Un regard neuf sur
La représentation du personnel
Interview de Susan Thompson,
Secrétaire exécutive adjointe du
conseil de coordination
de l’ONUG.
By Jean Michel Jakobowicz, ONUG.
By Jean Michel Jakobowicz, ONUG.
Quest-ce qui vous a poussée
à vous investir dans la représentation du personnel?
Pendant longtemps, je me suis occupée périodiquement des
activités liées au Conseil de coordination sans minvestir
à fond dans la représentation du personnel. Il me semblait
que je ne pouvais pas me libérer suffisamment de mon travail
pour que ma contribution soit valable. Jusquau jour où
jai réalisé que nos représentants, des collègues
et amis dévoués et honnêtes, travaillaient beaucoup
pour remplir cette tâche, et ceci face à de nombreuses
difficultés quotidiennes. Jentendais souvent sexprimer
le manque de satisfaction de mes collègues et pensais pouvoir
contribuer à les aider en partageant mon optimisme à travers
ce travail. En fait, je nespérais pas tant dêtre
élue et détachée à plein temps pour remplir
les fonctions de Secrétaire exécutive adjointe. UN
Special a dit récemment quil y a toute une génération
de dinosaures qui vont bientôt quitter lOrganisation. Il
y en a aussi au Conseil de coordination; avant de partir, cest
à ces dinosaures de transmettre une autre vision de la représentation
du personnel, montrer que cest un travail nécessaire et
humainement très enrichissant. Une ambiance que jai connue
dès mon arrivée aux Nations Unies. Il faudra aussi transmettre
lhistoire, la mémoire institutionnelle de la représentation
du personnel. Il est vrai que les temps ont changé, que la manière
dont nous travaillons a changé, quon nous demande de faire
plus avec moins. Surtout avec moins de sécurité de lemploi.
Les jeunes fonctionnaires en début de carrière nont
pas de temps libre, mais il y a, même parmi eux, des volontaires,
des collègues qui sengagent et qui donnent deux-mêmes
et de leurs temps. Il faut les impliquer dans le travail que nous faisons.
Il faut quils puissent prendre la relève. Les changements
qui ont lieu dans lOrganisation actuellement ne sont pas forcément
négatifs, peut-être nous donnent-ils loccasion de
nous ressouder, de nous re-solidariser, de se serrer les coudes et davancer
ensemble? Un peu mon rêve à moi, et la raison pour laquelle
je suis là.
«...c’est à ces dinosaures de
transmettre une autre vision...»
Pensez-vous quune femme ait plus de
facilités à la solution des conflits?
Il est
vrai quici même au Palais, quand nous avons été
envahis une première fois par les Kurdes, jai vu, à
lapproche du Haut-Commissaire aux droits de lhomme, Mme
Robinson, la foule de manifestants se taire et écouter. Il y
a eu comme une vague de calme dans le tohu-bohu et on pouvait presque
palper le respect pour cette femme. Est-ce que cétait son
statut de femme ou ses prouesses dans la négociation ? Peut-être
faudra-t-il que nous acceptions la différence dans la perception
des femmes qui peut les amener à mieux voir et à mieux
négocier. Soit dans la douceur, qui nexclut pas la fermeté,
soit dune manière plus dure. Je pense, encore une fois,
que nous ne devons plus nous préoccuper de ce genre de choix.
Il faut choisir la personne la meilleure pour faire au mieux le travail.
Quels sont les sujets dont vous vous occupez
au Conseil?
Au sein du Conseil, je moccupe beaucoup
de fonctionnaires qui ont des problèmes dans le cadre de leur
travail. Je suis interpellée pour un simple conseil, ou pour
les accompagner à des réunions dexplication, voire
de médiation, soit avec leurs chefs de service, soit avec le
Service médical ou le Service du personnel. Une de mes préoccupations
au sein du Conseil est le bien-être de nos collègues aussi
bien sur le plan contractuel, que sur le plan personnel. Certains ont
le sentiment de ne pas être écoutés. Le Conseil
est élu notamment pour écouter et pour répondre
à ce besoin. Si nous avons le moral, nous travaillons dans de
meilleures conditions et, par conséquent, mieux. Je participe
aussi aux réunions hebdomadaires du Bureau exécutif, aux
réunions mensuelles du Conseil et je rédige des documents
dinformations distribués par le Conseil pour informer les
fonctionnaires. Depuis quelques mois, le site Web du Conseil a été
ouvert et cest ma responsabilité de le tenir à jour.
Le Conseil peut maintenant mieux vous informer, et plus rapidement,
de sa participation dans la défense de nos conditions de service,
ainsi que de lévolution de lOrganisation. Dun
point de vue plus global, en tant que premier Vice- Président
du Comité de coordination des associations et syndicats internationaux
du personnel du système des Nations Unies (CCASIP), je suis appelée,
à la demande et en consultation avec les autres membres, à
présenter la position et le point de vue du CCASIP, dans des
négociations avec lAdministration. Pour ce faire, il faut
entretenir des contacts étroits avec le Conseil des chefs de
secrétariat des organismes des Nations Unies pour la coordination
(CEB), le Comité de haut niveau pour la gestion (HLCM), nos collègues
à New York, ainsi que dans tous les lieux daffectation
membres du CCASIP. Avec le soutien de nos collègues du Conseil,
en particulier la Présidente de la Commission socioculturelle
et tous les membres du Bureau exécutif, cette année je
coordonne la Journée du Personnel, qui se tiendra le 26 novembre,
et lArbre de Noël des enfants, le 8 décembre. Des
occasions pour nous tous de tisser des liens plus forts avec nos collègues.
«...soit dans la douceur...
soit d’une manière plus dure...»
Cela fait beaucoup de travail pour une seule
personne!
En effet, et je dois dire que mes journées
ont très souvent beaucoup plus que huit heures. Mais cela fait
partie du job!
Quels sont les sujets qui daprès
vous seraient mieux traités par un homme?
En réponse
à cette question, je ne pense pas quil ne devrait pas y
avoir de sujets spécifiques pour les femmes ou pour les hommes.
Il est certain que dans des situations de détresse, une femme
pourrait préférer parler de ses préoccupations
et de ses problèmes avec une autre femme, par pudeur ou parce
quelle a limpression quun homme comprend moins bien
ses soucis familiaux par exemple.
Où en est-on avec le SMCC?
Le SMCC ne sest pas réuni depuis 2002 et la situation
sur les accords conclus depuis 1998 est restée bloquée.
Je peux dire quactuellement il y a de la lumière au bout
du tunnel puisque tout récemment un groupe de travail (Groupe
2 + 2) a été établi composé de deux représentants
de lAdministration et de deux représentants du personnel,
de New York (Richard Dellar) et de Genève (Marlène Sequeira).
Ce groupe de travail a pour mandat de considérer ensemble tous
les accords depuis cette date et détudier le niveau davancement
de leur mise en ouvre. Toutefois, la date précise dune
prochaine réunion du SMCC na toujours pas été
établie.
La Présidente du Staff Union à
New York a donné son avis concernant la présence du personnel
en Irak quelle est votre opinion?
Avant de publier
son avis dans lInternational Herald Tribune, la Présidente
du Staff Union à New York, en tant que Présidente de la
CCASIP, avait cosigné avec la FICSA, une lettre adressée
au Secrétaire général lui demandant de retirer
tout le personnel des Nations Unies de lIrak. Je soutiens entièrement
son avis et ces deux actions. Auparavant, à ce sujet, le Conseil
de coordination a demandé au Secrétaire général
de déclarer le 19 août, « Journée commémorative
des fonctionnaires des Nations Unies morts au service de la Paix ».
Vous pouvez consulter ces deux documents sur le site Web du Conseil.
Il est de notre devoir de répondre aux besoins de pays qui demandent
de laide aux Nations Unies, mais quand nous constatons les difficultés
que subissent les Etats-Unis en Irak, il ne faut pas mettre en péril
la vie de 35 ou 50 fonctionnaires des Nations Unies qui se trouvent
là- bas avec une protection qui est sûrement inférieure
à celle des troupes américaines. Dans une telle situation,
il faut beaucoup plus que de la volonté et de la conviction pour
les protéger. Il faut des garanties solides.
Quels sont les contacts que vous avez avec
la FICSA?
Tant au niveau du Conseil de coordination à
Genève quau niveau de la CCASIP, les relations avec la
FICSA sont de plus en plus étroites. Le travail des deux fédérations
est de représenter et de défendre les intérêts
du personnel des Nations Unies et du système commun partout dans
le monde, dans tous les lieux daffectation. Chacune des deux fédérations
a quelque chose à offrir à lautre et le partage
se fait de plus en plus. Par exemple, lors de la 59e
session de la Commission de la fonction publique internationale, à
New York, et la 8e réunion du HLCM
à Rome, nos positions communes sur de nombreux sujets ont été
bien reçues par nos interlocuteurs. Il faut dire que les progrès
technologiques facilitent le travail et il est facile de communiquer,
de partager son point de vue avec les collègues lointains.
Votre mot de la fin!
Les temps changent et il faut laccepter dans tous les domaines,
y compris celui de la représentation du personnel. Je pensais
pouvoir amener un regard neuf, une attitude nouvelle en minvestissant.
Je le pense toujours. Pour conclure, jaimerais souligner ici quil
y a énormément de travail, les journées sont longues
et la tâche parfois ingrate, les résultats pas toujours
évidents. Mais cest un travail stimulant, qui demande beaucoup
et cest un plaisir de le partager avec une équipe si dévouée
et si motivée.