UN Special No 541 Juin - June 2005

Personnel

La fin de la Seconde Guerre mondiale

La victoire de l’humanité

Nicolas Emilien

pillbox

Mardi 3 mai 2005 à 18h30, sous le patronage de Sergei Ordzhonikidze, Directeur général de l’Office des Nations Unies à Genève, Monsieur Leonid Skotnikov, Ambassadeur de la Fédération de Russie, a inauguré l’exposition photographique «La fin de la Seconde Guerre mondiale, la victoire de l’humanité».
Il y tout juste soixante ans, en 1945, notre monde en proie à la tyrannie et à la souffrance annonce la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le bilan dépasse l’entendement: entre 40 et 60 millions de morts (4 à 5 fois plus que lors de la Première Guerre mondiale), 35 millions de blessés et plus de 3 millions de disparus. Deux bombes atomiques ont été larguées à trois jours d’intervalle sur Hiroshima et Nagasaki au Japon. «L’URSS» a perdu, dans ce qu’elle nomma idéologiquement «la grande guerre patriotique», 12% de sa population, soit 21 millions de morts dont la moitié de civils, avec également la destruction de 6 millions de maisons, 70’000 villages et villes (sans compter des pertes dramatiques dans les domaines agraires et économiques.) Aujourd’hui encore, on note dans les statistiques de la Fédération de Russie une incidence démographique liée aux pertes humaines générées par cette deuxième Grande Guerre.
Sous le choc de l’ignominie des massacres, des déportations et des génocides, la victoire de l’humanité prend naissance lors du procès de Nuremberg qui se tiendra entre novembre 1945 et septembre 1946. Une prise de conscience universelle de la valeur humaine émergera, laissant apparaître en droit international la notion de «crime contre l’humanité». Autre victoire avec la remise en cause du pouvoir et de la supériorité de l’Europe tant sur les plans moraux, culturels, que sur les plans économiques et scientifiques. Les intellectuels et artistes dans les années d’après-guerre s’interrogeront à nouveau sur trois questions fondamentales: «L’être humain est-il doué de raison et peut-on lui faire confiance? Et sur quels fondements et socles doivent se définir et reposer les droits de l’homme?».
La conférence de Yalta (février 1945) suivie de la conférence de San Francisco (25 avril au 26 juin 1946) apporteront quelques réponses internationales avec notamment la création de l’Organisation des Nations Unies, qui succède à la Société des Nations créée en 1919. Mais aussi avec l’établissement de la FAO (Food and Agricultural Organisation), l’entrée en vigueur de la Charte des Nations Unies, l’édification de l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture) et celle de la Banque mondiale. De même qu’une exclamation planétaire sous forme de désaveu: «Plus jamais ça!»
Pendant une émission de radio il y a un mois, un résistant français expliquait au micro d’un journaliste que «dans la bataille ou face aux dangers, les courageux devenaient encore plus téméraires et inconscients. Les lâches quant à eux devenaient encore plus fourbes et vils».
Dans de telles conditions, l’image (l’art et l’oeuvre) est un sauve-conduit, une fuite corporelle, une quête de l’essence même de l’Etre, ainsi qu’une fulgurance du réel traversant de part en part l’Homme. Ivan Chaguine, Gueorgui Zelma, Maks Alpert, MikhaIl Trakhman, Evgueni Khaldeï, Mikhaïl Redkine,… peut être que ces noms ne vous diront rien, pourtant ces photographes ont tous bravé et transcendé la vie pour extraire et témoigner d’une réalité vive et barbare. Ces clichés d’une désarmante
beauté laissent le visiteur silencieux, seul, retranché en lui pour mieux ressentir le courage de ces soldats qui partent sur le front, de ces hommes à terre sous les tirs de l’artillerie, de ces enfants avec dans les yeux l’incompréhension et l’espoir au coeur de la terreur, de ces femmes qui nourrissent, abreuvent des civils ou encore de ces femmes qui se regroupent pour défendre leur ville assiégée, …tant de vies, tant de pas, de courses, de souffles, d’efforts qui donnent à transpirer la folie, la mort, la part d’obscurité et de lumière en chacun de nous, plus jamais ça! Et pourtant! Et pourtant! Toujours ces mêmes hommes, toujours ces mêmes enfants, toujours ces mêmes femmes, seuls les moyens et les outils ont changé, la méthode reste identique: guerres d’hier ou guerres d’aujourd’hui, la guerre reste la guerre.
Le célèbre photographe de mode italien, Marino Parisotto a écrit «Motion create emotion»* et moi de rajouter face à ces morceaux d’humanité (Bataille de Moscou, de Stalingrad, de Koursk, siège de Leningrad et opération de Berlin) accrochés devant moi maintenant: l’inconscience au nom de l’Homme donne naissance à la conscience de l’individu.

* Le mouvement crée l’émotion.

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