UN Special No 640 Mai - May 2005

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Politiquement incorrect

Kestrel (11 janvier 2005)

Photo 1 Je n’ai rien donné aux différents appels pour les victimes du Tsunami en Asie du Sud, si ce n’est € 1. – par SMS dans les jours immédiatement après le désastre. Que le lecteur se rassure, ce n’est pas par indifférence aux souffrances des victimes, ni à cause de l’appel de MSF de ne plus envoyer d’argent, que je n’ai pas délié ma bourse. Mes raisons ont été résumées par un pêcheur indonésien qui, lorsqu’on lui apprenait l’énorme élan de solidarité en Europe et aux États-Unis, a déclaré «Je ne pense pas que nous autres, on en verra la couleur.» Voilà, pour moi, le nœud du problème. Le but de cet énorme manne financière est-il de faire quelque chose pour aider les victimes à reconstruire leur vies, ou est-il de se donner l’impression de faire quelque chose? Tel pays a envoyé des couvertures chauffantes au Sri Lanka; tel autre (et mêmes certaines organisations internationales) collecte des vêtements, malgré l’appel de ne pas en envoyer, car coûteux à transporter et pas vraiment nécessaires. Je ne peux m’empêcher de penser aux dames patronnesses chantées par Jacques Brel, qui tricotaient en vert caca d’oie «pour reconnaître les pauvres à soi», sans parler de l’obscène surenchère parmi les gouvernements, pour être le plus généreux, sans la moindre arrière pensée, bien entendu ! La Jeanne d’Arc sera sur place dans deux jours; cependant, hier, les Indonésiens ont demandé aux militaires étrangers de partir le plus vite possible. Hier encore, une ONG française est arrivée au poste de secours qu’elle avait établi pour découvrir qu’elle avait été «occupée» par des Américains arborant fièrement leur badge du «First Presbyterian Church»: - poussezvous, ce sont nos pauvres à nous -.
Sur notre malheureuse planète, les malheurs ne manquent pas, et nul ne peut y être insensible. Cependant, notre sensibilité doit-elle être dirigée par l’attention que les médias décident de consacrer à tel ou tel phénomène? Il suffit de penser au Darfour, avec son million de victimes, aux ravages permanents provoqués par le manque d’eau potable, à ceux causés par des maladies évitables, qu’une fraction de cette manne permettrait d’éviter.
Sans aucun doute, d’ici six mois la presse regorgera d’articles sur la gabegie entourant l’effort d’aide, les sommes prélevées par des gouvernements et leurs fonctionnaires, les militaires qui se sont enrichis, et très certainement certains ne manqueront pas de critiquer à nouveau l’ONU.
Ceci explique peut-être en partie la rapidité avec laquelle la «Coalition» des États-Unis, le Japon et l’Australie s’est défaite. Lorsque les critiques fuseront, ils n’en seront pas les cibles.
Les pays victimes ont répondu semble-til assez efficacement aux menaces d’épidémie et aux besoins immédiats de leurs populations. Revenant au pêcheur indonésien, l’effort doit chercher non pas à atteindre des sommets jamais vus, mais à s’assurer que lorsqu’il trouve le courage de reprendre la mer, il peut facilement construire ou se procurer un nouveau bateau grâce à un don, ou à un prêt sans intérêt et à très long terme. Lorsque j’aurai trouvé une ONG qui aide directement tel village ou ville à refaire son tissu économique, je donnerai mon obole, et beaucoup plus, mais dans la discrétion qui doit accompagner la véritable générosité.

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