Interview

«La mobilité, une volonté personnelle»
Qu’entend-on par «mobilité»?
La mobilité couvre les différentes façons dont les citoyens se déplacent dans leur
agglomération. Elle est une notion qui tend à développer les transports publics
(bus, tram, train, bateau) et la mobilité douce (le vélo et la marche à pied), pour
réduire la circulation et le stationnement de véhicules non indispensables.
Comment pouvez-vous parler de véhicules
«non indispensables»?
Le déplacement des citoyens est le reflet
de leurs habitudes et de leurs comportements
qui englobent plusieurs paramètres
tels que la facilité à atteindre son
point de destination de son point de
départ, le confort, le coût, mais aussi la
fluidité de la circulation, le stationnement,
la pollution et les préoccupations
environnementales.
Si le réseau de transports publics est
bien desservi, fluide, fréquent, sûr et
moins coûteux que l’utilisation du véhicule,
il peut prendre l’avantage sur la
voiture individuelle et rendre celle-ci
moins indispensable. A contrario, si les
routes sont fluides et les places de stationnement
en nombre suffisant, l’automobiliste
sera plus disposé à prendre
son véhicule.
Le réseau des circulations et des
transports induit donc directement les
comportements modaux individuels.
A l’ère des préoccupations environnementales,
économiques, écologiques et
sociétales, la mobilité fait partie intégrante
du développement des villes et
des entreprises pour le bien être de chacun.
Au niveau du Canton de Genève,
l’OTC joue un rôle moteur dans l’évolution des habitudes de transport.
Peut-on alors dire que la mobilité est une notion collective?
Dans sa mise en place, oui. Car ce sont les collectivités locales qui ont pouvoir
sur l’organisation des voies de circulation, leur utilisation, leurs aménagements,
etc. Elles ont aussi autorité, tout du moins dans le canton, sur les Transports
Publics Genevois (TPG). Le secteur privé joue lui aussi un rôle important. Les
entreprises ont le pouvoir, et d’une certaine façon le devoir, d’influencer les flux
des trafics que génèrent leurs employés par leurs trajets pendulaires et professionnels.
Il semblerait que la mobilité ne soit pas
un concept récent et qu’il soit
actuellement en pleine expansion?
Il y a encore une dizaine d’années, nombre d’agglomérations, dont Genève, paraissaient
peu concernées par les problèmes de trafic que connaissent les grandes
métropoles européennes paralysées par la congestion aux heures de pointe et suffocant
sous la pollution. Dans les années 1990, les autorités cantonales, sensibles aux effets polluants des
véhicules, avaient planifié une baisse du trafic de 20%. En fait, il connut une
hausse de 20% et ce, tout en se rapprochant des normes de pollution en raison
de l’évolution des technologies – pots catalytiques.
Aujourd’hui pourtant, en raison de l’augmentation incessante de la circulation
automobile à Genève, le trajet pour se rendre au travail est souvent devenu,
pour une majorité de pendulaires, synonyme d’embouteillage, de retards, de
stress, d’accidents de voiture et de frais de plus en plus élevés. Sans parler d’une
dégradation de la qualité de vie de chacun.
Développer la mobilité au sein du canton de Genève est devenu une priorité de
l’Office des Transports et de la circulation (OTC).
L’Office des transports et de la circulation a été créé dans cet objectif?
Sa création en 1990 avait pour but premier de réunir sous une entité commune
des personnes disséminées dans différentes
structures du canton. Alors composé d’une trentaine de collaborateurs,
l’OTC en compte aujourd’hui le double. Il travaille à l’étude et la mise en oeuvre des
mesures de circulation, ainsi que la planification des transports publics. Son pôle
«observatoire» est un département d’analyses quantitatives essentiel car il permet
d’établir des prévisions et de prendre des décisions sur du factuel.
Vous êtes à la direction de l’OTC depuis son origine?
Je suis entré à l’OTC il y a dix ans comme ingénieur génie rural et environnement et
j’ai la responsabilité de sa direction depuis seulement trois ans. Pour moi qui
suis particulièrement intéressé par le développement, la gestion et la coordination
de projets, ce poste ne manque pas de dynamiques.
Quels sont vos objectifs?
Notre plan de développement avec les Transports publics genevois (TPG)
repose sur quatre ans, de 2003 à 2006. Notre offre de transports publics doit
progresser de 20% tous les quatre ans. Cette politique induit un aménagement
du réseau routier et des campagnes d’information importants. Dans cet esprit,
nous travaillons de pair avec les acteurs du réseau routier genevois tels que Unireso
ou les entreprises qui veulent agir sur les déplacements pendulaires et professionnels
de leurs collaborateurs.
Qui est Unireso et quel rôle joue-il?
Unireso regroupe plusieurs entreprises de transport actives dans la
région: les CFF (Chemins de fer fédéraux), les TPG
(Transports publics genevois) et la SMGN (Mouettes genevoises), auxquelles
s’ajoutent depuis décembre 2004 les TAC (Transports annemassiens
collectifs) et une partie des TPN (Transports publics de la région
nyonnaise). Cette communauté des transports a pour objectif de
trouver les meilleures solutions pour ses clients, vous, moi, anticiper
les besoins en proposant de nouvelles lignes, de nouvelles destinations,
de nouveaux véhicules, une hausse des fréquences. Pour connaître
les offres disponibles, Unireso a développé un service d’information
téléphonique, ouvert sept jours sur sept (0900 022 021,
CHF 1.19 la mn), un site internet www.unireso.com
et publie un magazine d’information.
Aux heures de pointe, ce sont des milliers de
voitures qui convergent vers leur lieu de
travail. Au cours de la journée, certains de
ces automobilistes utilisent à nouveau leur
voiture, ou celle de leur entreprise, pour des
motifs professionnels. Quelles actions
entreprenez-vous auprès des entreprises?
Conjointement avec le canton de Vaud, nous
avons mis en place un document commun
d’incitation aux entreprises à développer un
plan de mobilité.
Les cinq mesures possibles présentées sont
la promotion des transports publics, le covoiturage
et le carsharing (partage des véhicules
de société), la marche et le vélo, les
navettes d’entreprise et enfin l’organisation
du stationnement. Concernant ce dernier
point, il faut savoir que, quelles que soient les mesures choisies pour promouvoir une meilleure gestion de la
mobilité, le coût et la disponibilité d’un parking sur le lieu de travail
joue un rôle majeur dans le choix du mode de transport pour
venir travailler. Il faut savoir aussi que le coût moyen d’une place
de stationnement en Suisse romande varie entre 6’000 en périphérie
et 30’000 francs suisses en centre-ville. De plus, pour les entreprises
s’ajoute la notion de la gestion de l’espace, à savoir la destination
en locaux, en circulation ou en places de stationnement, de
leurs mètres carrés.
En tant qu’entreprise avez-vous un plan mobilité?
Oui, pour ce que nous appelons le petit Etat qui emploie tout de même
14’000 fonctionnaires. Nous avons déjà actionné le levier des places de stationnement,
limité aux seules personnes pour lesquelles la voiture est réellement
nécessaire. Nous réfléchissons au carsharing et nous sommes en
cours de négociation tarifaire avec les TPG, tout comme les Nations Unies
à Genève qui appliquent déjà des tarifs préférentiels pour ses fonctionnaires.
Nous incitons également à l’utilisation du vélo en proposant un
contrat d’entretien aux fonctionnaires qui viendraient à vélo et des vélos
sont mis à disposition pour des déplacements professionnels en ville.
Il semblerait que l’OTC se soit engagé pour son avenir sur une voie rapide?
Nous avons beaucoup à faire à l’OTC, non seulement dans le cadre du
plan 2003-2006, auquel suivra certainement un autre plan. Mais le
transport ne s’arrête pas à la sortie du Canton. Pour sa pleine efficacité,
il doit s’étendre au-delà des frontières. Dans cet objectif, le Canton
de Genève et la Région Rhône-Alpes ont signé en 2003 la charte
«Transports publics» qui pose les bases d’une coopération transfrontalière
pour un développement des transports publics du bassin francovaldo-genevois qui couvre Genève, Nyon, Versoix, Gex, Bellegarde,
Annecy, St-Julien, Annemasse, le Chablais et l’Arve. Cependant, travailler
sur des plans directeurs ou des réseaux routiers prend sa réelle
valeur dans l’utilisation que les individus en font. Le plus difficile est
d’agir sur les mentalités, les habitudes. Et quels que soient nos développements,
si tout un chacun ne s’implique pas dans une démarche
collective, le résultat de nos actions ne sera pas à la hauteur des
actions engagées. Seuls nos collègues, vous, moi, sommes capables in
fine de changer la mobilité au sein d’une agglomération.
Des tarifs préférentiels de transports publics pour les retraités et
fonctionnaires des Organisations internationales à Genève?
Depuis janvier 2004, une initiative commune de la Caisse des pensions
du personnel des Nations Unies à Genève et de la Mutuelle des fonctionnaires
internationaux offre aux fonctionnaires des Nations Unies
et agences spécialisées des tarifs préférentiels de transports publics
contractés avec Unireso (tram, bus, et bateau) et les CFF.
Par ailleurs, un service de co-voiturage a été mis en place.
Ce plan Mobilité va donner les moyens de mettre en pratique les principes
de développement durable édictés à Rio puis à Johannesburg
lors du Sommet de la Terre. Nous devons tous agir pour un meilleur
environnement.
Pour tout renseignement: e-mail: mec.amfi@unog.ch
Tél.: + 41 (0) 22 917 35 10

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