UNSpecial N° 633 — Octobre – October 2004
 

MEC ou Mutuelle?

Interview de Marie-Pierre Fleury,
Secrétaire exécutive de
l’AMFI à Genève.

Par Emmanuelle Gantet, ONUG.

La « MEC » et la « Mutuelle » sontelles deux services différents?
Non, ces deux dénominations représentent le même service. Notre association, sans but lucratif, a pour objet de favoriser l’entraide entre les fonctionnaires de l’ONU à Genève et les fonctionnaires d’autres organisations de la famille des Nations Unies, ainsi que de favoriser l’établissement desdits fonctionnaires et de leur famille. La MEC, la « Mutuelle d’Épargne et de Crédit », a été créée en 1959. Cette dénomination trop restrictive est devenue AMFI, « Association Mutuelle des Fonctionnaires Internationaux », suite à un changement des statuts en 1980, mais nous sommes appelés plus communément la « MEC » ou la « Mutuelle ». Il arrive cependant que l’on nous confonde avec l’Assurance Mutuelle.

En tant que Secrétaire exécutive de cette Association, quel est votre rôle?
J’applique la politique de gestion fixée par le Conseil d’administration. La Mutuelle est placée sous le haut patronage du Directeur Général de l’Office des Nations Unies à Genève. Un Conseil d’administration se réunit tous les mois et assume la gestion générale de la Mutuelle. Il trace les lignes directrices de sa politique, recommande à l’Assemblée générale annuelle le taux d’intérêt sur les comptes de dépôts et veille à la bonne marche des affaires.

Quelle est la composition de ce Conseil d’administration?
Il est composé de sept administrateurs: deux sont désignés par le Directeur général de l’ONU à Genève, trois sont des fonctionnaires de l’ONU à Genève, un représente les Organisations affiliées et un représente le Conseil du Personnel de l’ONU à Genève. Chaque Organisation affiliée délègue un représentant ayant voix consultative. Leur mandat est de trois ans.

En quoi consiste votre activité opérationnelle?
Notre activité opérationnelle s’organise autour de deux pôles principaux: les dépôts, sur un compte courant ou un compte de dépôts, et les prêts, ordinaires ou au logement. Depuis janvier 2004, la Mutuelle s’est ouverte à une activité qui soutient le développement durable et propose des conditions préférentielles de transport public contractées avec unireso®1 et les CFF.

Pourquoi ce développement de vos activités vers l’incitation aux transports publics?
Tout d’abord parce que le Plan de Mobilité va dans le sens du but statutaire de la Mutuelle, à savoir l’entraide. Cette initiative commune de la Caisse des pensions du personnel des Nations Unies à Genève et de la Mutuelle est le prolongement du projet Mobilité d’unireso®1, des CFF et de la Ville de Genève. Les CFF et unireso®1 (tram, bus, trains et bateaux) offrent des conditions préférentielles aux entreprises qui le souhaitent pour inciter leur personnel à renoncer à leur voiture et participer ainsi à l’amélioration de l’environnement. Par ailleurs, nous avons mis en place un service de co-voiturage. Ce projet Mobilité va permettre de mettre en pratique les principes de développement durable édictés à Rio puis à Johannesburg lors du Sommet de la Terre. Nous devons tous agir pour un meilleur environnement.

Depuis quand proposez-vous ces tarifs préférentiels et sont-ils beaucoup demandés?
Nous proposons ces tarifs depuis janvier 2004. Une brochure bilingue « Laissez-vous transporter », développée conjointement avec UN Special, avait d’ailleurs été diffusée avec le numéro de février 2004 de votre magazine. Les résultats sont à ce jour encourageants, mais nous n’avons pas encore suffisamment de recul pour porter un jugement pertinent. L’être humain, bien que souvent réfractaire aux changements, doit cependant prendre conscience de l’importance du développement durable pour lui, mais également pour les générations futures. En utilisant un peu les transports en commun, le vélo, le co-voiturage ou la marche, je pense qu’un cap important sera franchi.

La Mutuelle propose quels produits financiers?
Les dépôts, 60% de notre activité, et les prêts, 40%. Nous ne travaillons qu’en francs suisses. Nous proposons deux sortes de dépôts. L’un sur un compte de dépôts, l’autre sur un compte courant. Le compte de dépôts est limité à un apport de 2’000 francs suisses par mois. Son taux d’intérêt stable, 3% en 2002 et 3,05% en 2003, le rend très attractif. Il dépend du résultat financier de l’exercice et est recommandé par le Conseil d’administration à l’Assemblée générale annuelle. Les membres de la Mutuelle qui veulent déposer plus le peuvent sur le compte courant. Son taux fixe à 0,5% reste à ce jour mieux rémunéré que dans une banque.

Vous accordez quels types de prêts?
Nous accordons deux sortes de prêts dont les remboursements sont effectués par retenue mensuelle sur le salaire: les prêts ordinaires qui correspondent au crédit à la consommation et les prêts au logement pour l’achat, la rénovation d’un bien immobilier, la construction d’une piscine, etc. Ces prêts sont à des taux respectivement de 6,5%, fixe pour toute la durée du prêt, et de 4%, fixe pour les quatre premières années, puis ajustable en fonction du taux en vigueur pour les nouveaux prêts. Nous ne prenons pas de frais et les prêts sont assurés contre les risques invalidité et décès. Les dépôts et les prêts sont accordés selon des conditions propres à chacun des produits. Le critère le plus sensible pour les prêts reste le taux d’endettement de l’individu afin de ne pas le mettre dans une situation périlleuse. Ce point est très important en ce moment car la tendance des taux d’intérêt est à la hausse.

Tout fonctionnaire international peutil devenir membre de la Mutuelle?
Tout fonctionnaire de l’Office des Nations Unies à Genève et tout fonctionnaire international retraité vivant dans la région franco- suisse peut le devenir. Pour les autres fonctionnaires internationaux, il faut que l’Organisation pour laquelle il travaille soit affiliée à la Mutuelle. Une Organisation peut s’affilier si elle est normalement administrée par Genève. Elle doit alors s’engager à une transparence d’information concernant leurs fonctionnaires souhaitant être membres de la Mutuelle.

Peut-on dire que vous êtes une banque?
Non. Nous n’avons pas les mêmes compétences et capacités, et ce n’est pas le but de notre Mutuelle qui est là uniquement pour aider les fonctionnaires internationaux. Son succès depuis de longues années tient au fait de la maîtrise de cette activité, et nous voulons absolument continuer dans ce sens.

S. Roman, S. Hauck, R. Muller, M.-P. Fleury, I. Carrillat, B. Spinelli

Le secret bancaire, la loi anti-blanchiment, éfiscalisation… Des sujets qui vous touchent?
La Convention anti-blanchiment, signée par l’ONU, est appliquée par la Mutuelle et nous nous devons de nous assurer de la provenance des fonds. Quant à la fiscalité, la situation est très simple: il appartient à chaque fonctionnaire de se conformer aux règles et lois en vigueur appliquées en fonction de son lieu de résidence. Il lui appartient également de fournir directement les informations qui lui seraient demandées par les autorités compétentes dont il dépend.

Votre activité est importante?
En dix ans, notre activité a plus que doublé, passant d’un avoir de 203 millions de francs suisses en 1994, à 470 millions de francs suisses en 2003.

Combien de membres et d’organisations affiliées avez-vous?
La Mutuelle compte environ 10’000 membres, très fidèles, certains étant membres depuis l’ouverture. Nous avons onze Organisations affiliées: OMS, OMM, OMPI, OIM, OMC, OMI, UNICEF, BIT, HCR, UIT, et depuis peu l’UNCCD.

Votre équipe se compose de combien de personnes?
Notre équipe se compose de douze fonctionnaires. La moyenne de présence est de 16 ans et la moyenne d’âge de 45 ans. Notre équipe bénéficie d’une grande stabilité grâce à un très bon esprit d’échange, d’écoute, d’expérience professionnelle et de respect. Ce qui lui permet de fournir un travail de qualité en toute autonomie. Je suis très heureuse d’hériter d’une équipe forte d’une bonne cohésion car nous pouvons ainsi capitaliser et progresser individuellement pour un meilleur service aux membres de la Mutuelle.

A. Chaffard, T. Correia, J. Marinkovic, C. Venturin, M. Bellaton, A. Vigne

Vous êtes Secrétaire exécutive de la Mutuelle depuis 2 ans...
Depuis le 1er juillet 2002 exactement. Mais je suis arrivée à la Mutuelle le 1er mai 2001, et depuis j’ai retrouvé le plaisir de me lever le matin pour venir au bureau, renforcée par la fierté d’appartenir à l’Organisation des Nations Unies. Travailler dans un environnement multiculturel, apprendre tous les jours, fédérer mon équipe autour de projets de formation pour un meilleur service aux membres en leur permettant de travailler avec plus d’autonomie et de responsabilisation, est très motivant.

Vous êtes de formation financière?
Ma formation est en effet financière. Elle s’est enrichie de douze ans en gestion de fortune dans le secteur bancaire. Cette expérience est essentielle notamment pour la gestion des avoirs de la Mutuelle, la surveillance de nos portefeuilles obligataires, ainsi que le travail effectué par les établissements bancaires avec lesquels nous avons des mandats de gestion. Elle m’aide à minimiser le risque inhérent. Mon poste demande également des compétences comptables, juridiques et informatiques.

Quelle est votre priorité?
Respecter la ligne de conduite que s’est toujours imposée la Mutuelle: assurer la stabilité et fiabilité financière aux membres. Les conditions des prêts et des dépôts sont établies dans cet esprit et nous nous y conformons pour le bénéfice de nos membres. Ce qui n’empêche pas une certaine modernisation de notre façon de travailler, de l’information ou des produits que propose la Mutuelle. Aussi avons-nous développé une brochure d’information sous un format actuel (une mise à jour vient de sortir) et édité le rapport annuel d’une façon plus attrayante. C’est également pourquoi nous avons immédiatement adhéré aux produits « Mobilité » conjointement avec la Caisse des pensions.

Le site Intranet de la Mutuelle lancé fin juin 2004 correspond à cette stratégie de communication et d’information…
A l’ère de l’information en ligne, on se devait d’être également présent sur l’Intranet. C’est avec intérêt que j’ai développé le site de la Mutuelle. Je pense qu’il répond aux premières questions que se pose le fonctionnaire international. Mais ce site ne remplacera pas le contact avec l’une de nos conseillères.

Vous dites avoir un rôle de conseil?
Oui. Ce rôle est peu connu. Mais au-delà du conseil sur les produits que nous proposons, toute personne qui souhaite obtenir un prêt dans une banque, acheter un bien immobilier, investir dans les marchés financiers, peut venir nous en parler et partager les questions qu’elle se pose. Notre but n’est pas d’y répondre mais de soulever la réflexion afin que la personne soit convaincue de la décision qu’elle prendra. J’ai également proposé au Service de la formation d’intégrer dans le séminaire annuel de la préparation à la retraite un module d’informations de base sur les marchés financiers (actions, obligations, devises, taux d’intérêt, écueils à éviter).

Existe-t-il le même genre de Mutuelle dans les autres lieux d’affectation des Nations Unies?
Sur le même schéma que notre Mutuelle à Genève, il existe le SEPU à Paris pour l’UNESCO, deux Mutuelles à Rome, FAO et IFAD, une à Addis Abeba, UNSSCA et bien sûr l’UNFCU de New-York.

Que peut-on vous souhaiter?
Continuer à m’enrichir au contact de mon équipe, des administrateurs de la Mutuelle et de nos membres. Ce travail en étroite coopération avec des personnes de cultures très différentes est très stimulant. Si l’avenir me le permet, je souhaiterais continuer à contribuer au développement de ce service d’entraide entre les fonctionnaires internationaux.

 

1)unireso®: communauté tarifaire intégrale de Genève (CFF, TPG et la Société des Mouettes Genevoises de Navigation).