UNSpecial N° 635 — Décembre – December 2004
 

J.M.jakobowicz La boue

Le siège de l’ONU à New York s’est enfin décidé à renforcer les mesures de sécurité en édifiant un grillage de 2 mètres de haut devant l’entrée de l’immeuble de verre.

Vous me direz qu’un grillage est bien peu de chose face à la menace terroriste. Mais la menace qui plane sur l’ONU n’a rien à voir avec le terrorisme. La menace qui mine notre quartier général est une arme contre laquelle il est difficile de lutter : la calomnie.

Il ne se passe pas de jour, sinon d’heure sans que les médias locaux ne déversent des tombereaux d’accusations toutes plus ou moins fantaisistes sur l’ONU, mais aussi, chose nouvelle, sur notre Secrétaire général. Certains médias vont même jusqu’à réclamer sa démission. D’après eux, nous sommes une organisation terroriste et si ce grillage a été élevé, c’est plus pour protéger New York de l’ONU que l’inverse.

Le principe de ces attaques se résume par une phrase en anglais qui dit : « Si vous jetez de la boue, il y a bien un morceau qui restera collé. » Une telle pratique, très en vogue dans certains débats électoraux, tend maintenant à devenir une arme dans les négociations internationales.

Une chose est certaine : ce n’est ni une personne ni une administration qui est visée mais bien l’Organisation qui est remise en question. Un journal très sérieux d’outreatlantique conclut un de ses articles par : « Mieux vaut une bonne coopération internationale qu’un multilatéralisme forcé. » En clair : nous préférons discuter en tête-à-tête plutôt que d’avoir à participer à une ONU qui ne nous obéit pas et qui par l’intermédiaire de son Secrétaire général va même jusqu’à oser nous critiquer.

C’est le moment ou jamais de resserrer les rangs. Hurler avec les loups ne fait qu’alimenter la polémique et risque dans un avenir très proche de détruire notre Organisation qui, même si elle n’est pas parfaite, est notre employeur et est par-dessus tout l’unique espoir de milliards d’êtres humains qui n’ont pas de puissants médias pour défendre leur cause.

Redacteur-en-chef, Jean Michel Jakobowicz