UN Special No 638 March-Mars 2005

Arts


L’art au Palais des Nations

Nicolas Emilien

Durant le mois de janvier 2005, deux expositions au Palais des Nations à Genève ont attiré mon attention. La première intitulée « A hymne to humanity » de Gino Masciarelli, sculpteur italien. La seconde, « Poems from the Desert » orchestrée par la Princesse Dalal. Le premier artiste commence son parcours artistique à Milan, puis le poursuit par Berlin, New York, Toronto, pour revenir en Italie. La seconde artiste débute son itinéraire artistique en Arabie Saoudite avec notamment l’influence de la culture et des traditions du désert, puis au Etats-Unis, au Liban et en Europe.
Pour aborder ces deux univers, je parlerai de l’art de manière à la fois singulière, humaine et mondiale. Selon moi, l’art n’est qu’un prolongement de ce que nous sommes en tant qu’être humain. C’est pourquoi, donner un avis objectif (critique) sur l’art dans sa composition esthétique, son approche spirituelle et son trait personnel est une chose très difficile car pur produit de l’intellectualisation de la pensée. Expliquer, conceptualiser et démonter la nature de l’idée, ainsi que la valeur de l’objet d’art appartient à ceux qui savent. « Ne pas savoir », là réside la clé intime du succès du créateur. « Ne pas chercher », là réside la clef d’une appréciation personnelle du contemplatif. Je n’y vois là qu’un moyen de communication égoïste et égotique. Définitivement, l’art est une lutte entre le Moi égotique et le Moi universel. L’art est un combat entre ce que veut être l’individu et ce qu’il est. L’art est un trésor intimiste et universaliste. Tantôt exhibitionniste et voyeuriste, tantôt pudique et singulier, presque invisible et inaudible.
Certains artistes sont issus d’écoles prestigieuses, d’autres sortent de la rue. En l’occurrence, Princesses Dalal et Gino Masciarelli ont suivi un parcours d’études riches en connaissance délivrée par des maîtres ou des professeurs émérites. Certains sont nés avec un nom connu. Alors que d’autres sont d’illustres inconnus. Certains s’éveillent peu à peu aux lumières des médias et du public. Quand d’autres ne les ont jamais quittées. A mon sens, ce qui compte avant tout dans l’art, c’est la force qui réside dans la dichotomie entre le passé et le vouloir, le futur et l’avoir, le présent et le pouvoir. Car ce que l’on est, n’est rien dans l’Absolu. Le néant est une spirale agnostique qui ronge l’individu lorsque celui-ci s’abandonne au génie de l’instant. Il faut une profonde conscience de ce que l’on est pour oublier d’être ce que l’on est pas, lorsque l’absence d’ego fusionne avec l’envie d’exister à travers le regard de l’Autre. D’un côté l’artiste. De l’autre côté l’individu. Au milieu, l’être et le néant ou l’homme et le surhomme.
Dans ce jeu sans fin, il n’y a pas de règle. L’art est un défouloir, un exercice curatif, sorte de rejet du réel pour se nourrir de l’abstraction du vivant. Il est un lieu de vies, de
folie, d’humilité, de sagesse, de frustrations, de peurs raisonnant avec l’universalité du quotidien. Lorsque l’individu s’extirpe de luimême pour s’entendre parler, son langage est unique et précieux en se sens qu’il délivre toujours un message. D’abord pour lui-même à lui-même, puis pour l’Autre. Et voilà que l’artiste nous parle à travers sa création: il nous dit qui il est, ce qu’il est et ce qu’il inspire et aspire. On ressent ou on ne ressent rien. L’art nous parle, nous amuse, nous révolte, nous effraie, nous dégoûte, nous énerve, nous émeut ou nous inspire. Et parfois rien. Rien du tout, pas même une émotion, une idée, voire une réflexion. Rien.
Qu’est-ce que l’art et l’amour ? Cette question ne peut avoir de réponse de la part de ceux qui créent avec le coeur. Car justifier, c’est limiter. Et expliquer, c’est réduire. Tout le cheminement inverse de l’être humain qui habite, vibre et jongle avec le champ des possibles et leurs contraires. Cependant, pour comprendre en partie le désir de créer, le processus du don de soi, il est amusant de simplement lire les titres des oeuvres exposées dont l’approche culturelle, artistique à travers l’utilisation de la matière et de l’outil diffèrente. Pour Gino Masciarelli, les oeuvres se nomment « Liberta », « Hands of Peace », « Volo Acrobatico », « Invocazione », « Flight into the Future » et « Protezione del Bambino ». Princesse Dalal interpelle le visiteur par « Our Love Story », « Moon Satin », « The World is Woman », «Eureka » et « I Think I _ You ». Deux univers, deux mondes et pourtant une vérité et une sincérité égales dans l’amour du travail et la volonté de partager une part de soi avec l’univers. On aime ou on n’aime pas, ainsi commence l’autre histoire d’une oeuvre d’art...

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