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Y-a-t-il un pilote dans l’Internet?
Le réseau mondial se laisse naviguer par un
nombre exponentiel d’internautes, mais
pourrons-nous compter sur un développement
et une gestion adaptée à l’évolution des
besoins de nos sociétés ?
Nous avons, à ce sujet, échangé quelques
propos avec Markus Kummer, coordonnateur
du Groupe de Travail sur la Gouvernance de
l’Internet, en vue de la préparation du prochain
Sommet Mondial de la Société de l’Information à Tunis en décembre prochain.
En ce qui concerne la gouvernance de l’Internet,
il y a une confrontation entre deux
mondes très différents : celui des télécommunications
qui est traditionnellement
dominé par les gouvernements et celui de
l’Internet qui vient du milieu universitaire et
du secteur privé, ce dernier étant une sorte
d’anti-thèse au monde des gouvernements.
L’Internet est devenu tellement important
que les gouvernements commencent à s’y
intéresser de très près. Ils estiment avoir un
mot à dire sur des questions qu’ils considèrent
plus que jamais du domaine public.
Comment est composé le groupe de travail dont vous coordonnez les activités ?
Il s’agit d’une composition tripartite formée
par des représentants des gouvernements, du
secteur privé et de la société civile. Deux tendances
majeures sont reflétées dans cette
composition : certains sont plutôt contents de
la situation actuelle tandis que d’autres aimeraient
voir une plus grande influence accordée
aux gouvernements.
Quels sont vos priorités ?
Dans notre groupe, certains voulaient commencer
par la définition de gouvernance de
l’Internet et d’autres voulaient plutôt discuter
l’architecture générale du réseau. Nous
avons accordé la priorité à l’identification
des questions d’intérêt public, ce qui nous a
permis de trouver un mode de travail et
développer un bon esprit d’équipe. Actuellement,
nous nous penchons sur les forces
et faiblesses du système tel qu’il est, ce qui
nous permettra d’établir des propositions
par la suite.
Quels sont vosComptez-vous arriver avec des
propositions qui pourront être acceptées à l’occasion du Sommet? priorités ?
Ce groupe de travail va encore se réunir
deux fois avant Tunis. En principe, nous
sommes là pour faciliter les négociations.
Le groupe ne va pas se mettre d’accord
sur un point déterminé, mais va présenter
des options qui sont réalisables d’un point
de vue technique, car il faut veiller à ne
pas faire de propositions qui mettent en
danger toute l’architecture de l’Internet.
Bon nombre de personnes plaident en
faveur d’un rôle plus important de l’ONU
dans les mécanismes de gouvernance.
Est-ce que cette option est viable ?
S’il est vrai que cette proposition est bien
soutenue, il existe encore une forte résistance à un rôle accru accordé aux gouvernements.
Actuellement, le système de gestion
est assuré par le secteur privé sous
tutelle directe du gouvernement des Etats-Unis et c’est à lui de décider s’il veut
revoir ce rôle ou non. Le serveur principal
est situé aux Etats-Unis, c’est là qu’il a été
crée, ainsi que l’Internet...
Est-ce que les éléments du groupe
renouvèlent leurs propositions et les font évoluer ?
Les membres du groupe sont en contact
avec leurs institutions d’origine, qu’elles
soient Etatiques ou non-gouvernementales.
Le fait qu’on publie tout nous a permis
de recevoir des commentaires très
étoffés et très intéressants. Cela permet
d’enrichir le débat et nous continuons de
prendre en compte ces commentaires
pour nos travaux. La contribution des
acteurs non-Etatiques est souvent plus
intéressante que celle des représentants
des gouvernements.
L’ICANN (Internet Corporation for Assigned
Names and Numbers) est un organisme
international responsable de l’enregistrement
des noms de domaines et de l’assignation
des adresses IP (Internet Protocol).
ll gère les noms de domaine et les
adresses IP de tout le réseau Internet.
source : www.laboratoire-microsoft.org
Qui gère l’ICANN?
Il existe un accord entre le gouvernement des
Etats-Unis et l’ICANN qui vient à échéance l’année
prochaine. Le point fondamental critiqué
est la base constitutionnelle de l’ICANN, son
rapport avec le gouvernement américain, et le
contrôle que ce dernier exerce sur le serveur
principal d’adressage. Certains disent que les
gouvernements ne sont pas assez impliqués
dans la gestion de l’ICANN alors que d’autres
affirment que c’est précisément cela qui fait la
force d’ICANN. Cet organisme déclare maintenant
vouloir s’internationaliser.
Comme je l’ai déjà indiqué, certains demeurent
en faveur du maintien du système actuel de
partenariat public-privé, alors que d’autres en
revanche préfèrent qu’un organisme intergouvernemental
se charge de la gouvernance d’Internet.
En tous cas les organisations internationales
classiques ne permettent pas encore
cette approche de prise de décision incluant
toutes les parties prenantes.
Est-ce que l’ensemble du groupe de travail
est intéressé à trouver des formules
gagnantes pour les présenter à Tunis ?
Cela dépend du niveau d’ambition de chacun.
Certains croient en la possibilité de résoudre
les problèmes identifiés par le groupe à l’occasion
du Sommet et d’autres ne trouvent pas
qu’il y a des problèmes…
Nous allons de toute manière identifier les
points faibles actuels. D’autre part, nous
avons adopté des principes qui ne sont pas
universellement applicables par les organisations,
parce que si nous parlons de multilatéralisme
et en même temps de la participation
active de toutes les parties intéressées, on
parle de deux notions différentes. La situation
n’est jamais noire ou blanche, il y a toujours
des nuances de gris, plus foncées ou
plus claires.
Quand on regarde l’enregistrement et les
noms de domaine, les protocoles,
l’administration du serveur principal
d’adressage, les télécommunications, les
règlements, l’impact dans la société civile
ou le spam, ce qui peut résulter de vos
propositions peut être lourd de
conséquences. En fonction des décisions
qui pourront être prises à l’occasion du
Sommet, les répercussions peuvent être
importantes.
Mon souci principal est de ne pas arriver à
des conclusions trop hâtives. C’est un
immeuble complexe et si nous commençons à enlever des pierres par-ci et par-là, le tout
peut s’écrouler.
Est-ce que les pays qui n’ont rien eu à
voir avec la création et le développement
d’Internet, prennent conscience du
pouvoir réel de son utilisation et
considèrent qu’il faut maintenant
repenser à un équilibre de sa gestion et
de son utilisation ?
Sans aucun doute ! Il faut souligner toutefois
que le système actuel a permis d’ouvrir de
nouveaux espaces pour la liberté d’information
et d’expression, et qu’il faudrait donc
veiller à ne pas compromettre cette liberté.
Comment imaginez-vous l’Internet et sa
gestion à court et moyen terme?
Je ne crois pas qu’il serait possible de se mettre
d’accord à Tunis sur des changements
radicaux ou sur une nouvelle architecture. Il
est possible d’arriver à des accords sur les
processus à suivre, des mécanismes pour discuter
des questions relatives à Internet sans
changements apportés au niveau de la structure
de base, qu’il y aura une plate-forme où le
secteur privé et la société civile pourront
aborder ce genre de questions et faire des
recommandations à plusieurs institutions. Ca
devrait pouvoir se faire sous le drapeau des
Nations Unies, mais tout en gardant toute la
flexibilité possible.
Peut-on assurer une bonne gestion
internationale s’il y a des contraintes au
niveau de la gestion nationale dans
certains pays ?
La gestion internationale doit rester ce qu’elle
est en ce qui concerne la liberté d’expression
et d’information! Le fait est que Internet offre
des possibilités qui n’existaient pas auparavant.
Le contrôle national peut avoir lieu jusqu’à
un certain point mais par définition, l’outil
offre une certaine ouverture.
Certains savent bien que le développement économique de leurs pays dépend des
connaissances acquises par chaque individu.
Il est question pour eux d’une transition graduelle
qui accompagne les changements que
leurs sociétés vont connaître à long-terme.

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