UN Special No 638 March-Mars 2005

Interview


Palaise de NationShuibao LIU

«Quitter au bon moment»

Pourquoi acceptez-vous l’interview maintenant que vous avez décidé de quitter le Conseil de Coordination alors que vous avez refusé d’être interviewé lorsque vous avez été élu?

Pour deux raisons: premièrement, je veux faire les choses différemment. Normalement, UN Special interview le nouvel élu, j’avais refusé parce que je n’avais rien de nouveau à dire, sauf répéter ce que mes prédécesseurs avaient dit. Deuxièmement, nous avons un proverbe chinois: «dès que vous partez, le thé devient froid derrière vous». J’accepte cette interview pour garder le thé chaud un peu plus longtemps.

Pourquoi ne pas continuer pour que le thé reste toujours chaud?

D’abord, Secrétaire Exécutif n’est pas un poste permanent, bien que je n’aurais pas douté d’être réélu si j’avais participé à l’élection. Ensuite, veuillez me laisser citer un autre proverbe chinois: «il faut quitter le podium pendant que les applaudissements continuent». J’ai décidé d’arrêter maintenant parce que je sens arriver le bon moment et je n’ai rien à regretter. S’il en avait été autrement, j’aurais voulu continuer jusqu’à ce que j’accomplisse ce que je souhaitais achever.

Cela veut-il dire que vous avez déjà accompli ce que vous vouliez atteindre? Quels sont vos réussites?

Désolé c’est un paradoxe, je suis tombé dans mon propre piège. Avant de répondre à votre question, je voudrais vous dire que ma réponse peut sembler soit immodeste, soit laisser supposer que j’aurais été inutile et que je n’aurais rien fait. Dans le premier cas, je pourrais apparaоtre comme n’étant «pas chinois», parce qu’être modeste est un des caractères de la culture chinoise. Dans le deuxième cas, ce serait injuste envers non seulement moi-même, mais aussi les autres membres du Conseil, en particulier les membres du Bureau. Ainsi, je ne peux pas laisser votre question sans réponse.
Je voudrais m’exprimer en évitant d’utiliser le mot « réussites ». Bien que je ne sois pas en faveur du PAS, j’estime malheureusement que le PAS ne s’applique pas au Secrétaire Exécutif, sinon j’obtiendrais Notation B (Résultats souvent supérieurs à ceux attendus). Ce n’est pas du tout modeste.
D’ailleurs, à Genève, le Secrétaire Exécutif exécute seulement les décisions du Conseil et du Bureau, parce que c’est lui qui est en charge au lieu du Président. Dans ce cas-là, tous les progrès sont les résultats collectifs et tous les mérites doivent être attribués aux membres du Conseil. Ces efforts collectifs sont clairement illustrés dans les circulaires de 100 jours et 200 jours, aussi dans le rapport annuel du Conseil.

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Quelles sont vos expériences en tant que Secrétaire Exécutif ?

C’est un défi. On dit que ce poste est un cours de formation de l’ONU oщ l’on peut apprendre pratiquement toutes les choses, bonnes ou mauvaises, du système. Je suis syndicaliste depuis plus de 15 ans et je suis membre du Bureau depuis des années. Ce poste n’est donc pas tout à fait nouveau pour moi; la seule différence est que le Secrétaire Exécutif est responsable pour toutes les décisions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. J’aime jouer aux échecs et j’assimile souvent qu’être Secrétaire Exécutif s’apparente à certains points de vues au jeu d’échecs. Quand on fait un mouvement, on doit anticiper plusieurs autres, notamment si votre adversaire possède plus de moyens et plus de ressources que vous.
Maintenant, les affaires de représentations du personnel sont différentes de l’époque oщ vous étiez Membre du Bureau ou le Président. Je me souviens qu’en ces temps, il y avait plusieurs listes électorales différentes, mais il n’y avait pas «d’opposition». Après l’élection, toutes les listes travaillaient en général en harmonie. A présent, les représentants du personnel, en particulier le Secrétaire Exécutif, et aussi les députés SE, doivent négocier avec une Administration qui est rarement prête à faire des concessions, et en même temps, faire face à une opposition aveugle. Je veux dire qu’ils s’opposent à tout ce que vous faites; si vous dites blanc, ils répondront automatiquement noir. Dans
ce sens, on se débrouille pas mal.
D’ailleurs, le personnel, à savoir nos constituants, ne sont pas vraiment motivés. Pour être franc, leur moral n’est pas aussi élevé qu’il devrait l’être. Il est pratiquement difficile de les sortir de leur bureau pour une réunion ou pour un vote. Certains ne lisent même pas les circulaires que publie le Conseil. De plus, ce sont très souvent ces personnes qui
se plaignent de ne pas être informées. Ceci rend les représentants du personnel vulnérables, étant donné qu’ils ne se sentent pas soutenus par leurs constituants entièrement. Au fond, ce ne sont pas ces constituants qu’il faut blвmer, car finalement ce sont très souvent les chamailleries entre représentants qui ont ôté leur confiance en nous. Ainsi, pour que les représentants du personnel deviennent crédibles, nous
devrions arrêter ce genre de querelles suicidaires entre représentants. Durant l’année écoulée, la situation s’est améliorée. Bien que pas encore complétement disparus, les papiers et les posters porteurs d’accusations infondées ont perdu du terrain. La commission d’arbitrage s’est réunie moins souvent et les recours ont été rejetés correctement. Heureusement, toutes les activités, par exemple le succès du StaffGala gratuit de la fin de l’année dernière et le Long Service Award, motivent le personnel et accroоssent son moral. Je trouve aussi que le privilège d’être Secrétaire exécutif demande d’être habile face aux attaques de la part non seulement des opposants, mais aussi des membres de sa propre liste. Faire face aux attaques des opposants est relativement facile parce que vous y êtes préparé et vous êtes sur vos gardes. Mais ceux de vos propres rangs sont plus subtils. Bien sыr, à côté de ces difficultés délicates, il y a toutes sortes de demandes, raisonnables ou irraisonnables de la part du personnel. Grвce à ces difficultés, on peut apprendre beaucoup même dans une courte période d’un an. Vu sous cet angle, je dois dire que le poste de Secrétaire Exécutif est un poste intéressant et attrayant.

Pourquoi arrêtez-vous donc si vous pensez que vous faites du bon travail ?

Comme je l’ai dit avant, il faut quitter le podium au bon moment. Comme зa, vous ne vous sentez pas honteux. De plus, Secrétaire Exécutif est un poste convoité et l’ego et la jalousie font partie de la nature humaine. C’est ainsi mieux de laisser la chance aux autres. А côté de cela, j’aimerais faire d’autres choses.

Comme quoi ?

Comme vous le savez, l’élection pour la Caisse des Pensions va bientôt avoir lieu. Autant vous que moi, ou encore Mme Gantet, Mme Fleury et M. Mporamazina sommes candidats de l’ONUG. Celui des cinq ou quiconque parmi nous s’il est élu, aura la très grande responsabilité de défendre nos pensions. Depuis que le dollar dévalue rapidement, nous les voyons tristement s’évaporer jour après jour. Nous devons faire quelque chose pour зa. Nous savons tous qu’il ne faut pas mettre tous les oeufs dans le même panier, mais nous dépendons pour l’instant d’une seule monnaie, le dollar américain. Ce système doit être changé en introduisant d’autres monnaies, par exemple l’Euro. Ceci peut sembler naпf ou impossible aujourd’hui, mais c’est la seule faзon de protéger notre Caisse des pensions du naufrage. Je ferais bien de m’arrêter là, sinon on va m’accuser de faire une campagne électorale pour moimême.
Pour finir, laissez-moi appeler tous ceux qui lisent cette interview d’aller voter. Il y aura deux élections en même temps: l’élection du Conseil du personnel ONUG et l’élection des représentants de la Caisse des Pensions. Quelle que soit la liste que vous souteniez, quel que soit le candidat pour lequel vous allez voter, ce n’est pas le plus important, mais votre participation l’est et fera la différence. Les Iraquiens risquent leur vie pour aller aux urnes, alors que vous ne risquez rien; chérissez vos droits!
Merci.

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