Dimanche 24 octobre 2025 – Un homme erre sur la
Place des Nations. Il tient à la
main un petit drapeau de
l’ONU. Du haut de leurs miradors,
82 gardes armés de
lasers létaux surveillent ce fonctionnaire
mandaté par l’administration pour fêter
«dignement le 80ème anniversaire de l’ONU».
Trente ans après, que reste-t-il du faste du
50ème anniversaire? Rien, car sécurité oblige,
on ne peut plus se permettre d’ouvrir les
portes du Palais, dans lequel seul le Secrétaire
général a le droit de pénétrer une fois
par an. La sécurité n’y est pas encore maximale,
mais en interdisant ces visites répétées
du SG, on devrait y parvenir.
De la science-fiction, me direz-vous? Malheureusement,
non! Déjà pour ce 60ème anniversaire,
les cérémonies commémoratives
seront réduites au minimum pour des «raisons
de sécurité»: une porte entrouverte et
une marche fantôme dans les rues de Genève.
Pour des raisons de sécurité encore, des
délégués venus des quatre coins du monde
poireautent pendant des heures pour avoir
un badge, pour des raisons de sécurité le
nombre de places de parking va être réduit,
pour des raisons de sécurité les voitures des
fonctionnaires sont périodiquement fouillées,
pour des raisons de sécurité des fonctionnaires
sont interrogés, pour des raisons
de sécurité…
En contre-partie, les lieux de réunions
commencent à pulluler à travers Genève. De
Palexpo au CICG qui s’agrandit en passant
par certains hôtels qui offrent à «domicile»
des salles de réunions, les délégués n’auront
bientôt plus que l’embarras du choix pour
remplacer le Palais des Nations qui va devenir
la forteresse vide décrite par Bruno
Bettelheim dans son livre du même nom: «figé dans un espace fantasmatique très loin
des réalités du monde».