UN Special No 639 Avril - April 2005

Interview


Genèvele Directeur

«La mobilité, une volonté personnelle»

Qu’entend-on par «mobilité»?

La mobilité couvre les différentes façons dont les citoyens se déplacent dans leur agglomération. Elle est une notion qui tend à développer les transports publics (bus, tram, train, bateau) et la mobilité douce (le vélo et la marche à pied), pour réduire la circulation et le stationnement de véhicules non indispensables.

Comment pouvez-vous parler de véhicules «non indispensables»?

Le déplacement des citoyens est le reflet de leurs habitudes et de leurs comportements qui englobent plusieurs paramètres tels que la facilité à atteindre son point de destination de son point de départ, le confort, le coût, mais aussi la fluidité de la circulation, le stationnement, la pollution et les préoccupations environnementales.
Si le réseau de transports publics est bien desservi, fluide, fréquent, sûr et moins coûteux que l’utilisation du véhicule, il peut prendre l’avantage sur la voiture individuelle et rendre celle-ci moins indispensable. A contrario, si les routes sont fluides et les places de stationnement en nombre suffisant, l’automobiliste sera plus disposé à prendre son véhicule.

Le réseau des circulations et des transports induit donc directement les comportements modaux individuels.

A l’ère des préoccupations environnementales, économiques, écologiques et sociétales, la mobilité fait partie intégrante du développement des villes et des entreprises pour le bien être de chacun. Au niveau du Canton de Genève, l’OTC joue un rôle moteur dans l’évolution des habitudes de transport.

Peut-on alors dire que la mobilité est une notion collective?

Dans sa mise en place, oui. Car ce sont les collectivités locales qui ont pouvoir sur l’organisation des voies de circulation, leur utilisation, leurs aménagements, etc. Elles ont aussi autorité, tout du moins dans le canton, sur les Transports Publics Genevois (TPG). Le secteur privé joue lui aussi un rôle important. Les entreprises ont le pouvoir, et d’une certaine façon le devoir, d’influencer les flux des trafics que génèrent leurs employés par leurs trajets pendulaires et professionnels.

Il semblerait que la mobilité ne soit pas un concept récent et qu’il soit actuellement en pleine expansion?

Il y a encore une dizaine d’années, nombre d’agglomérations, dont Genève, paraissaient peu concernées par les problèmes de trafic que connaissent les grandes métropoles européennes paralysées par la congestion aux heures de pointe et suffocant sous la pollution. Dans les années 1990, les autorités cantonales, sensibles aux effets polluants des véhicules, avaient planifié une baisse du trafic de 20%. En fait, il connut une hausse de 20% et ce, tout en se rapprochant des normes de pollution en raison de l’évolution des technologies – pots catalytiques.
Aujourd’hui pourtant, en raison de l’augmentation incessante de la circulation automobile à Genève, le trajet pour se rendre au travail est souvent devenu, pour une majorité de pendulaires, synonyme d’embouteillage, de retards, de stress, d’accidents de voiture et de frais de plus en plus élevés. Sans parler d’une dégradation de la qualité de vie de chacun.
Développer la mobilité au sein du canton de Genève est devenu une priorité de l’Office des Transports et de la circulation (OTC).

L’Office des transports et de la circulation a été créé dans cet objectif?

Sa création en 1990 avait pour but premier de réunir sous une entité commune des personnes disséminées dans différentes structures du canton. Alors composé d’une trentaine de collaborateurs, l’OTC en compte aujourd’hui le double. Il travaille à l’étude et la mise en oeuvre des mesures de circulation, ainsi que la planification des transports publics. Son pôle «observatoire» est un département d’analyses quantitatives essentiel car il permet d’établir des prévisions et de prendre des décisions sur du factuel.

Vous êtes à la direction de l’OTC depuis son origine?

Je suis entré à l’OTC il y a dix ans comme ingénieur génie rural et environnement et j’ai la responsabilité de sa direction depuis seulement trois ans. Pour moi qui suis particulièrement intéressé par le développement, la gestion et la coordination de projets, ce poste ne manque pas de dynamiques.

Quels sont vos objectifs?

Notre plan de développement avec les Transports publics genevois (TPG) repose sur quatre ans, de 2003 à 2006. Notre offre de transports publics doit progresser de 20% tous les quatre ans. Cette politique induit un aménagement du réseau routier et des campagnes d’information importants. Dans cet esprit, nous travaillons de pair avec les acteurs du réseau routier genevois tels que Unireso ou les entreprises qui veulent agir sur les déplacements pendulaires et professionnels de leurs collaborateurs.

Qui est Unireso et quel rôle joue-il?

Unireso regroupe plusieurs entreprises de transport actives dans la région: les CFF (Chemins de fer fédéraux), les TPG (Transports publics genevois) et la SMGN (Mouettes genevoises), auxquelles s’ajoutent depuis décembre 2004 les TAC (Transports annemassiens collectifs) et une partie des TPN (Transports publics de la région nyonnaise). Cette communauté des transports a pour objectif de trouver les meilleures solutions pour ses clients, vous, moi, anticiper les besoins en proposant de nouvelles lignes, de nouvelles destinations, de nouveaux véhicules, une hausse des fréquences. Pour connaître les offres disponibles, Unireso a développé un service d’information téléphonique, ouvert sept jours sur sept (0900 022 021, CHF 1.19 la mn), un site internet www.unireso.com et publie un magazine d’information.
Aux heures de pointe, ce sont des milliers de voitures qui convergent vers leur lieu de travail. Au cours de la journée, certains de ces automobilistes utilisent à nouveau leur voiture, ou celle de leur entreprise, pour des motifs professionnels. Quelles actions entreprenez-vous auprès des entreprises?
Conjointement avec le canton de Vaud, nous avons mis en place un document commun
d’incitation aux entreprises à développer un plan de mobilité.
Les cinq mesures possibles présentées sont la promotion des transports publics, le covoiturage et le carsharing (partage des véhicules de société), la marche et le vélo, les navettes d’entreprise et enfin l’organisation du stationnement. Concernant ce dernier point, il faut savoir que, quelles que soient les mesures choisies pour promouvoir une meilleure gestion de la mobilité, le coût et la disponibilité d’un parking sur le lieu de travail joue un rôle majeur dans le choix du mode de transport pour venir travailler. Il faut savoir aussi que le coût moyen d’une place de stationnement en Suisse romande varie entre 6’000 en périphérie et 30’000 francs suisses en centre-ville. De plus, pour les entreprises s’ajoute la notion de la gestion de l’espace, à savoir la destination en locaux, en circulation ou en places de stationnement, de leurs mètres carrés.

En tant qu’entreprise avez-vous un plan mobilité?

L'esplanade des Nations Oui, pour ce que nous appelons le petit Etat qui emploie tout de même 14’000 fonctionnaires. Nous avons déjà actionné le levier des places de stationnement, limité aux seules personnes pour lesquelles la voiture est réellement nécessaire. Nous réfléchissons au carsharing et nous sommes en cours de négociation tarifaire avec les TPG, tout comme les Nations Unies à Genève qui appliquent déjà des tarifs préférentiels pour ses fonctionnaires. Nous incitons également à l’utilisation du vélo en proposant un contrat d’entretien aux fonctionnaires qui viendraient à vélo et des vélos
sont mis à disposition pour des déplacements professionnels en ville.

Il semblerait que l’OTC se soit engagé pour son avenir sur une voie rapide?

Nous avons beaucoup à faire à l’OTC, non seulement dans le cadre du plan 2003-2006, auquel suivra certainement un autre plan. Mais le transport ne s’arrête pas à la sortie du Canton. Pour sa pleine efficacité, il doit s’étendre au-delà des frontières. Dans cet objectif, le Canton de Genève et la Région Rhône-Alpes ont signé en 2003 la charte «Transports publics» qui pose les bases d’une coopération transfrontalière pour un développement des transports publics du bassin francovaldo-genevois qui couvre Genève, Nyon, Versoix, Gex, Bellegarde, Annecy, St-Julien, Annemasse, le Chablais et l’Arve. Cependant, travailler sur des plans directeurs ou des réseaux routiers prend sa réelle valeur dans l’utilisation que les individus en font. Le plus difficile est d’agir sur les mentalités, les habitudes. Et quels que soient nos développements, si tout un chacun ne s’implique pas dans une démarche collective, le résultat de nos actions ne sera pas à la hauteur des actions engagées. Seuls nos collègues, vous, moi, sommes capables in fine de changer la mobilité au sein d’une agglomération.

Des tarifs préférentiels de transports publics pour les retraités et fonctionnaires des Organisations internationales à Genève?
Depuis janvier 2004, une initiative commune de la Caisse des pensions du personnel des Nations Unies à Genève et de la Mutuelle des fonctionnaires internationaux offre aux fonctionnaires des Nations Unies et agences spécialisées des tarifs préférentiels de transports publics contractés avec Unireso (tram, bus, et bateau) et les CFF.
Par ailleurs, un service de co-voiturage a été mis en place.
Ce plan Mobilité va donner les moyens de mettre en pratique les principes de développement durable édictés à Rio puis à Johannesburg lors du Sommet de la Terre. Nous devons tous agir pour un meilleur environnement.
Pour tout renseignement: e-mail: mec.amfi@unog.ch
Tél.: + 41 (0) 22 917 35 10

Up