Période sombre pour lONU
Interview avec le
Secrétaire général de l'ONU.
Interview with the
Secretary-General of the UN.
By Jean Michel Jakobowicz.
Y a-t-il vraiment des scandales à
lONU comme le rapporte la presse?
La plupart des choses qui ont été écrites récemment
à propos des Nations Unies sont très grossièrement
exagérées. Ceci dit, nous traversons actuellement une
période relativement sombre, avec des allégations qui
nous reprochent dignorer le génocide du Darfour, des abus
sexuels au Congo et ainsi de suite. Et, bien sûr, au centre des
controverses actuelles, il y a le programme « Pétrole contre
nourriture » pour lIrak. Cétait un programme
très complexe, comme vous le savez, impliquant des sommes dargent
bien supérieures à celles dont lONU a habituellement
la charge. Il apparaît clairement que Sadam Hussein est parvenu
à vendre beaucoup de pétrole dune façon illicite
en dépit des sanctions de lONU et ceci bien avant que le
programme nait été mis en place et quil nait
commencé à fonctionner. Lorsque ce programme a été
opérationnel, Sadam Hussein a utilisé certaines de ses
défaillances pour extorquer illégalement des fonds et
des pots-devin. Mais, selon les dires de la presse, tout ceci serait
la faute du Secrétariat des Nations Unies comme si les hauts
fonctionnaires des Nations Unies mis en cause avaient déjà
été jugés et convaincus de corruption. Jen
appelle à tout un chacun de ne pas porter un jugement hâtif.
Jai nommé une commission denquête indépendante
composée de trois experts éminents et très respectés,
Paul Volcker, Richard Goldstone et Mark Pieth. Ils sont chargés
denquêter en profondeur et daller jusquau bout
de la question. Pour ma part, pas un centime de ce qui est passé
par le programme « Pétrole contre nourriture » naurait
dû aller ailleurs que pour venir en aide au peuple irakien. Je
fais confiance à M. Volcker pour mettre à jour la vérité.
Cest une période très difficile pour nous tous,
mais je suis confiant quune fois la vérité établie,
les choses se calmeront et la couverture médiatique sera beaucoup
plus équilibrée. Quant à nous, nous ne devons pas
oublier quil y a une grande quantité de travail très
sérieux qui est accompli chaque jour par vous, le personnel des
Nations Unies et ceci ne doit pas être ignoré.
Pourquoi toutes ces critiques surgissentelles
tout à coup?
Cela peut être interprété
comme une crise de croissance. Les Nations Unies opèrent en première
ligne dans toutes les crises du monde. La crise en Irak, lan dernier,
a suscité une attention sans précédent et des espoirs
vis-à-vis du Conseil de sécurité de la part des
deux groupes de pays en présence et, depuis, il y a eu des débats
très animés sur le rôle que nous pouvions et devions
jouer en Irak. Nous sommes aussi impliqués directement dans la
recherche dune solution du conflit israélo-palestinien
et ceci pour la première fois depuis des décennies. Le
Conseil de sécurité libéré des entraves
de la guerre froide crée des missions de main- tien de la paix
à un rythme vertigineux. Tout cela génère un environnement
riche en succès et en échecs potentiels et, aussi, il
faut bien le dire, en critiques.
Comment pouvons-nous changer cette attitude
négative?
Jencourage chaque membre du Secrétariat
à continuer le travail important quil ou elle fait pour
servir le monde et ses citoyens. Vous travaillez pour une organisation
dont limportance est vitale pour la vie quotidienne de millions
de personnes. Vous le savez! Soyez digne de la confiance que les gouvernements
mettent en vous, de la confiance que jai en vous. Ne vous laissez
pas distraire par des critiques sans fondement, mais apprenez des critiques
constructives.
Comment voyez-vous le moral du personnel?
Je crois que nous sommes actuellement tous soumis à
un très fort stress. De lIrak au Darfour en passant par
le Congo, nous avons à traiter des questions de vie ou de mort
et, en même temps, nous devons faire face à de violentes
critiques largement sans fondement. Il est très difficile de
rester concentré dans de telles conditions. Mais cest le
moment de prouver notre professionnalisme et de rester une équipe
soudée. Les nuages au-dessus de nous passeront et en attendant
quils passent, notre travail est trop important pour être
négligé. Cest maintenant que le moral compte et
je compte sur vous tous.
Trouvez-vous quil y ait un malaise
entre le personnel et lAdministration?
Oui, mais il
a tendance à être focalisé sur des sujets très
spécifiques tels que : les hauts fonctionnaires ont-ils des traitements
privilégiés? Les femmes sont-elles traitées de
façon équitable au sein de lOrganisation? En tant
que premier Secrétaire général venant de lintérieur
de lOrganisation, jai entrepris de réformer le système
du personnel, que je connais bien puisquen son temps, jai
été chef du personnel. Mais, franchement, nous navons
pas fait assez de progrès. Il me reste un peu plus de deux ans
pendant mon second mandat et je continuerai à essayer mais jai
besoin de votre aide, de laide de chaque membre du personnel.
Sil ny a pas une coopération effective entre lAdministration
et lensemble du personnel, nous ne ferons pas de progrès
dans ce domaine.
Comment vous sentez-vous?
Je
suis totalement concentré sur lannée 2005. Les recommandations
du Groupe de haut niveau sur les menaces, les défis et les changements
seront rendues publiques jeudi. Je vais travailler avec les États
membres de façon à mettre en ouvre la plus grande partie
de ces recommandations, si possible lan prochain. Il y aura aussi
la revue quinquennale de la déclaration du millénaire
qui résume les objectifs de cette Organisation dune façon
cohérente avec des dates butoirs concrètes. Les gouvernements
ont besoin de faire le point et de réaffirmer leur volonté
datteindre ces buts. Jai dit lan dernier que lONU
était à un carrefour et je le crois toujours. Lan
prochain pourrait connaître les changements les plus fondamentaux
dans lhistoire des Nations Unies. Jen appelle à vous
tous, membres du personnel de lONU, pour travailler ensemble et
faire que les choses se réalisent.
A dark period for the UN
Are there really scandals in the UN as reported
by the press?
Much of what has been written recently about the United Nations is
grossly exaggerated. That said, we are going through a bit of a dark
period now, with allegations of ignoring the genocide in Darfur and
sexual abuse in the Congo and so on. And of course, at the heart of
the current controversy is the Oil-for- Food Programme for Iraq. This
was a very complex programme, as you know, involving more money than
the UN had ever before been responsible for. It seems pretty clear that
Saddam Hussein managed to sell a lot of oil illicitly, in spite of UN
sanctions, starting well before the Oil-for-Food programme was up and
running. And when it was up and running, he exploited some loopholes
in it to extort illegal surcharges and kickbacks. But some of the press
reporting makes it sound as if all of this was the fault of the UN Secretariatas
if UN officials had already been tried and found guilty of corruption.
I am appealing to everyone not to rush to judgment. I have appointed
an independent commission of inquiry made up of three eminent and highly
respected expertsPaul Volcker, Richard Goldstone and Mark Piethto
investigate the whole matter and get to the bottom of it. As far as
Im concerned, not a penny of what passed through the Oil-for-Food
Programme should have gone anywhere but to relieve the suffering of
the Iraqi people. I trust Volcker to get to the truth. This is a difficult
time for all of us, but I am confident that once the truth is established,
things will settle down and press coverage will become more balanced.
And we must not forget that there is lots of solid work being done day
in and day out by you, the United Nations staff, and that should not
be overlooked.
Why are all these criticisms suddenly cropping
up?
It may be growing pains. The United Nations is operating on the front
lines of crises worldwide. The Iraq crisis last year focused unprecedented
attention and expectations on the Security Councilon both sides
of the argumentand since then there has been furious debate about
the role we can or should play in Iraq. We are also directly involved
in the search for a solution to the Israel-Palestinian conflict for
the first time in decades. The Security Council, freed from the shackles
of the Cold War, is creating peacekeeping operations at a dizzying pace.
There is a richer environment for success, for failure and, yes, for
criticism.
How can we change this negative attitude?
I would urge every member of the Secretariat to carry on with the important
work he or she is doing to serve the world and its peoples. You work
for an Organization that matters to the lives of millions of people
every day. You know that. Be worthy of the trust governments put in
you; that I put in you. Dont be distracted by groundless criticism,
but learn from constructive criticism.
How do you sense the morale of the staff?
I think all of us are under stress right now. From Iraq to Darfur to
the Congo, were dealing with life-or-death issues and at the same
time we have to put up with wild and largely unfounded criticism. Its
not easy to stay focused. But this is a time to prove our professionalism
and to pull together as a team. The clouds over us will pass, and until
they do, our work is too important to be neglected. This is a time when
morale counts, and Im counting on all of you.
Do you feel there is a malaise between staff
and administration?
Yes, but it tends to be focused on very specific issues. Do senior
staff get privileged treatment? Do women get a fair shake in the Organization?
As the first Secretary-General to come from the inside, I have moved
to reform the personnel system, which I know well from having once been
director of personnel. But, frankly, we havent made enough progress.
I have a little more than two years left in my second term and I will
keep trying, but I will need helpfrom every staff member. Unless
there is more effective interaction between management and staff, we
wont make a dent in this thing.
How do you feel?
Im focused on 2005. The recommendations of the High Level Panel
on Threats, Challenges and Change will be made public on Thursday. I
will want to work with Member States to get as many of those recommendations
implemented as possible next year. There will also be the five-year
review of the Millennium Declaration, which sums up the objectives of
this Organization in a coherent way, with concrete deadlines. Governments
need to take stock and recommit to meeting those goals. I said last
year that the UN is at a fork in the road, and I meant it. Next year
could see the some of most fundamental changes in the UN since its founding,
and I appeal to you, to all the UN staff, to work together to make that
happen.