UN Special N° 642 Juillet - Août • July - August 2005

Globe
http://www.pressemblem.ch/index2.html

Faut-il protéger les journalistes?

Rachel El Haloui-Deléglise, ONU

La Campagne pour un emblème de presse (PEC)

Il y a un an, le 6 juin 2004, une initiative intitulée «Campagne pour un emblème de presse (PEC)» était lancée à Genève. Sous l’impulsion de Mme Hedayat Abdel-Nabi et de M. Blaise Lempen*, la PEC a pour but de renforcer la protection des journalistes par la création d’un emblème de presse et la création d’une nouvelle convention à fin de ratification par les gouvernements. Cette convention vise à établir un cadre juridique spécifique aux professionnels des médias dans un contexte de violence quel que soit le type de conflit (interne, armé, manifestation, etc..).
L’emblème (un brassard par exemple), lui, permettrait une meilleure identification et un meilleur accès aux sources d’information.

Evident mon cher Watson

Cela paraît couler de source, me direzvous! Eh oui, la preuve en est que cela a déjà été proposé. Mais bon, c’est un vrai match de tennis, voici:

En trois points, cet article précise que les journalistes sont «considérés comme des personnes civiles»; qu’ils doivent être «protégés en tant que tels» et qu’ils pourront obtenir une carte d’identité attestant de leur qualité de journalistes.

Les limites

Mais voilà, cette convention demeure très limitée et n’est plus adaptée ni à la situation politique ni à l’évolution qu’a connu la profession de journalistes les dernières décennies.
Les journalistes disposent du même statut que les personnes civiles comme le premier quidam venu qui va faire son marché. Loin de moi l’idée de mettre les journalistes au-dessus de la population locale, néanmoins force est de reconnaître qu’ils sont devenus de véritables cibles de choix pour les belligérants.

* Hedayat Abdel Nabi, née au Caire (Egypte), diplômée en sciences politiques de l’Université du Caire. Présidente de l’Association des correspondants auprès de l’ONU (ACANU) (2003-2005), correspondante à l’ONU de la Kuwait News Agency (KUNA) depuis 1999. Elle a travaillé pour le quotidien égyptien Al Ahram de 1971 à 1993 avant de rejoindre le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) de 1997 à 1999. Son dernier livre «Dialogue with celebrities» reproduit ses interviews. Blaise Lempen, né à Berne, diplômé du Centre universitaire d’enseignement du journalisme de Strasbourg (France) et Docteur en sciences politiques de l’Université de Lausanne. Il est depuis 1994 correspondant à l’ONU pour l’ATS (Swiss News Agency), après avoir travaillé pour les quotidiens suisses «Le Matin» (1975-1990) et «La Suisse» (1990-1994). Professeur invité à l’Université de Lausanne (1988-1998), auteur de neuf ouvrages politiques.
Ses deux derniers livres: «La mondialisation sauvage» (Favre 1999), «La démocratie sans frontières — essai sur les mouvements antimondialisation» (L’Age d’Homme 2003).

les propositions

Madame Hedayat Abdel Nabi
Madame Hedayat Abdel Nabi

Blaise Lempen souligne que ce signe distinctif protègera les journalistes parce qu’il permettra en cas de maltraitance, harcèlement, enlèvement ou meurtre de déférer les responsables devant la justice. Cela permettra, ajoute-t-il, aux parties lésées de demander une enquête, des sanctions et/ou d’obtenir
réparation.
J’ajoute que cela évitera beaucoup de «Oops, je ne savais pas que c’était un journaliste avec sa caméra quand j’ai demandé à mes hommes de lui envoyer une petite bombe». Excuse si souvent entendue les dernières années et qui finira par être connue sous le célèbre intitulé de «dommage collatéral».
Lors d’une réunion de la PEC que s’est tenue à Genève du 20 au 21 septembre 2004, une «Déclaration de Genève sur les mesures à prendre pour renforcer la sécurité et la protection des journalistes et autres personnels des médias en mission périlleuse» a été signée par les participants. Elle exhorte notamment de «faire ouvrir des enquêtes indépendantes, transparentes et approfondies sur les incidents inexpliqués ayant provoqué la mort ou la disparition de journalistes».
Cela serait une vraie nouveauté!
Cela reviendrait à avoir la possibilité légale de demander à savoir, par exemple, qui a enlevé Christian Chesnot, Georges Malbrunot et Mohammed Al-Joundi (leur guide). Aujourd’hui, nous nous réjouissons de la libération de Laurence Aubenas et Hussein Hanoun Al-Saadi, mais sauront-ils un jour qui les a si cruellement enfermés, pourquoi et quelles seront les sanctions, s’il y en a?

Sa représentativité

La Campagne pour un emblème de presse annonce le soutien de 22 associations représentant environ 37.000 journalistes au projet de nouvelle convention internationale pour renforcer la protection des journalistes.
Lors d’un sondage entrepris par la PEC entre les mois d’avril et mai auprès d’associations de journalistes dans 112 pays, sur le bien-fondé de la Déclaration de Genève adoptée en septembre 2004, 22 organisations représentant plus de 30 pays différents ont manifesté leur soutien. Ces organisations sont principalement issues de régions ayant subi ou subissant un conflit violent. Sans doute, leur perception de l’urgence est-elle plus aiguë que dans les pays industrialisés!

La suite

Certaines questions cruciales restent en suspens, par exemple la définition même de journaliste. Mais que l’on soit pour ou contre cette initiative, chacun reconnaît qu’elle a au moins le mérite d’ouvrir le débat. Les membres de la PEC souhaitent maintenant que les gouvernements créent un groupe de travail ad hoc. Ce groupe d’experts intergouvernemental se réunirait en 2006 pour discuter le projet de convention et d’emblème de presse.

NB: une pensée pour tous les journalistes qui sont toujours en captivité.

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