UN Special No 639 Avril - April 2005

Interview


FootballAdolf OGI

Année internationale du sport et de l’éducation physique

En 2001, Monsieur Adolf Ogi, ancien Président de la Confédération suisse (en 1993 et 2000), Conseiller fédéral (1987 – 2000) et Directeur de la Fédération suisse de ski (1975 – 1981), a été nommé par le Secrétaire général des Nations Unies comme son Conseiller spécial pour le sport au service du développement et de la paix pour l’assister dans ses efforts de promotion d’une meilleure connaissance du travail et des idéaux des Nations Unies et obtenir son soutien.
Le mandat du Conseiller spécial n’est pas seulement orienté vers le monde du sport, les industriels du sport et les gouvernements mais aussi vers l’intérieur du système des Nations Unies. Son mandat inclut la consultation avec les agences du système des Nations Unies engagées dans le développement, la promotion de la paix, ainsi que dans l’identification de tâches et de programmes pouvant bénéficier d’un apport du sport et de faire des propositions au Secrétaire général.

L’année 2005 a été proclamée «Année internationale du sport et de l’éducation physique». Pourquoi une année entière est-elle dédiée à ce sujet?

Nos sociétés ne prêtent pas suffisamment attention au sport et à l’éducation physique. Ce qui est dommage parce que le sport est un instrument unique pour le développement humain, social et économique; de plus, il peut promouvoir une paix durable.
Avec le sport, les enfants et les jeunes adultes ont la possibilité de faire des erreurs et d’apprendre des valeurs essentielles qui les aideront tout au long de leur vie. Le sport, c’est plus qu’un amusement et un plaisir. Le sport donne des leçons de comportement social et d’intégration. Il forme le caractère, apprend à mieux se connaître et à respecter les autres. À travers le sport, les jeunes peuvent se préparer activement pour leur vie professionnelle. Dans les pays en développement et dans les zones qui ont connu des conflits, le sport donne de l’espoir et peut soulager des traumatismes psychologiques.

N’y a-t-il pas de problèmes plus importants à traiter tels que la pauvreté et la faim?

Je vois les choses différemment. Couvrir les besoins de première nécessité des populations qui souffrent demeure prioritaire. Mais une fois ces besoins couverts, le sport et l’activité physique sont des instruments très utiles pour améliorer la qualité de vie de ceux qui ont connu la guerre et d’autres désastres.
Le sport ne détourne pas l’attention des problèmes urgents du monde. Bien au contraire, il peut soutenir les sujets les plus pressants en proposant des solutions novatrices et pragmatiques. Le sport sera toujours présent, quelle que soit la situation. Notre innovation est d’appeler le monde du sport au service des populations dans le besoin.

Pouvez-vous nous donner des exemples concrets: comment le sport peut-il aider à atteindre les objectifs des Nations Unies?

En février 2005, je suis allé dans la ville de Medellín en Colombie pour visiter un projet de sport intitulé: «El Golombiao». Il s’agit de tournois de football de rue organisés pour des garçons et des filles dans les quartiers défavorisés. Dans ce projet de «football pour la paix», il n’y a pas d’arbitre, les équipes sont mixtes (filles et garçons) et les filles doivent mettre le premier but dans chaque mi-temps. Au début de chaque match, les joueurs de chacune des équipes se mettent d’accord sur les règles. Après le match, les deux équipes décident ensemble, en considérant le comportement et le fair-play des joueurs, qui est le gagnant. Ces projets de développement basés sur le sport ne sont pas uniquement destinés à donner une occupation physique aux enfants et aux jeunes, mais ils permettent également de les tenir à distance de la violence et de la drogue pour lesquelles ils constituent des proies faciles dans les rues de Medellín. De plus, les participants à ces tournois apprennent la nécessité de se respecter les uns les autres et à résoudre leurs conflits d’une façon nouvelle.

Quelle a été la procédure qui a amené à déclarer 2005 l’Année internationale du sport et de l’éducation physique?

En janvier 2003, lors d’une table ronde des ministres chargés du sport à l’Unesco, j’ai fait appel à ces ministres pour qu’ils donnent une plus forte reconnaissance au sport et à ses valeurs. Je leur ai demandé d’initier une résolution pour l’Assemblée générale des Nations Unies, afin qu’une attention plus grande soit accordée au rôle positif du sport.
La Tunisie a pris en main la préparation de cette résolution et a rapidement trouvé le soutien nécessaire des autres Etats membres. Le 3 novembre 2003, la résolution 58/5 a été adoptée en session plénière. Parmi ses éléments les plus importants, elle a proclamé 2005 comme Année internationale du sport et de l’éducation physique (AISEP 2005).

Sport 2005

Comment avez-vous fait pour convaincre les délégués à l’Assemblée générale?

Je leur ai dit qu’il y avait un instrument positif pour les aider à créer un monde meilleur. Ils sont sans cesse en train de traiter de guerres, de conflits et d’autres aspects négatifs de la vie. Je leur ai dit que le sport était une activité qui était universellement acceptée, en particulier parmi les jeunes, l’audience la plus difficile à atteindre, et celle qui a le plus grand impact sur toutes les autres parties de la société.
Je leur ai aussi mentionné que beaucoup d’agences du système des Nations Unies utilisaient déjà le sport dans leurs programmes. Le système de l’ONU utilise les valeurs positives du sport pour améliorer la qualité de vie des enfants, des réfugiés ou des personnes handicapées. Le sport est aussi utilisé pour transmettre des messages pour la prévention du VIH/sida, le développement durable et le respect de l’environnement. Ce qu’il faut maintenant, c’est une approche beaucoup plus systématique et intégrée de l’utilisation du sport.

Quels sont les événements essentiels qui vont avoir lieu durant cette année internationale?

Le concept de l’année internationale offre une plate-forme à tous les Etats membres pour raffermir les liens entre le sport et les thèmes qui peuvent être influencés positivement par le sport tels que la santé, l’éducation, le développement et la paix. Je compte sur les gouvernements, les fédérations sportives, le secteur privé et la société civile pour travailler plus étroitement ensemble avec les Nations Unies.
Nous avons planifié des conférences internationales, chacune d’entre elles liant le sport avec un sujet clé (santé, éducation, développement et paix) ou à des thèmes liés aux Objectifs du Millénaire pour le Développement tels que la protection de l’environnement ou le leadership des femmes.
Des informations complémentaires sur les activités et événements peuvent être trouvées sur le site Internet de AISEP 2005: www.un.org/sport2005.

Quel devrait être l’impact de cette année 2005?

J’espère que AISEP 2005 aura un impact durable pour l’intégration du sport dans l’agenda de développement au sein des Nations Unies. Elle devrait aussi permettre de générer un soutien pour le sport au service du développement et de la paix parmi les gouvernements, les O.N.G. et les organisations liées au sport.

Qu’espérez-vous de l’industrie du sport?

J’ai constaté que les fédérations sportives internationales et l’industrie du sport sont tout à fait prêtes à s’impliquer dans le travail de l’ONU pour l’humanité. Les industries qui fabriquent les biens liés au sport connaissent une croissance des plus rapides. Cela représente un potentiel énorme pour influencer la société et disséminer d’une façon très large les valeurs positives du sport, par ailleurs très proches de celles prônées par la charte des Nations Unies.

Quelle est, d’après vous, la signification du soutien que vous apportent des athlètes de renommée mondiale?

Pour moi, c’est le signe que le sport est prêt à accepter de nouvelles responsabilités. Les athlètes de renommée mondiale ont un rôle de modèles pour nos enfants et ils ont une très grande influence. En donnant une partie de leur temps et de leurs efforts aux activités des Nations Unies, les athlètes donnent un exemple excellent. Leur contribution est un grand atout pour l’Année internationale du sport et de l’éducation physique.

Que dites-vous aux gens qui n’aiment pas le sport?

Chacun est libre de décider ce qu’il ou elle aime ou n’aime pas. Toutefois, il est indéniable que le sport a un impact positif sur la qualité de nos vies. Si vous voulez vivre longtemps et mieux, un style de vie actif vous y aidera grandement. Chacun peut saisir la possibilité de faire du sport. C’est la même chose pour beaucoup de choses dans la vie: «Take it or leave it!»

IYSPE 2005

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