UNSpecial N° 634 — Novembre – November 2004
 

J.M.Jakobowicz Les fantômes du Palais

Il avait le visage rose, légèrement poupin, l’oil vif. Il était tiré à quatre épingles et aurait pu ressembler à nombre de ses congénères si… vers le milieu de la réunion il n’avait pris la parole pour débiter un long discours sur la culture de la betterave sucrière. Intervention fort intéressante si ce n’est que la réunion avait pour thème la restructuration de l’industrie sidérurgique. Ce brave délégué d’un pays dont je tairai le nom est resté deux jours entiers à écouter des discours nombreux et variés sur les problèmes de cette industrie en grande difficulté. Lors de l’adoption du rapport, il a malgré tout insisté pour qu’un paragraphe mentionne expressément les problèmes liés à la betterave sucrière. Personne n’a jamais su si ce délégué s’était trompé de réunion ou bien s’il s’agissait d’un ouvrier sidérurgique reconverti...

Nous assistons aussi fréquemment à l’arrivée de délégués fantômes qui envoient leur formulaire d’enregistrement et ne viennent pas à la réunion ou bien encore font une brève apparition le premier jour de façon à ce que leur nom apparaisse sur la liste des participants puis disparaissent à jamais. Cela permet à nombre d’entre eux d’avoir un visa qu’ils auraient par ailleurs beaucoup de difficultés à obtenir.

Un cas s’est récemment présenté où deux délégués ont failli en venir aux mains. L’un, à la renommée douteuse, avait été mandaté par un ministre démissionnaire alors que l’autre l’avait été par son successeur. Ces deux « représentants » avaient des avis très divergents sur le projet en discussion.

Le secrétariat fait de gros efforts pour être certain que ces délégués qui viennent des quatre coins du monde sont bel et bien nommés par leur gouvernement. Mais à cause des délais et du statut de certains de ces délégués, il est parfois difficile à un membre du secrétariat de barrer l’entrée des salles à un intrus. À une époque où la sécurité avec un grand « S » est au cour de tous les soucis, ce système vétuste demanderait à être amélioré. Pourquoi ne pas demander aux missions permanentes de tatouer leurs délégués à un endroit discret de façon à ce que nous les reconnaissions sans erreur possible ou, plus simplement, de vérifier qui vient et pourquoi.

Redacteur en chef, Jean Michel Jakobowicz