise Lempen souligne que ce signe distinctif
protègera les journalistes parce qu’il
permettra en cas de maltraitance, harcèlement,
enlèvement ou meurtre de déférer les
responsables devant la justice. Cela permettra,
ajoute-t-il, aux parties lésées de demander
une enquête, des sanctions et/ou d’obtenir
réparation.
J’ajoute que cela évitera beaucoup de «Oops, je ne savais pas que c’était un journaliste
avec sa caméra quand j’ai demandé à mes
hommes de lui envoyer une petite bombe».
Excuse si souvent entendue les dernières
années et qui finira par être connue sous le
célèbre intitulé de «dommage collatéral».
Lors d’une réunion de la PEC que s’est
tenue à Genève du 20 au 21 septembre 2004,
une «Déclaration de Genève sur les mesures à prendre pour renforcer la sécurité et la protection
des journalistes et autres personnels
des médias en mission périlleuse» a été
signée par les participants. Elle exhorte
notamment de «faire ouvrir des enquêtes
indépendantes, transparentes et approfondies
sur les incidents inexpliqués ayant provoqué
la mort ou la disparition de journalistes».
Cela serait une vraie nouveauté!
Cela reviendrait à avoir la possibilité légale
de demander à savoir, par exemple, qui a
enlevé Christian Chesnot, Georges Malbrunot
et Mohammed Al-Joundi (leur guide). Aujourd’hui,
nous nous réjouissons de la libération
de Laurence Aubenas et Hussein Hanoun Al-Saadi, mais sauront-ils un jour qui les a si
cruellement enfermés, pourquoi et quelles
seront les sanctions, s’il y en a?
Sa représentativité
La Campagne pour un emblème de presse
annonce le soutien de 22 associations représentant
environ 37.000 journalistes au projet
de nouvelle convention internationale pour
renforcer la protection des journalistes.
Lors d’un sondage entrepris par la PEC
entre les mois d’avril et mai auprès d’associations
de journalistes dans 112 pays, sur le
bien-fondé de la Déclaration de Genève adoptée
en septembre 2004, 22 organisations
représentant plus de 30 pays différents ont
manifesté leur soutien. Ces organisations
sont principalement issues de régions ayant
subi ou subissant un conflit violent. Sans
doute, leur perception de l’urgence est-elle
plus aiguë que dans les pays industrialisés!
La suite
Certaines questions cruciales restent en suspens, par exemple la définition même de journaliste. Mais que l’on soit pour ou contre cette initiative, chacun reconnaît qu’elle a au moins le mérite d’ouvrir le débat. Les membres de la PEC souhaitent maintenant que les gouvernements créent un groupe de travail ad hoc. Ce groupe d’experts intergouvernemental se réunirait en 2006 pour discuter le projet de convention et d’emblème de presse.
NB: une pensée pour tous les journalistes qui sont toujours en captivité.
