UN Special No 640 Mai - May 2005

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World Wide WebM.Markus Kummer

Y-a-t-il un pilote dans l’Internet?

Le réseau mondial se laisse naviguer par un nombre exponentiel d’internautes, mais pourrons-nous compter sur un développement et une gestion adaptée à l’évolution des besoins de nos sociétés ?
Nous avons, à ce sujet, échangé quelques propos avec Markus Kummer, coordonnateur du Groupe de Travail sur la Gouvernance de l’Internet, en vue de la préparation du prochain Sommet Mondial de la Société de l’Information à Tunis en décembre prochain.
En ce qui concerne la gouvernance de l’Internet, il y a une confrontation entre deux mondes très différents : celui des télécommunications qui est traditionnellement dominé par les gouvernements et celui de l’Internet qui vient du milieu universitaire et
du secteur privé, ce dernier étant une sorte d’anti-thèse au monde des gouvernements. L’Internet est devenu tellement important que les gouvernements commencent à s’y intéresser de très près. Ils estiment avoir un mot à dire sur des questions qu’ils considèrent plus que jamais du domaine public.

Comment est composé le groupe de travail dont vous coordonnez les activités ?

Il s’agit d’une composition tripartite formée par des représentants des gouvernements, du secteur privé et de la société civile. Deux tendances majeures sont reflétées dans cette composition : certains sont plutôt contents de la situation actuelle tandis que d’autres aimeraient voir une plus grande influence accordée aux gouvernements.

Quels sont vos priorités ?

Dans notre groupe, certains voulaient commencer par la définition de gouvernance de l’Internet et d’autres voulaient plutôt discuter l’architecture générale du réseau. Nous avons accordé la priorité à l’identification des questions d’intérêt public, ce qui nous a permis de trouver un mode de travail et développer un bon esprit d’équipe. Actuellement, nous nous penchons sur les forces et faiblesses du système tel qu’il est, ce qui nous permettra d’établir des propositions par la suite.

Quels sont vosComptez-vous arriver avec des propositions qui pourront être acceptées à l’occasion du Sommet? priorités ?

Ce groupe de travail va encore se réunir deux fois avant Tunis. En principe, nous sommes là pour faciliter les négociations. Le groupe ne va pas se mettre d’accord sur un point déterminé, mais va présenter des options qui sont réalisables d’un point de vue technique, car il faut veiller à ne pas faire de propositions qui mettent en danger toute l’architecture de l’Internet. Bon nombre de personnes plaident en faveur d’un rôle plus important de l’ONU dans les mécanismes de gouvernance.

Est-ce que cette option est viable ?

S’il est vrai que cette proposition est bien soutenue, il existe encore une forte résistance à un rôle accru accordé aux gouvernements. Actuellement, le système de gestion est assuré par le secteur privé sous tutelle directe du gouvernement des Etats-Unis et c’est à lui de décider s’il veut revoir ce rôle ou non. Le serveur principal est situé aux Etats-Unis, c’est là qu’il a été crée, ainsi que l’Internet...

Est-ce que les éléments du groupe renouvèlent leurs propositions et les font évoluer ?

Les membres du groupe sont en contact avec leurs institutions d’origine, qu’elles soient Etatiques ou non-gouvernementales. Le fait qu’on publie tout nous a permis de recevoir des commentaires très étoffés et très intéressants. Cela permet d’enrichir le débat et nous continuons de prendre en compte ces commentaires pour nos travaux. La contribution des acteurs non-Etatiques est souvent plus intéressante que celle des représentants des gouvernements.

L’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) est un organisme
international responsable de l’enregistrement des noms de domaines et de l’assignation
des adresses IP (Internet Protocol). ll gère les noms de domaine et les adresses IP de tout le réseau Internet.
source : www.laboratoire-microsoft.org

Qui gère l’ICANN?

Il existe un accord entre le gouvernement des Etats-Unis et l’ICANN qui vient à échéance l’année prochaine. Le point fondamental critiqué est la base constitutionnelle de l’ICANN, son rapport avec le gouvernement américain, et le contrôle que ce dernier exerce sur le serveur principal d’adressage. Certains disent que les gouvernements ne sont pas assez impliqués dans la gestion de l’ICANN alors que d’autres affirment que c’est précisément cela qui fait la force d’ICANN. Cet organisme déclare maintenant vouloir s’internationaliser.
Comme je l’ai déjà indiqué, certains demeurent en faveur du maintien du système actuel de partenariat public-privé, alors que d’autres en revanche préfèrent qu’un organisme intergouvernemental se charge de la gouvernance d’Internet. En tous cas les organisations internationales classiques ne permettent pas encore cette approche de prise de décision incluant toutes les parties prenantes.

Est-ce que l’ensemble du groupe de travail est intéressé à trouver des formules gagnantes pour les présenter à Tunis ?

Cela dépend du niveau d’ambition de chacun. Certains croient en la possibilité de résoudre les problèmes identifiés par le groupe à l’occasion du Sommet et d’autres ne trouvent pas qu’il y a des problèmes…
Nous allons de toute manière identifier les points faibles actuels. D’autre part, nous avons adopté des principes qui ne sont pas universellement applicables par les organisations, parce que si nous parlons de multilatéralisme et en même temps de la participation active de toutes les parties intéressées, on parle de deux notions différentes. La situation n’est jamais noire ou blanche, il y a toujours des nuances de gris, plus foncées ou plus claires.Communication antennas

Quand on regarde l’enregistrement et les noms de domaine, les protocoles, l’administration du serveur principal d’adressage, les télécommunications, les règlements, l’impact dans la société civile ou le spam, ce qui peut résulter de vos propositions peut être lourd de conséquences. En fonction des décisions qui pourront être prises à l’occasion du Sommet, les répercussions peuvent être importantes.

Mon souci principal est de ne pas arriver à des conclusions trop hâtives. C’est un immeuble complexe et si nous commençons à enlever des pierres par-ci et par-là, le tout peut s’écrouler.

Est-ce que les pays qui n’ont rien eu à voir avec la création et le développement d’Internet, prennent conscience du pouvoir réel de son utilisation et considèrent qu’il faut maintenant repenser à un équilibre de sa gestion et de son utilisation ?

Sans aucun doute ! Il faut souligner toutefois que le système actuel a permis d’ouvrir de nouveaux espaces pour la liberté d’information et d’expression, et qu’il faudrait donc veiller à ne pas compromettre cette liberté.

Comment imaginez-vous l’Internet et sa gestion à court et moyen terme?

Je ne crois pas qu’il serait possible de se mettre d’accord à Tunis sur des changements radicaux ou sur une nouvelle architecture. Il est possible d’arriver à des accords sur les processus à suivre, des mécanismes pour discuter des questions relatives à Internet sans changements apportés au niveau de la structure de base, qu’il y aura une plate-forme où le secteur privé et la société civile pourront aborder ce genre de questions et faire des recommandations à plusieurs institutions. Ca devrait pouvoir se faire sous le drapeau des Nations Unies, mais tout en gardant toute la flexibilité possible.

Peut-on assurer une bonne gestion internationale s’il y a des contraintes au niveau de la gestion nationale dans certains pays ?

La gestion internationale doit rester ce qu’elle est en ce qui concerne la liberté d’expression et d’information! Le fait est que Internet offre des possibilités qui n’existaient pas auparavant. Le contrôle national peut avoir lieu jusqu’à un certain point mais par définition, l’outil offre une certaine ouverture.
Certains savent bien que le développement économique de leurs pays dépend des connaissances acquises par chaque individu. Il est question pour eux d’une transition graduelle qui accompagne les changements que
leurs sociétés vont connaître à long-terme.

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