UN Special No 638 March-Mars 2005

Globe


Sur l'orbite genevoise

Gagarine Times: un journal russe et francophone

Genève, ville internationale s’il en est, héberge une association russo-romande dont l’équipe, constituée de Russes, de Suisses et de Français, s’est donné en 2003 pour but de relancer un petit journal bilingue, «l’Ours Blanc», alors en perte de vitesse. Avec le concours de JJK, photographe genevois adepte de l’Est, et grâce à la bonne volonté de nombreux bénévoles, le journal a repris son envol sous un nouveau nom bien inspiré – «Gagarine Times».
Youri Gagarine fut pour de nombreuses personnes un symbole d’espoir. Un symbole idéaliste, certes, cet homme qui a dit «Après avoir fait le tour de la Terre dans un vaisseau spatial, j’ai vu combien belle était notre planète. Faisons donc de notre mieux pour préserver et multiplier
cette beauté mais non pas la détruire». Mais un pionnier, aussi. Nous avons appelé notre journal ainsi en hommage à ce Russe qui a transcendé ses origines pour devenir un symbole pour l’humanité entière, mais aussi en un clin d’oeil ludique aux titres réputés.
Au cours des trente-six mois écoulés, «Gagarine Times» a abordé les sujets les plus divers qui avaient pour point commun la Russie et la Suisse, terre d’accueil de ce journal associatif à vocation culturelle. Des voyages en 2 CV à travers les steppes aux pistes de ski sur les hauteurs des côtes russes de la mer Noire, des traversées en Transsibérien vécues ou imaginaires au périple d’un cycliste parti de Genève pour rejoindre Saint-Pétersbourg, nous nous sommes laissés porter par l’invitation au voyage. Une place importante revient aux récits de ceux qui, partis de la Suisse, se sont installés pour quelques temps en Russie afin de réaliser les projets de leurs rêves.
Des analyses de faits de société, que ce soit le retour à la mode des symboles soviétiques ou les activités de la fondation Gorbatchev, nous passons aux registres «humeur(s)» pour couvrir l’actualité sous un aspect plutôt intuitif – les craintes des Moscovites à la veille de Noël ou les lectures préférées des Russes pendant les trajets en métro. Enfin, les évènements culturels en Suisse qui avaient pour source d’inspiration la Russie ont toujours occupé une place importante dans nos colonnes. Ainsi, nous avons interviewé l’organisatrice de l’exposition sur la vie au Goulag pendant les années 1930-50, qui s’est tenue aux Musée d’Ethnographie de Genève, et une actrice vedette du Théâtre Fomenko dont le spectacle a fasciné le public genevois en novembre dernier; un documentaire russe au Festival de Nyon a appelé la publication de deux commentaires diamétralement opposés; et le concert d’un célèbre groupe de rock ukrainien nous a donné l’occasion de présenter au lecteur francophone cette musique encore mal connue ici. Sans dédaigner, bien sûr, d’autres domaines d’activités où les Russes ont leur mot à dire, tels que les échecs ou encore ce curieux art martial qu’est le «sambo».
En ce qui concerne l’actualité russe et internationale, nous avons pensé que la grande presse consacre déjà assez de place à tous ces évènements pas toujours réjouissants, et que notre rôle était plutôt de parler des personnes qui, quel que soit le temps qu’il fasse dehors, au propre comme au figuré, «cultivent leur jardin». Pourtant, nous avons cru qu’il était de notre devoir de parler du drame des otages de Beslan, notamment pour signaler aux lecteurs les différentes possibilités d’apporter leur aide humanitaire aux victimes. Des dossiers comme l’environnement ou l’aide aux plus démunis ont aussi eu leur place dans les pages de «Gagarine Times».
Le journal favorise le style de l’interview et du témoignage direct. «Gagarine Times» est ouvert aux nouvelles contributions, toujours curieux de découvrir de nouvelles expériences et désireux de les faire partager à ses lecteurs. D’ailleurs, un nombre considérable d’articles a été inspiré par le courrier de nos lecteurs.
Journal bilingue, «Gagarine Times» respecte le style et les références propres à la langue de Voltaire comme à celle de Pouchkine. Peu d’articles figurent avec une traduction intégrale mais tous ont leur pendant dans l’autre langue, que ce soit sous la forme d’un résumé ou d’un texte inspiré du même sujet mais improvisé sur un autre ton. Pour un Russe désireux de parfaire son français tout comme un francophone qui a déjà un bon niveau de russe, c’est aussi un petit jardin fleuri où il fait bon se promener pour cueillir des fruits qui poussent sur la même branche mais qui n’ont pas le même goût ni la même couleur.
Si la taille du journal – huit à douze pages – reste modeste, et que le caractère bénévole de toutes les contributions limite nos parutions à six par an, nous n’en sommes pas moins fiers d’être lus par plus de mille cinq cents lecteurs en Suisse et en France voisine, parmi lesquels plus de trois cents ont fait confiance à notre projet en s’abonnant à «Gagarine Times». «Gagarine Times» est publié par l’association suisse à but non lucratif «Gagarine.Ch», indépendante et politiquement non engagée, et oeuvre de ce fait sous le signe de la liberté et
de la responsabilité.
En libre accès sur le site du journal (www.gagarine.ch), le prochain numéro offre au lecteur les interviews exclusives du plus russe des écrivains français, Andreï Makine (Prix Goncourt et Médicis 1995), ainsi que du classique vivant de la poésie conceptuelle russe Dimitri Alexandrovitch Prigov. Le n°10 confiera aussi les impressions tirées d’une imposante exposition d’art à Moscou, et présentera une formation de Saint-Pétersbourg en tournée en Suisse qui joue un doux mélange de ska et de jazz. Sans oublier, bien sûr, plusieurs photos ou dessins inédits d’artistes originaires de Russie ou qui sont allés dans ce pays pour s’inspirer de sa richesse culturelle et de son étonnante métaphysique afin de venir nous apporter ses reflets sur les bords du Léman.

Pour le Rédaction de «Gagarine Times»
Nicolas Potapov, Anaïs Marin

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