UNSpecial N° 634 — Novembre – November 2004
 

Obituaire

Guillaume nous a quittés

Guillaume Tardy de MontravelGuillaume Tardy de Montravel est né le 27 novembre 1943 et nous a malheureusement quittés le 16 octobre 2004.

Un grand homme dans tous les sens du mot. Un militaire dans sa rigueur ; un civil dans son indépendance d’esprit. Il avait le don de la parole et le calibre intellec- tuel ainsi que l’expérience du vécu, pour faire de sorte qu’on l’écoute.

Il connaissait l’histoire et beaucoup de ceux qui la font. Il connaissait divers métiers, ayant eu un parcours professionnel qui l’entraîna d’un continent à l’autre dans des environnements, on l’aura su, toujours fascinants.

Guillaume était grand dans ses gestes ainsi que de cour. Il ne débouchait pas le champagne, il tranchait les goulots. Il ne donnait de rien, ni de sa personne ni de son temps, à moitié. Son opinion n’était jamais de celles dont on ne se souvient pas.

Guillaume était, ou aurait du être, de la Renaissance, s’intéressant et connaissant les arts comme les sciences. Il était et philosophe et technicien, démontrant journalièrement une facilité d’analyse des événements complexes de ce monde tout en donnant des cours sur le maniement du GPS. La Renaissance, ou plus antérieure- ment encore ? Guillaume était chevaleresque, toujours courtois, défendant toujours celui en manque de protection, adhérant dans le journalier à un code de conduite qui en fit naturellement un humanitaire.

Il voyait toujours le bon côté des choses, ainsi que celui des personnes. Il croyait en certaines vertus dont il personnifiait plusieurs.

Il avait le don de l’amitié, et ne s’accro- chait jamais à ces petits détails qui pour d’autres ont tant d’importance et qui troublent l’image d’origine.

Guillaume avait la France dans le sang et pourtant il incarnait l’internationalisme. De par son mariage, son fils, ses amis, son travail, sa connaissance des langues et ses passions, il était réellement du monde. Il rejoint relativement tard l’Or- ganisation des Nations Unies et fut, ces dernières années, Chef de la Section des res- sources militaires, de la protection civile et de la logis- tique dans le Service des opérations d’urgence du BCAH, mettant en place procédures et directives pour une collaboration optimale entre civils et militaires sur la scène difficile, délicate et toujours changeante des opérations onusiennes dans les pays en crise.

Guillaume avait le sens de ce qui est possible. Il ne s’arrêtait jamais à la station intermédiaire. Il était courageux et croyait au miracle du réalisable, et ceci a sans doute prolongé ses jours au-delà de ce qui est la norme au vu de sa maladie.

Guillaume avait aussi l’esprit d’équipe, l’esprit de corps, l’esprit de par lequel une mission, entreprise par plusieurs, s’ayant réparti les tâches et s’appuyant les uns sur les autres, ne peut faillir. Il l’a maintes fois prouvé.

Guillaume avait également, et surtout, ce sens sans lequel tout est sérieux, tout est procédure, tout est répétitif, voire triste : le sens de l’humour. Les meilleurs souvenirs de lui, sont ceux de ses interprétation de fait divers de notre univers onusien ou autre, qui nous faisaient rire aux larmes. Son répertoire de dictons et de citations appropriées, qu’elles soient de la Fontaine, de la Rochefoucault, de Talleyrand ou de personnalités plus contemporaines, n’a jamais cessé de nous étonner.

En Guillaume nous perdons un collègue visionnaire et efficace, et quelqu’un sur qui nous pouvions toujours compter. Nous perdons aussi un ami, un vrai, un de ceux dont l’absence occasionne la tristesse tout en rappelant le bonheur de l’avoir eu un peu pour soi.

Nos pensées vont vers Angela et Charles.

Gerhard Putman-Cramer Chef, Service des opérations d’urgence. Bureau de la coordination des affaires humanitaires Genève.