UNSpecial N° 632 — Septembre – September 2004
 

La Place des Nations

Un nouvel environnement

Emmanuelle Gantet, ONUG

Un demi-siècle de réflexions

La Place des Nations trouve ses origines dans les années 1930, lors de l’édification du Palais des Nations par la Société des Nations (SDN). Elle fonctionne actuellement comme un vaste rond-point, et présente un caractère essentiellement routier. Durant plus d’un demi-siècle, son aménagement fit l’objet de nombreuses réflexions qui jamais n’aboutirent. A travers ces différents projets se reflétèrent les tendances du moment. Dans les années 1950 par exemple, alors que la voiture est en pleine expansion, les propositions d’aménagement de la Place privilégiaient de grandes voies de circulation avec des giratoires, des tunnels. En 1998, la vague écologique et de protection de l’environnement, associée à l’initiative « sauvons nos parcs », balaya lors d’un référendum municipal le projet de l’architecte Fuksas qui prévoyait une forte densification de la Place.

Aujourd’hui, on peut se féliciter des orientations choisies par la Ville de Genève, en coordination avec l’Etat de Genève, pour le projet appelé « l’esplanade des Nations »: chercher un équilibre entre les piétons, les transports publics et les voitures; offrir en priorité un espace public au service des visiteurs, des manifestations et des Organisations internationales.

Un projet de presque 17 millions de francs suisses Une étude de faisabilité, intégrant les futures voies de circulation des transports publics, a été demandée par la Ville de Genève aux bureaux BMV de Transitec. Cette étude a permis de valider en 2000 le projet, alors confié au Groupe d’architectes mandataires Orsol. Les autorisations de construire furent obtenues en 2002 et le crédit de construction voté par le Conseil municipal en 2003 à hauteur de 16768000 francs suisses. Le Grand Conseil de l’Etat de Genève rejetant la demande de subvention de 3 millions de francs suisses au début 2004, le Département de l’aménagement, des constructions et de la voirie de la Ville de Genève révisa certaines mises en ouvre de matériaux sans changer l’aspect général du projet pour que le budget final corresponde au crédit de la Ville de Genève. Par ailleurs, une subvention à hauteur de 450000 francs suisses fut versée par la Confédération, destinée aux wagonnets (barrières mobiles devant le portail des Nations qui remplaceront les barrières Vauban actuelles).

La Place, une future esplanade de fontaines et d’espaces verts L’aménagement d’un immense parvis en espaces verts et fontaines devrait fédérer et recentrer le paysage urbain éclaté de la Place des Nations. Cette esplanade sera formée de deux plates-formes rectangulaires alignées dans le prolongement de l’allée des Nations. La première est un élargissement de la place actuelle et la seconde se situe au niveau du parking souterrain de l’UIT. Ces deux plates-formes, chacune de 3700 m2 (la Place des Nations fait actuellement 1600 m2) seront composées de bandes transversales de 4 m, traitées en béton gris clair enrichi de particules de verre le faisant scintiller. Ces bandes seront alternées pour l’une des surfaces avec des granits de couleurs différentes provenant des pays membres de l’ONU, et pour l’autre, avec des bandes de verdure.

Intégrés sur les bandes de béton de l’es- pace central, 84 jets d’eau jailliront directement du sol selon le principe des « fontaines sèches », i.e. sans bassin. Dirigés à distance par un ordinateur, ils peuvent composer toutes sortes de figures, des plus spectaculaires aux plus simples. Leur fonctionnement sera arrêté lors des manifestations ou selon les conditions météorologiques. Cette installation, dans un souci d’économiser l’eau, est conçue en circuit fermé avec de l’eau de pluie.

L’éclairage proposera des ambiances spécifiques à chacune des deux zones: lumière chaude dans le jardin de l’UIT, lumière « théâtrale » mettant l’espace central en scène. La double rangée de 22 mâts de 15 m de haut chacun permet la perception lointaine de la place et de sa forme rectangulaire.

Insérée dans un cadre de verdure abondant, l’esplanade des Nations est traitée comme une vaste clairière. Les plantations seront densifiées autour de la place par une végétation indigène (chênes, noisetiers et charmilles) et des arbres à fleurs seront plantés dans le jardin de l’UIT.

Le projet a été conçu en cohérence avec l’arrivée du Tramway Sécheron dans le haut

de la campagne Rigot où seront concentrées les principales lignes de bus. L’objectif est de gagner en espace et de simplifier le fonctionnement du réseau routier, le trafic routier sera concentré sur le seul axe Guiseppe-Motta/Paix. Ainsi, les piétons bénéficieront d’un espace qui leur sera mieux adapté. Pour les deux-roues, plusieurs bandes cyclables seront mises en place à l’approche et sur la Place des Nations.

La Chaise et le kiosque TPG devront être déplacés Le kiosque TPG qui date de 1948 doit être conservé. Il sera donc préservé dans son état mais déplacé de 12 m en arrière par rapport à sa position actuelle pour permettre l’élargissement de la Place. Cette translation restera une opération délicate étant donné la fragilité de cette construction.

La Chaise « Broken Chair », ouvre de l’artiste Daniel Berset, symbole de la campagne mondiale contre la production et l’utilisation des mines anti-personnel, dont l’organisation Handicap International a fait don en son temps à la Ville de Genève, sera elle démontée pendant la durée des travaux et restaurée. Sa nouvelle position reste à définir.


Une inauguration planifiée à l’automne 2006

Deux ans seront nécessaires pour réaliser cet immense chantier. Le premier coup de pioche a été donné fin juin 2004. Le chantier se réalisera du sous-sol vers la surface et du périmètre vers la partie centrale. Les travaux ont donc commencé par la reconstruction des canalisations et des réseaux des Services Industriels de Genève. A partir de mars 2005 jusqu’en juin 2005, il y aura la mise en place du nouveau système de circulation autour de la Place, puis d’ici fin 2005, la réalisation de la place centrale et de la fontaine. Les derniers travaux début 2006 porteront sur la seconde plate-forme devant l’UIT.

Les deux-tiers des travaux, les réseaux souterrains, les routes et les plates-formes, sont des travaux de génie civil, réalisés par un consortium d’entreprises. Le tiers restant sera des travaux dits d’embellissement tels que les revêtements, le mobilier urbain, l’éclairage et la végétation.

Conscients des désagréments que peut occasionner cet imposant chantier, la planification et la coordination de ce chantier sont réalisées par la Ville de Genève avec l’intention de minimiser les nuisances auprès des usagers.

(Dossier réalisé avec la coopération de la Ville de Genève, Pascale Roulet Mariani, architecte, Service d’aménagement urbain et d’éclairage public, Christian Muller, ingénieur génie civil, Service études et constructions.)

Site internet: www.ville-ge.ch/nations