UNSPECIAL No 634 Novembre - November 2004

ÉDITORIAL

Les fantômes du Palais 

The ghosts of the Palais

INTERVIEW

Un regard neuf sur la représentation du personnel 

PERSONNEL

Security Special 
Letter from CCISUA and FICSA to the S.G. Concerns about security 

IHT article: Nobody said it would be safe 

LAT article: Taking more – or less – risk

Lettre à l’IHT: Le personnel de l’ONU en Iraq

Letter to the IHT: FICSA’s answer to the IHT

Are you serious about improving morale? 

ILOAT: Less mush, please 

Roses: Marche de l’espoir

Jeux interorganisations 2005: la Crète

2005 UN Interagency games goes to Crete

Questions de multilinguisme 

Obituaire: Guillaume nous a quitté

L’Association Pluriels

Less mush from ILOAT... Mise au point

GLOBE

Ambivalence et dualité de la filière «riz»

Le riz — tour du monde en 300 recettes 

Rice – Around the world in 300 recipes

Légendes et anecdotes associées au riz 

United Nations Bazaar on November

Esperanto, solution to the language problem 

UN Security Council: expand the members

La revolution du pianiste

Born a king, born a slave

SERVICES

Système d’interprétation simultanée Simultaneous interpretation system 

La SBST en ligne – BES on line

Une fauche économique – A cheap cut

L’Esplanade des Nations et circulation

Tech News

ARTS

What a way to start the season!

Et nous, et nous, et nous? 

LOISIRS

Refuge Albert 1er (2,702m.) 

Albert I cabin (2,702m.)

FEUILLETON

The woman in sunglasses

La femme aux lunettes


 


 

 

La révolution du pianiste

Nicolas Emilien

Jeudi 21 octobre 2004. 18h30. Salle XIV. Monsieur Pierre Le Loarer, Président du comité des activités culturelles des Nations Unies à Genève ouvre la soirée. Introduction succincte et précise des trois artistes: Moïsé Finalé et Augustin Bejarano, peintres cubains reconnus internationalement. Et Jorge Luis Prats, pianiste classique incontournable pour son élégance de jeu et sa virtuosité. Une salve d’applaudissements retentit. Passage du microphone. Monsieur l’Ambassadeur de Cuba, Monsieur Jorge Ivan Morá Godoy prend à son tour la parole. Discours élogieux sur l’art graphique et musical des trois protagonistes. Les applaudissements résonnent. Place au dialogue entre les civilisations. 18h47. Seul sur scène, la gueule grande ouverte, l’instrument attend le maître. Soudain, un homme de petite taille jaillit de derrière une cloison. La foule se lève. Bien en chair, engoncé dans son habit de concertiste, il salue tel un moine et s’assoit. Le soliste au costume obscur transforme chacune de ses impulsions en rayon de lumière. Ses doigts en poussière d’étoiles transportent la solitude sur le cour du monde. Touchées, caressées, effleurées et martelées, les notes sont des bulles de savon s’évaporant dans l’atmosphère. Derrière chaque morceau, l’artiste se lève. Devant chaque compositeur son cour est l’âme de Ravel, Granados, Schumann et Litz. Les yeux fermés, la nuit de l’incertain danse dans la ronde de la cohérence d’un interprète de génie. Va et vient de puissance et de tendresse, de pause et de silence, de blanche et de noire, d’élan et de retenue, de violence et de douceur… Sous la main du musicien, emportés par un flot d’énergie, certains se laissent tomber la tête en avant, d’autres à la croche ou au demi-soupir battent l’instant d’une vague divague. L’individu n’est plus. L’assemblée n’est plus. La musique est légion. Toute chose est musique. Langage universel qui élève les êtres et les choses dans une communion de matière et de divin. Le buste d’Ignacy J. Paderewski, le Steinway ne sont plus. Ne sont plus. La toile d’Augustin Bejarano, astre de feu dont les cordes solaires pénètrent l’Homme au centre d’une cosmologie entre le clair-obscur et une obscurité diaphane. Plus de chaises en plastique, de rideaux tirés, de costumes gris, de corps tendus, de bâtiments empruntés, de cris agonisants, de conflits fatigués, de compromis indigestes et de mots surréalistes… Juste un son: Celui d’un bouquet de fleurs fraîches, radieuses et astrales qui se reflètent dans la noirceur éclatante de l’instrument. Juste une couleur: Celle d’un homme qui retourne à son piano tel un artisan à son pétrin. Pour le meil- leur et le pire de l’humanité.