Interview
Année internationale du sport et de l’éducation physique
En 2001, Monsieur Adolf Ogi, ancien Président de la Confédération
suisse (en 1993 et 2000), Conseiller fédéral (1987 – 2000) et Directeur
de la Fédération suisse de ski (1975 – 1981), a été nommé par le
Secrétaire général des Nations Unies comme son Conseiller spécial
pour le sport au service du développement et de la paix pour l’assister
dans ses efforts de promotion d’une meilleure connaissance du travail
et des idéaux des Nations Unies et obtenir son soutien.
Le mandat du Conseiller spécial n’est pas seulement orienté vers le
monde du sport, les industriels du sport et les gouvernements mais
aussi vers l’intérieur du système des Nations Unies. Son mandat
inclut la consultation avec les agences du système des Nations
Unies engagées dans le développement, la promotion de la paix,
ainsi que dans l’identification de tâches et de programmes pouvant
bénéficier d’un apport du sport et de faire des propositions au
Secrétaire général.
L’année 2005 a été proclamée «Année internationale du sport et
de l’éducation physique». Pourquoi une année entière est-elle
dédiée à ce sujet?
Nos sociétés ne prêtent pas suffisamment attention au sport et à l’éducation
physique. Ce qui est dommage parce que le sport est un instrument
unique pour le développement humain, social et économique; de
plus, il peut promouvoir une paix durable.
Avec le sport, les enfants et les jeunes adultes ont la possibilité
de faire des erreurs et d’apprendre des valeurs essentielles qui
les aideront tout au long de leur vie. Le sport, c’est plus qu’un
amusement et un plaisir. Le sport donne des leçons de comportement
social et d’intégration. Il forme le caractère, apprend à
mieux se connaître et à respecter les autres. À travers le sport,
les jeunes peuvent se préparer activement pour leur vie professionnelle. Dans les pays en développement et dans les zones qui ont connu des
conflits, le sport donne de l’espoir et peut soulager des traumatismes
psychologiques.
N’y a-t-il pas de problèmes plus importants à traiter tels que la
pauvreté et la faim?
Je vois les choses différemment. Couvrir les besoins de première
nécessité des populations qui souffrent demeure prioritaire. Mais une
fois ces besoins couverts, le sport et l’activité physique sont des instruments
très utiles pour améliorer la qualité de vie de ceux qui ont connu
la guerre et d’autres désastres.
Le sport ne détourne pas l’attention des problèmes urgents du monde.
Bien au contraire, il peut soutenir les sujets les plus pressants en proposant
des solutions novatrices et pragmatiques. Le sport sera toujours
présent, quelle que soit la situation. Notre innovation est d’appeler
le monde du sport au service des populations dans le besoin.
Pouvez-vous nous donner des exemples concrets: comment le
sport peut-il aider à atteindre les objectifs des Nations Unies?
En février 2005, je suis allé dans la ville de Medellín en Colombie pour
visiter un projet de sport intitulé: «El Golombiao». Il s’agit de tournois
de football de rue organisés pour des garçons et des filles dans les
quartiers défavorisés. Dans ce projet de «football pour la paix», il n’y a
pas d’arbitre, les équipes sont mixtes (filles et garçons) et les filles doivent
mettre le premier but dans chaque mi-temps. Au début de chaque
match, les joueurs de chacune des équipes se mettent d’accord sur les
règles. Après le match, les deux équipes décident ensemble, en considérant
le comportement et le fair-play des joueurs, qui est le gagnant.
Ces projets de développement basés sur le sport ne sont pas uniquement
destinés à donner une occupation physique aux enfants et aux
jeunes, mais ils permettent également de les tenir à distance de la violence
et de la drogue pour lesquelles ils constituent des proies faciles
dans les rues de Medellín. De plus, les participants à ces tournois
apprennent la nécessité de se respecter les uns les autres et à résoudre
leurs conflits d’une façon nouvelle.
Quelle a été la procédure qui a amené à déclarer 2005 l’Année
internationale du sport et de l’éducation physique?
En janvier 2003, lors d’une table ronde des ministres chargés du sport
à l’Unesco, j’ai fait appel à ces ministres pour qu’ils donnent une plus
forte reconnaissance au sport et à ses valeurs. Je leur ai demandé d’initier
une résolution pour l’Assemblée générale des Nations Unies, afin
qu’une attention plus grande soit accordée au rôle positif du sport.
La Tunisie a pris en main la préparation de cette résolution et a rapidement
trouvé le soutien nécessaire des autres Etats membres. Le 3 novembre
2003, la résolution 58/5 a été adoptée en session plénière. Parmi ses éléments les plus importants, elle a proclamé 2005 comme Année internationale
du sport et de l’éducation physique (AISEP 2005).
Comment avez-vous fait pour convaincre les délégués à
l’Assemblée générale?
Je leur ai dit qu’il y avait un instrument positif pour les aider à créer un
monde meilleur. Ils sont sans cesse en train de traiter de guerres, de
conflits et d’autres aspects négatifs de la vie. Je leur ai dit que le sport
était une activité qui était universellement acceptée, en particulier
parmi les jeunes, l’audience la plus difficile à atteindre, et celle qui a le
plus grand impact sur toutes les autres parties de la société.
Je leur ai aussi mentionné
que beaucoup
d’agences du système
des Nations Unies utilisaient
déjà le sport
dans leurs programmes.
Le système de l’ONU
utilise les valeurs positives
du sport pour
améliorer la qualité de
vie des enfants, des
réfugiés ou des personnes
handicapées. Le
sport est aussi utilisé
pour transmettre des
messages pour la prévention
du VIH/sida, le
développement durable
et le respect de l’environnement.
Ce qu’il faut
maintenant, c’est une
approche beaucoup
plus systématique et
intégrée de l’utilisation
du sport.
Quels sont les événements essentiels qui vont
avoir lieu durant cette année internationale?
Le concept de l’année
internationale offre une
plate-forme à tous les
Etats membres pour raffermir les liens entre le sport et les thèmes qui
peuvent être influencés positivement par le sport tels que la santé,
l’éducation, le développement et la paix. Je compte sur les gouvernements,
les fédérations sportives, le secteur privé et la société civile
pour travailler plus étroitement ensemble avec les Nations Unies.
Nous avons planifié des conférences internationales, chacune d’entre
elles liant le sport avec un sujet clé (santé, éducation, développement
et paix) ou à des thèmes liés aux Objectifs du Millénaire pour le Développement
tels que la protection de l’environnement ou le leadership
des femmes.
Des informations complémentaires sur les activités et événements
peuvent être trouvées sur le site Internet de AISEP 2005: www.un.org/sport2005.
Quel devrait être l’impact de
cette année 2005?
J’espère que AISEP 2005 aura un impact
durable pour l’intégration du sport dans
l’agenda de développement au sein des
Nations Unies. Elle devrait aussi permettre de
générer un soutien pour le sport au service du
développement et de la paix parmi les gouvernements,
les O.N.G. et les organisations
liées au sport.
Qu’espérez-vous de l’industrie du sport?
J’ai constaté que les fédérations sportives
internationales et l’industrie du sport sont
tout à fait prêtes à s’impliquer dans le travail
de l’ONU pour l’humanité. Les
industries qui fabriquent les biens
liés au sport connaissent une croissance
des plus rapides. Cela représente
un potentiel énorme pour
influencer la société et disséminer
d’une façon très large les valeurs
positives du sport, par ailleurs très
proches de celles prônées par la
charte des Nations Unies.
Quelle est, d’après vous, la
signification du soutien que vous
apportent des athlètes de
renommée mondiale?
Pour moi, c’est le signe que le sport
est prêt à accepter de nouvelles responsabilités.
Les athlètes de renommée
mondiale ont un rôle de
modèles pour nos enfants et ils ont
une très grande influence. En donnant
une partie de leur temps et de
leurs efforts aux activités des
Nations Unies, les athlètes donnent
un exemple excellent. Leur contribution
est un grand atout pour l’Année
internationale du sport et de
l’éducation physique.
Que dites-vous aux gens qui
n’aiment pas le sport?
Chacun est libre de décider ce qu’il
ou elle aime ou n’aime pas. Toutefois,
il est indéniable que le sport a
un impact positif sur la qualité de
nos vies. Si vous voulez vivre longtemps
et mieux, un style de vie actif
vous y aidera grandement. Chacun
peut saisir la possibilité de faire du
sport. C’est la même chose pour
beaucoup de choses dans la vie:
«Take it or leave it!»

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