Mardi 3 mai 2005 à 18h30, sous le patronage de Sergei Ordzhonikidze,
Directeur général de l’Office des Nations Unies à
Genève, Monsieur Leonid Skotnikov, Ambassadeur de la Fédération
de Russie, a inauguré l’exposition photographique «La fin
de la Seconde Guerre mondiale, la victoire de l’humanité».
Il y tout juste soixante ans, en 1945, notre monde en proie à la
tyrannie et à la souffrance annonce la fin de la Seconde
Guerre mondiale. Le bilan
dépasse l’entendement: entre 40
et 60 millions de morts (4 à 5 fois
plus que lors de la Première
Guerre mondiale), 35 millions de
blessés et plus de 3 millions de
disparus. Deux bombes atomiques
ont été larguées à trois
jours d’intervalle sur Hiroshima
et Nagasaki au Japon. «L’URSS»
a perdu, dans ce qu’elle nomma
idéologiquement «la grande
guerre patriotique», 12% de sa
population, soit 21 millions de
morts dont la moitié de civils,
avec également la destruction de
6 millions de maisons, 70’000 villages
et villes (sans compter des
pertes dramatiques dans les
domaines agraires et économiques.)
Aujourd’hui encore, on
note dans les statistiques de la
Fédération de Russie une incidence
démographique liée aux
pertes humaines générées par
cette deuxième Grande Guerre.
Sous le choc de l’ignominie des
massacres, des déportations et
des génocides, la victoire de
l’humanité prend naissance lors
du procès de Nuremberg qui se
tiendra entre novembre 1945 et
septembre 1946. Une prise de
conscience universelle de la
valeur humaine émergera, laissant
apparaître en droit international
la notion de «crime contre
l’humanité». Autre victoire avec
la remise en cause du pouvoir et
de la supériorité de l’Europe tant
sur les plans moraux, culturels,
que sur les plans économiques et
scientifiques. Les intellectuels et
artistes dans les années d’après-guerre s’interrogeront à nouveau sur
trois questions fondamentales: «L’être
humain est-il doué de raison et peut-on
lui faire confiance? Et sur quels fondements
et socles doivent se définir et
reposer les droits de l’homme?».
La conférence de Yalta (février 1945)
suivie de la conférence de San Francisco
(25 avril au 26 juin 1946) apporteront
quelques réponses internationales avec
notamment la création de l’Organisation
des Nations Unies, qui succède à la
Société des Nations créée en 1919. Mais
aussi avec l’établissement de la FAO
(Food and Agricultural Organisation),
l’entrée en vigueur de la Charte des
Nations Unies, l’édification de
l’UNESCO (Organisation des Nations
Unies pour l’Education, la Science et la
Culture) et celle de la Banque mondiale.
De même qu’une exclamation planétaire
sous forme de désaveu: «Plus jamais ça!»
Pendant une émission de radio il y a
un mois, un résistant français expliquait
au micro d’un journaliste que «dans la
bataille ou face aux dangers, les courageux
devenaient encore plus téméraires
et inconscients. Les lâches quant à eux
devenaient encore plus fourbes et vils».
Dans de telles conditions, l’image (l’art
et l’oeuvre) est un sauve-conduit, une
fuite corporelle, une quête de l’essence
même de l’Etre, ainsi qu’une fulgurance
du réel traversant de part en part
l’Homme. Ivan Chaguine, Gueorgui
Zelma, Maks Alpert, MikhaIl Trakhman,
Evgueni Khaldeï, Mikhaïl Redkine,…
peut être que ces noms ne vous diront
rien, pourtant ces photographes ont tous
bravé et transcendé la vie pour extraire
et témoigner d’une réalité vive et barbare.
Ces clichés d’une désarmante
beauté laissent le visiteur silencieux,
seul, retranché en lui pour mieux ressentir
le courage de ces soldats qui partent
sur le front, de ces hommes à terre
sous les tirs de l’artillerie, de ces
enfants avec dans les yeux l’incompréhension
et l’espoir au coeur de la terreur,
de ces femmes qui nourrissent,
abreuvent des civils ou encore de ces
femmes qui se regroupent pour défendre
leur ville assiégée, …tant de vies, tant
de pas, de courses, de souffles, d’efforts
qui donnent à transpirer la folie, la mort,
la part d’obscurité et de lumière en chacun
de nous, plus jamais ça! Et
pourtant! Et pourtant! Toujours ces
mêmes hommes, toujours ces mêmes
enfants, toujours ces mêmes femmes,
seuls les moyens et les outils ont
changé, la méthode reste identique:
guerres d’hier ou guerres d’aujourd’hui,
la guerre reste la guerre.
Le célèbre photographe de mode italien,
Marino Parisotto a écrit «Motion
create emotion»* et moi de rajouter face à ces morceaux d’humanité (Bataille de
Moscou, de Stalingrad, de Koursk, siège
de Leningrad et opération de Berlin)
accrochés devant moi maintenant: l’inconscience
au nom de l’Homme donne
naissance à la conscience de l’individu.
N° 641 June 2005