Que fait exactement l’Union postale universelle (UPU)?
L’UPU fait énormément de choses très concrètes dont on voit le résultat. L’une de ses premières prouesses est d’assurer que partout à travers le monde on peut avoir accès à des services postaux.
La poste existait-elle avant l’UPU?
Avant l’UPU, il existait un certain nombre
d’accords bilatéraux entre pays. Imaginez un
peu que chacun des pays membres de l’Union
soit obligé de conclure des accords bilatéraux
avec les 189 autres! Ce ne serait pas simple!
Le rôle de l’UPU a été de créer des règles
pour interconnecter, pour harmoniser et pour
normaliser le secteur postal.
Qu’est-ce que l’activité de compensation entre les pays?
C’est simple! Cette activité concerne les obligations
qu’ont les Etats d’organiser les échanges postaux. Pratiquement, vous êtes
en Suisse et vous envoyez une lettre en
France. Vous allez payer la poste suisse. Et la
poste suisse va demander à la poste française
de distribuer votre lettre. La poste française a
des coûts pour la distribution. Comment va-telle
récupérer ces coûts? Depuis 1969, l’UPU
gère un mécanisme appelé «frais terminaux»
destiné à indemniser les administrations postales
pour les coûts de traitement des lettres
et des envois arrivants, autres que les colis.
Pendant longtemps, on a pensé qu’une lettre
expédiée à l’étranger ferait l’objet d’une
réponse et que, par conséquent, le courrier
arrivant et celui partant s’équilibreraient
naturellement. Mais on s’est rendu compte
que c’était totalement erroné.
Pourquoi?
Parce que, comme pour les échanges commerciaux internationaux, il existe des déséquilibres. En particulier, entre pays industrialisés et pays en développement. On constate que pour 100 envois effectués depuis un pays industrialisé vers un pays en développement, ce dernier en renvoie entre cinq et dix. Au niveau global, 28 pays industrialisés représentent 80 % des échanges. Le rôle de l’UPU est d’assurer un réseau postal mondial et faire en sorte que nous puissions envoyer du courrier au Sénégal et que le Sénégal puisse en envoyer aux États-Unis ou en Europe. La redevance était initialement fixée sur le poids. Actuellement, la tendance veut que les pays se rémunèrent en fonction des services fournis et de leur qualité. Car notre philosophie n’est pas seulement que les coûts soient payés mais aussi qu’il y ait une amélioration de la qualité. Entre pays industrialisés, il existe des accords qui ont favorisé la couverture des coûts avec des méthodes d’évaluation de qualité et des systèmes de pénalités.
Peut-on espérer un système de compensation similaire pour tous les pays?
L’UPU a orienté ses travaux sur l’élaboration d’un système de frais terminaux tenant compte des coûts propres à chaque pays, ce qui refléterait plus précisément les coûts et les conditions du marché et serait conforme au principe de l’Organisation mondiale du commerce. Pour les pays en développement, il faut des adaptations durant une certaine période de transition. Ainsi, au lieu de donner toute la rémunération à la poste de destination, une partie de ces rémunérations va dans un fonds pour financer des projets dans les pays en développement. Ainsi 7.5% de la rémunération annuelle payée à l’administration postale d’un pays industrialisé pour le traitement des envois internationaux sont destinés à financer notre Fonds pour l’amélioration de la qualité de service (FAQS). Les pays en développement élaborent des projets qu’un conseil fiduciaire examine. Si le projet est accepté, le pays en développement reçoit le financement pour son projet. Ainsi, cet argent va permettre de développer les postes dans les pays en développement avec des objectifs bien précis et des systèmes d’évaluation.
Quels types de projets financez-vous?
Le FAQS, un fonds d’environ 40 millions d’USD actuellement, assure le financement de projets destinés à améliorer la qualité de service s’articulant autour de critères comme la rapidité et la fiabilité, l’accès aux services, la satisfaction de la clientèle ou la sécurité, entre autres. Par exemple, la Colombie a récemment mis en place des systèmes de rayons X pour contrôler les colis. Peu après l’installation, plus de 20 colis contenant de la drogue ont été détectés. Au Bangladesh, le FAQS a financé l’achat de camionnettes destinées à remplacer des triporteurs retirés de la circulation, pour assurer la relève des boîtes aux lettres et le transport du courrier entre les différents quartiers de quatre métropoles. Enfin, la poste du Bénin a utilisé ses ressources FAQS pour installer des boîtes postales dans les zones périphériques, et ainsi améliorer l’accès aux services postaux. Et de nombreux autres exemples existent. Depuis 2001, nous avons pu financer près de 200 projets à travers le monde grâce au FAQS.
Tout cela est fait à partir de fonds extra budgétaires?
Le budget de l’UPU est faible. Depuis 1994, nous sommes soumis à la contrainte de budget à croissance nominale zéro. Notre budget annuel se monte actuellement à 35,7 millions de francs suisses. Ces fonds ont permis de multiplier par huit les moyens alloués à l’aide au développement. Nos projets sont des projets concrets. Ils vont permettre des transferts de savoir-faire et de technologie sur les sujets excessivement pointus. On bénéficie aussi des synergies avec tous les acteurs du secteur postal.
Comment se positionne la poste par rapport à toutes ces nouvelles technologies qui pourraient laisser croire que l’on n’a plus besoin d’elle?
Au contraire, les nouvelles technologies
ont été un moyen de développer la qualité
des services postaux. Pour vous donner
un exemple: il n’y a pas si longtemps,
lorsque vous mettiez une lettre à la poste,
c’était un peu comme si vous jetiez une
bouteille à la mer. Aujourd’hui, pour les
lettres recommandées et certains autres
envois enregistrés, vous pouvez suivre
heure par heure le trajet de votre courrier
sur Internet. Etrangement, Internet a eu
pour effet de doper le marketing direct.
Ce courrier publicitaire qui vous est
adressé nominalement permet de mesurer
exactement les effets du marketing direct.
Ainsi, si un journal envoie 10’000 lettres
offrant des abonnements à tarif réduit,
elle peut a tout moment mesurer l’efficacité
de sa campagne. Ce que l’on observe,
c’est que les personnes abonnées à Internet
reçoivent plus d’envois de marketing
direct que les autres.
Le fait que l’UPU soit une organisation intergouvernementale et que nombre de services des postes soient privatisés a-t-il des implications sur le fonctionnement de l’UPU?
Tout d’abord, les postes dénationalisées sont peu nombreuses. Mais quoi qu’il en soit, le secteur privé peut très bien avoir des obligations de service public. Le statut de l’entreprise est indépendant de la nature de l’activité. C’est à l’État qu’il incombe d’effectuer cette tâche, peu importe le moyen qu’il choisit. Ces postes qui se privatisent deviennent aussi des acteurs globaux. Ainsi la poste allemande a racheté DHL, qui opère sur des activités purement concurrentielles sans obligation de service public. Mais au sein de l’UPU, il n’y a pas que les postes qui soient présentes; avec la création au Congrès de Bucarest 2004 du nouveau Comité consultatif, il y a aussi maintenant les utilisateurs, les entreprises, les employés et les syndicats d’employés, représentés par une association, qui peuvent participer aux débats de l’UPU. Ainsi, pour les questions de sécurité, tous les acteurs concernés sont présents lors des discussions.
Du point de vue de la sécurité qu’avez-vous mis en place après le 11 septembre?
Nous avons effectué de nombreuses actions de formation et de mise en réseau. Nous avons mis au point un système de communication d’informations extrêmement rapide qui permet d’informer tout le monde en temps réel. Cet outil nous a été très utile afin de transmettre des informations urgentes concernant les cas de bioterrorisme survenus aux Etats-Unis, par exemple. Le Groupe d’action sur la sécurité postale a également élaboré des lignes directrices pour traiter les cas de maladie du charbon au moment de la crise. Enfin, nous avons développé des relations étroites avec des organisations telles que Interpol et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime pour lutter contre le trafic de drogue, le blanchiment de l’argent et le transport de matériaux dangereux.
La poste est le premier employeur du secteur marchand. Avec l’automatisation en particulier du tri ne risquetion pas de voir fondre les effectifs de la poste? Notre facteur de demain sera-t-il un petit robot?
Il y a différents marchés. Sur le courrier, il y a eu un tassement certain. Par contre, dans les pays fortement industrialisés et dans d’autres pays comme la Chine par exemple, il y a eu un très fort développement du courrier physique. Le marketing direct est l’un de ces domaines, l’autre est le transport de colis, qui peut être dopé par le développement du commerce électronique. Dans ce contexte, il faut signaler notre action pour contribuer à la mise en place d’un réseau électronique de transfert de fonds au plan mondial.
A quoi ressemblera la poste de 2015?
Il ne va pas y avoir un seul modèle de poste dans le monde entier. Aux Etats Unis, par exemple, la poste est une agence fédérale. Dans d’autres pays, elle se privatise. Je me garderais bien de faire des pronostics dans ce domaine. Il y a quelques années, lorsque sont apparus des opérateurs globaux comme DHL et TNT, tout le monde s’est écrié que la poste était finie. Aujourd’hui, DHL a été racheté par la poste allemande et TNT par la poste hollandaise.
