UN Special No 637 February-Février 2005

Tsunami


283‘000 MOTS

Pierre Jourdan

283‘000 c’est au moins le nombre de MOTS qu’il faudrait pour citer les noms de ceux qui nous ont quittés, fauchés par le tsunami. Ce raz-de-marée sans précédent dont la cause a été le séisme sous-marin d’une magnitude supérieure à 9 sur l’échelle de Richter survenu le 26 décembre au large de Sumatra.
9 millions de mots, ce sont les mots qu’il faudrait pour nommer ceux qui ont survécu dont hélas plus de 5 millions qui ont tout perdu et dont il faudra s’occuper. Voilà la vraie croisade humaine et morale à entreprendre pour aider ceux qui souffrent.

En Thaïlande

La tristesse doit faire place à la joie. C’est comme cela que l’on envisage la vie dans cette partie du globe. Les morts retrouvés, lavés, identifiés, protégés de la chaleur retrouvent ainsi de la dignité avant les obsèques dans une atmosphère étrange pour
ceux qui ne sont pas de ces régions.
En cette fin d’année 2004 en Thaïlande, on pouvait voir à la télévision toute la tendresse et même les sourires, après le devoir accompli, des équipes de légistes qui ont participé nuit et jour à ce très dur labeur, tant le respect des morts fut grand et la solidarité profonde. Par ces actes maintes fois renouvelés, il y avait quelque chose d’indicible qui rapprochait les équipes plus fortement encore corps après corps.
A côté de cela, la polémique sur l’absence d’alerte des populations locales, la campagne d’adoption d’orphelins à grande échelle, les marchandages sur le moratoire de la dette des régions sinistrées ne sont pas grand chose. Beaucoup de gouvernements des pays touchés ont tiré certaines leçons du passé et ont refusé tout report du remboursement, d’autres comme la Thaïlande comptent avant tout sur leur propres ressources pour surmonter cette épreuve. En tout état de cause, l’aide internationale d’urgence actuelle atteint à peine le milliard de dollars (ce qui est inférieur au 1 % de la dette) et l’aide promise n’atteindra pas les 10 % de celle-ci. Il faut quand même souligner que l’ONU a fait appel à un cabinet de comptables privé pour superviser l’utilisation de l’aide humanitaire promise par la communauté internationale.
Comme il a fallu un peu plus d’une demie heure au tsunami pour atteindre les côtes thaïlandaises, Tilly Smith, une jeune anglaise de 10 ans originaire de Surrey a, quant à elle, fait beaucoup mieux que la National Oceanographic and Atmospheric Administration qui n’avait fait que prévenir une base militaire en Inde.
Elle venait d’étudier les signes, causes et effets des tsunamis dans une leçon de géographie peu avant ses vacances. Se trouvant alors par un hasard incroyable sur la plage de Maikhao à l’île de Phuket avec sa famille. Elle a été horrifiée lorsqu’elle a vu l’eau bouillonner puis se retirer loin au large (signe annonciateur des tsunamis). Elle a aussitôt alerté et sauvé les occupants de cette plage avec l’aide de ses parents, ceci après les avoir convaincus en utilisant le mot approprié de « tidal wave ». On a pas dénombré de victimes sérieusement blessées ou tuées sur cette plage et ce drame doit nous interroger sur la primauté de notre attitude à l’égard des autres dans la vie.
Cette tragédie nous rappelle aussi la très grande impuissance humaine. L’aide arrive mais elle ne remplacera pas les vies perdues, j’espère qu’elle sera redistribuée équitablement par ceux qui sont chargés de le faire, qu’un système d’alerte efficace sera mis en place comme cela a été décidé dans un proche avenir, que les familles seront aidées et les orphelins rescolarisés.
Cela devrait être une priorité absolue, alors que ces habitants ont des revenus très modestes et vivent pour beaucoup d’entre eux de la pêche, dans des région touristiques fréquentées par les plus nantis.

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