Globe
Savoir et développement
Dr Ezdine Ferjani
On peut affirmer, sans gros risque d’erreurs,
que le XXème siècle fut celui de la recherche
scientifique (forme raffinée de la violence
créatrice de l’homme). Le travail des éminents
savants des XVIIIème et XIXème siècle tenait
plus à la passion et à la curiosité d’hommes
avides surtout de découvertes des lois de la
matière et de l’harmonie globale. Le savoir
allant vers le détail, vers le complexe et vers
l’interconnexion, le gigantesque savoir humain
est aujourd’hui surtout investissement économique.
Aussi incroyable que cela paraisse, il est
incontestable que 60-70% des savants de tous
les temps sont actuellement en vie et en activité…aux Etas-Unis d’Amérique.
Aujourd’hui, à l’ère de la grande révolution
en biotechnologie, en informatique et en télécommunications,
à l’ère des grands enjeux de
protection de l’environnement vital, de la survie
de l’espèce par l’assurance de nourriture
suffisante de qualité acceptable pour les 6 milliards
d’humains, à l’ère des grands enjeux de
combats médicaux contre le SIDA , le cancer et
les maladies génétiques, l’humanité affronte un
tournant décisif de son histoire: assurer le présent,
conquérir l’espace et assurer un futur
meilleur sur la planète Terre.
Il va de soi que le savoir et son exploitation
sont un centre d’intérêts des peuples de la planète:
je ne parlerai pas ici des enjeux et des
affrontements ethniques, raciaux et politiques
qui représentent un thème autre…
La recherche scientifique est aujourd’hui un
outil puissant pour la promotion de l’intelligence
humaine mais aussi pour la résolution de
problèmes cruciaux actuels et la conquête
d’une place honorable dans le futur. L’adéquation
actuelle est claire: les peuples nantis de
savoir scientifique puissant se portent le
mieux, s’assurent prospérité, confort et sérénité.
Pour cela, des choix philosophiques, économiques
et stratégiques ont été adoptés: primauté
du savoir exact, investissement en
formation, culte de l’intelligence et de la compétition
vers l’efficacité et la rentabilité, sacrifices lourds en moyens financiers, osmose tous
azimuts entre les branches de la connaissance
et l’utilisation concrète, massive et rapide des
résultas de la recherche.
Dans le monde d’aujourd’hui, les choses sont
avant tout réflexion, choix et travail. Le monde à
des peuples Leaders, des prétendants Leaders,
des peuples travailleurs acharnés, des peuples
naturellement riches et…des oubliés de l’histoire. La place qui pourrait être celles des pays du
Sud -dotés de moyens modestes- existe bel et
bien. Ces pays disposent souvent de bonne
position géopolitique , pays jeunes, à fort taux
de scolarisation, avec une croissance démographique
plus ou moins bien maîtrisée et un
choix irréversible de promotion du savoir, de la
formation tous azimuts; ces pays disposent
actuellement de spécialistes de bon niveau
dans beaucoup de domaines du savoir et de
l’activité. Des moyens, souvent importants,
sont consentis par les contribuables et imposent
un devoir de rationalisation des choix des
thèmes développés, de l’injection des résultats
de la recherche dans l’amélioration de la technicité,
de la qualité, de la quantité et pour la
conquête de nouveaux horizons dans l’échange
international mais aussi de la participation
active à l’effort universel pour la promotion de
la connaissance fondamentale.
Sur un autre plan, après près d’un demi
siècle d’indépendance, ces pays peuvent être
fiers de l’existence de structures, de matériel et
d’appareillage en quantités et de qualité appréciables
dans les divers centres, institutions et
facultés de sciences, de médecine, d’agronomie
et de technologie. Un travail important est en
train de se réaliser. Des scientifiques ont des
contributions de plus en plus remarquées dans
des parutions scientifiques prestigieuses. La
formation de la jeunesse pour la garantie de
l’alternance va bon train et un effort important
est consenti vers l’implication des résultats de
la recherche dans l’amélioration de la qualité,
de la productivité et simplement du quotidien
des gens. Ces efforts restent à intensifier afin
que des améliorations tangibles soient de plus
en plus ressenties parmi toutes les franges de
la société. Il va de soi que la recherche dans les
différents domaines des sciences humaines, de
société, de communication, d’information, du
relationnel et de la santé mentale revêt la plus
haute importance car on n’améliore pas l’inanimé
sans passer par l’amélioration des femmes
et des hommes.
Quelques suggestions d’ordre général restent
à proposer d’un point de vue personnel et à la
lumière de mon vécu de prés de 20 ans dans ce
domaine:
— il est d’abord primordial de dynamiser et de
moderniser en continu l’appareil administratif
accompagnant l’activité de recherche. Les
délais de livraison de produits sont à écourter
au maximum, les démarches à simplifier et la
paperasse inutile et encombrante à éliminer. Il
est inconcevable que l’acquisition d’un produit
dans certains pays en développement demande
un an pour des projets qui durent généralement
trois ans (par exemple) alors que le même produit
est acquis dans les 24 heures, dans les
pays développés.
— le souci de transparence dans la gestion des
budgets de recherche et la démocratisation de
leur emploi doivent être autant que possible
des impératifs majeurs. Ces denrées si ardues
doivent être gérées avec le maximum d’efficacité
et dans le cadre de choix découlant directement
de l’intérêt général, de la justice, de
l’égalité des chances et de promotion de la jeunesse.
— l’utilisation de l’équipement lourd devrait faire
l’objet d’une optimisation maximale. On ne peut
pas se permettre le luxe de faire passer quoti-diennement 10 échantillons sur un appareil conçu pour en faire passer 100.
Un appareil à 400 000 ou 800 000 dollars qui reste en panne pendant des
années représente un manque à gagner et une perte sèche devant les sacrifices de la communauté. Rentabilisation, fréquence d’emploi élevée et surtout
formation de cadres compétents pour la garantie de la maintenance et
de la sécurité. (Ces maîtres mots sont aussi valables pour l’industrie dont
l’amélioration du taux d’encadrement et de scientificité est aujourd’hui plus
qu’hier à l’ordre du jour).
— le culte de l’équité, de la récompense de l’effort et de l’excellence est à
continuer et à dynamiser au plus haut point. Il serait fort détestable, dissipateur
d’énergies et contraire aux intérêts stratégiques du pays que des luttes
d’influence stériles soient orchestrées autour de la conquête des postes de
responsabilités administratives. Direction collégiale et/ou alternance, compétition
loyale, contrôle continu à différentes échelles et culture de l’excellence
sont les maîtres mots dans ce domaine. Le mandarinat, le copinage,
l’arrivisme, le sectarisme le régionalisme, la manipulation individualiste et
la malhonnêteté scientifique sont des fléaux à combattre avec vigilance et
vigueur. Il est important de rappeler clairement que les hommes et les femmes
sont ce qu’ils apportent à leurs semblables et non ce qu’ils acquièrent
même dans la légalité. Le domaine du savoir est par excellence celui du don
de soi, de la générosité et de l’amour de l’autre.
— la question de la langue (à la même enseigne que les mathématiques)
– véhicule premiers du savoir-reste d’une grande actualité. Si la langue nationale
reste un objectif identitaire inévitable et incontournable, le français –
souvent- une fenêtre vitale donnant sur l’extérieur, l’anglais couvre aujourd’hui
80 à 90 % des parutions scientifiques du monde moderne. Le chercheur
moderne est appelé demain plus qu’aujourd’hui à maîtriser parfaitement 3
langues. Les générations futures ont un effort certain à investir pour manier
librement et correctement ce premier outil de la communication et de la
science.
Quels mots d’ordre pour conclure ? D’abord confiance et optimisme pour
l’avenir. Ensuite, considération , reconnaissance et gratitude pour les maîtres
pionniers qui ont instauré dans des conditions souvent difficiles, les traditions
de savoir et de recherche dans nos contrées. Culte inlassable et indéfectible
du labeur, seule garantie de réussite et de suprématie. Vulgarisation,
continuité et promotion de la science et du savoir parmi toutes les franges de
nos sociétés et surtout parmi la jeunesse, bâtisseurs de demain et dignes
héritiers des valeurs nobles tant défendues par leurs prédécesseurs.
L’auteur est à la Faculté des sciences de Monastir, Tunisie.

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