Arts

L’art au Palais des Nations
Nicolas Emilien
Durant le mois de janvier 2005, deux expositions
au Palais des Nations à Genève
ont attiré mon attention. La première intitulée
« A hymne to humanity » de Gino Masciarelli,
sculpteur italien. La seconde, « Poems from
the Desert » orchestrée par la Princesse
Dalal. Le premier artiste commence son parcours
artistique à Milan, puis le poursuit par
Berlin, New York, Toronto, pour revenir en
Italie. La seconde artiste débute son itinéraire
artistique en Arabie Saoudite avec notamment
l’influence de la culture et des traditions
du désert, puis au Etats-Unis, au Liban et en Europe.
Pour aborder ces deux univers, je parlerai
de l’art de manière à la fois singulière,
humaine et mondiale. Selon moi, l’art n’est
qu’un prolongement de ce que nous sommes
en tant qu’être humain. C’est pourquoi, donner
un avis objectif (critique) sur l’art dans sa
composition esthétique, son approche spirituelle
et son trait personnel est une chose
très difficile car pur produit de l’intellectualisation de la pensée. Expliquer, conceptualiser
et démonter la nature de l’idée, ainsi que la
valeur de l’objet d’art appartient à ceux qui
savent. « Ne pas savoir », là réside la clé
intime du succès du créateur. « Ne pas chercher
», là réside la clef d’une appréciation
personnelle du contemplatif. Je n’y vois là
qu’un moyen de communication égoïste et
égotique. Définitivement, l’art est une lutte
entre le Moi égotique et le Moi universel. L’art
est un combat entre ce que veut être l’individu
et ce qu’il est. L’art est un trésor intimiste
et universaliste. Tantôt exhibitionniste
et voyeuriste, tantôt pudique et singulier,
presque invisible et inaudible.
Certains artistes sont issus d’écoles prestigieuses,
d’autres sortent de la rue. En l’occurrence,
Princesses Dalal et Gino Masciarelli
ont suivi un parcours d’études riches en
connaissance délivrée par des maîtres ou des
professeurs émérites. Certains sont nés avec
un nom connu. Alors que d’autres sont
d’illustres inconnus. Certains s’éveillent peu à
peu aux lumières des médias et du public.
Quand d’autres ne les ont jamais quittées. A
mon sens, ce qui compte avant tout dans l’art,
c’est la force qui réside dans la dichotomie
entre le passé et le vouloir, le futur et l’avoir,
le présent et le pouvoir. Car ce que l’on est,
n’est rien dans l’Absolu. Le néant est une spirale
agnostique qui ronge l’individu lorsque
celui-ci s’abandonne au génie de l’instant. Il
faut une profonde conscience de ce que l’on
est pour oublier d’être ce que l’on est pas,
lorsque l’absence d’ego fusionne avec l’envie
d’exister à travers le regard de l’Autre. D’un côté l’artiste. De l’autre côté l’individu. Au
milieu, l’être et le néant ou l’homme et le surhomme.
Dans ce jeu sans fin, il n’y a pas de règle.
L’art est un défouloir, un exercice curatif,
sorte de rejet du réel pour se nourrir de l’abstraction
du vivant. Il est un lieu de vies, de
folie, d’humilité, de sagesse, de frustrations,
de peurs raisonnant avec l’universalité du
quotidien. Lorsque l’individu s’extirpe de luimême
pour s’entendre parler, son langage est
unique et précieux en se sens qu’il délivre
toujours un message. D’abord pour lui-même
à lui-même, puis pour l’Autre. Et voilà que
l’artiste nous parle à travers sa création: il
nous dit qui il est, ce qu’il est et ce qu’il inspire
et aspire. On ressent ou on ne ressent
rien. L’art nous parle, nous amuse, nous
révolte, nous effraie, nous dégoûte, nous
énerve, nous émeut ou nous inspire. Et parfois
rien. Rien du tout, pas même une émotion,
une idée, voire une réflexion. Rien.
Qu’est-ce que l’art et l’amour ? Cette question
ne peut avoir de réponse de la part de ceux qui créent avec le coeur. Car justifier,
c’est limiter. Et expliquer, c’est réduire. Tout
le cheminement inverse de l’être humain qui
habite, vibre et jongle avec le champ des possibles
et leurs contraires. Cependant, pour
comprendre en partie le désir de créer, le processus
du don de soi, il est amusant de simplement
lire les titres des oeuvres exposées
dont l’approche culturelle, artistique à travers
l’utilisation de la matière et de l’outil diffèrente.
Pour Gino Masciarelli, les oeuvres se
nomment « Liberta », « Hands of Peace », «
Volo Acrobatico », « Invocazione », « Flight
into the Future » et « Protezione del Bambino
». Princesse Dalal interpelle le visiteur par «
Our Love Story », « Moon Satin », « The
World is Woman », «Eureka » et « I Think I _
You ». Deux univers, deux mondes et pourtant
une vérité et une sincérité égales dans
l’amour du travail et la volonté de partager
une part de soi avec l’univers. On aime ou on
n’aime pas, ainsi commence l’autre histoire
d’une oeuvre d’art...

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