GLOBE
Politiquement incorrect
Kestrel (11 janvier 2005)
Je n’ai rien donné aux différents appels pour les victimes
du Tsunami en Asie du Sud, si ce n’est € 1. – par SMS
dans les jours immédiatement après le désastre. Que
le lecteur se rassure, ce n’est pas par indifférence aux
souffrances des victimes, ni à cause de l’appel de MSF de
ne plus envoyer d’argent, que je n’ai pas délié
ma bourse. Mes raisons ont été résumées par
un pêcheur indonésien qui, lorsqu’on lui apprenait
l’énorme élan de solidarité en Europe et aux
États-Unis, a déclaré «Je ne pense pas que
nous autres, on en verra la couleur.» Voilà, pour moi, le
nœud du problème. Le but de cet énorme manne financière
est-il de faire quelque chose pour aider les victimes à reconstruire
leur vies, ou est-il de se donner l’impression de faire quelque
chose? Tel pays a envoyé des couvertures chauffantes au Sri Lanka;
tel autre (et mêmes certaines organisations internationales) collecte
des vêtements, malgré l’appel de ne pas en envoyer,
car coûteux à transporter et pas vraiment nécessaires.
Je ne peux m’empêcher de penser aux dames patronnesses chantées
par Jacques Brel, qui tricotaient en vert caca d’oie «pour
reconnaître les pauvres à soi», sans parler de l’obscène
surenchère parmi les gouvernements, pour être le plus généreux,
sans la moindre arrière pensée, bien entendu ! La Jeanne
d’Arc sera sur place dans deux jours; cependant, hier,
les Indonésiens ont demandé aux militaires étrangers
de partir le plus vite possible. Hier encore, une ONG française
est arrivée au poste de secours qu’elle avait établi
pour découvrir qu’elle avait été «occupée»
par des Américains arborant fièrement leur badge du «First
Presbyterian Church»: - poussezvous, ce sont nos pauvres à
nous -.
Sur notre malheureuse planète, les malheurs ne manquent pas, et
nul ne peut y être insensible. Cependant, notre sensibilité
doit-elle être dirigée par l’attention que les médias
décident de consacrer à tel ou tel phénomène?
Il suffit de penser au Darfour, avec son million de victimes, aux ravages
permanents provoqués par le manque d’eau potable, à
ceux causés par des maladies évitables, qu’une fraction
de cette manne permettrait d’éviter.
Sans aucun doute, d’ici six mois la presse regorgera d’articles
sur la gabegie entourant l’effort d’aide, les sommes prélevées
par des gouvernements et leurs fonctionnaires, les militaires qui se sont
enrichis, et très certainement certains ne manqueront pas de critiquer
à nouveau l’ONU.
Ceci explique peut-être en partie la rapidité avec laquelle
la «Coalition» des États-Unis, le Japon et l’Australie
s’est défaite. Lorsque les critiques fuseront, ils n’en
seront pas les cibles.
Les pays victimes ont répondu semble-til assez efficacement aux
menaces d’épidémie et aux besoins immédiats
de leurs populations. Revenant au pêcheur indonésien, l’effort
doit chercher non pas à atteindre des sommets jamais vus, mais
à s’assurer que lorsqu’il trouve le courage de reprendre
la mer, il peut facilement construire ou se procurer un nouveau bateau
grâce à un don, ou à un prêt sans intérêt
et à très long terme. Lorsque j’aurai trouvé
une ONG qui aide directement tel village ou ville à refaire son
tissu économique, je donnerai mon obole, et beaucoup plus, mais
dans la discrétion qui doit accompagner la véritable générosité.

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