UNSpecial N° 632 — Septembre – September 2004
 

Notre caisse des pensions va bien!

Jean Michel Jakobowicz, ONU

Le comité mixte de la caisse des pensions s’est réuni en juillet dernier à Montréal. Tout d’abord, laissez-moi vous assurer que notre fonds de pension va bien. Après avoir subi les contrecoups de la crise financière et être descendu jusqu’à 19 milliards de dollars, nos investissements semblent avoir donné le tour. Ils ont atteint durant le premier trimestre de 2004 la valeur record de 27 milliards de dollars.

Toutefois, malgré l’expérience des années récentes qui ont vu nos avoirs en actions chuter de près de 40% entre 2000 et 2003, la politique recommandée par le comité des investissements demeure la même: maintenir une exposition en actions aux alentours de 60 %. Cette politique qui nous a coûté si chère durant la crise, a permis en 2004 de « récupérer » une partie des pertes antérieures mais une telle politique est-elle justifiable au vu des risques encourus? L’un des arguments avancés par les experts est que dans le long terme les actions sont plus rentables que les obligations. Or, sur les 20 dernières années, tell n’est pas le cas. Espérons, malgré tout, que le secrétaire général dans sa grande sagesse saura faire les bons choix.

Le second point à l’ordre du jour était l’évaluation actuarielle du fonds. Là aussi, les indicateurs sont positifs. Pour la quatrième évaluation consécutive (elles sont faites tous les deux ans), la caisse affiche un excédent actuariel. Certes, cette année, cet excédent est légèrement inférieur à celui qu’il n’était en 2001, mais il atteint tout de même plus de 1,14 % contre 2, 92 % en 2001. En d’autres termes, les avoirs de la caisse couvrent plus que ses engagements.

Donc, me direz-vous, si le fond va si bien, nos pensions vont augmenter ! Ce serait trop simple. Il y a deux ans de cela, lors de sa dernière réunion de Rome, un groupe de travail avait remis au comité mixte un ensemble de recommandations afin de redonner aux participants un certain nombre d’avantages qui ils avaient perdu lors des années de vaches maigres de la caisse. À l’époque, après de dures négociations, le comité mixte s’était mis d’accord pour remettre en place plusieurs mesures qu’il avait jugé importantes. Mais l’Assemblée générale les a refusées en disant que tout changement ne devait avoir lieu que si une tendance positive très nette du surplus se manifestait. Or, cette année, la caisse affiche un surplus pour la huitième année consécutive, mais par prudence la majorité du comité a jugé qu’il valait mieux conserver ce surplus au cas ou… Seule victoire des participants: la suppression d’une partie des coupes des retraites liées à l’inflation et la promesse que si les choses continuaient à aller bien, certaines mesures pourraient être prises pour rendre aux participants ce qui leur a été enlevé…

Un certain nombre d’autres points ont été discutés parmi lesquels: la rémunération au titre des pensions qui permet de déterminer les retraites et la possibilité de racheter des années de participation. Ce second point qui devrait être rediscuté dans deux ans, a une importance cruciale pour de nombreux fonctionnaires qui ne cotisent pas pendant un nombre suffisant d’années pour obtenir une pension vivable.

Un danger se profile à l’horizon! La Commission de la fonction publique internationale (CFPI) va se pencher durant les deux années à venir sur l’évaluation de la rémunération pensionable. La dernière revue en date a eu lieu en 1996. À l’époque, elle n’avait pas abouti à des changements notoires. Mais cette fois encore, la CFPI remet sur le tapis ce qu’elle considère comme une tare de notre système: le fait que certains services généraux aient des pensions supérieures à celles des professionnels. Mais au lieu de proposer une réévaluation de la pension des professionnels, la CFPI tente de baisser celle des services généraux. Les décisions finales seront prises conjointement par le comité mixte des pensions et la CFPI en juillet 2006 pour être mises en oeuvre en janvier 2007. Entre-temps, un groupe de travail composé de membres du comité et de la commission va travailler de conserve. Nous vous tiendrons au courant des développements et nous vous demanderons votre soutien si les choses tournent mal.

Comment sont faits nos investissements?

Le Secrétaire général des Nations Unies est le seul responsable de nos investissements. Il délègue cette fonction en chef de l’Administration actuellement Mme Bertini. D’autre part, le Secrétaire général nomme un comité des investissements. Ce comité est composé de spécialistes, de banquiers et autres experts en investissements qui offrent gratuitement leur temps au fonds de pension. Ils se réunissent trois ou quatre fois par an pour discuter des grandes lignes directrices qui vont prévaloir dans ce domaine. À ce comité, s’ajoute un certain nombre de conseillers externes qui eux sont rétribués pour aider le secrétariat dans ses choix. Les investissements quant à eux sont faits par la section de la gestion des investissements de la caisse actuellement dirigée par Mme Chieko Okuda. C’est, en dernier ressort que Mme Bertini, au nom du Secrétaire général, autorises les achats et ventes. Le comité mixte, quant à lui, n’a qu’un rôle consultatif. Ce qui limite son implication dans les opérations des investissements, avec l’avantage de diminuer les interférences politiques.

Qu’est-ce qu’une évaluation actuarielle?

L’évaluation actuarielle consiste à calculer tous les engagements de la caisse, et ceci jusqu’à ce que le dernier participant décède et à les actualiser. Il est évident que ce genre de calcul nécessite un grand nombre d’hypothèses dont les valeurs sont relativement aléatoires, telles que l’espérance de vie des participants, l’évolution future de l’inflation, la composition du secrétariat dans les années à venir, etc. De même, les avoirs de la caisse sont estimés non pas à la valeur du marché mais par une moyenne mobile de cinq ans qui permet d’éviter de trop fortes fluctuations. Dans l’ensemble, ce sont des calculs fort compliqués effectués par un actuaire conseil, revus et corrigés périodiquement par un comité des actuaires de renommée internationale qui travaillent bénévolement.

UNS_63233-01.jpg 226x306

Comment fonctionne le comité mixte?

Le comité mixte est une structure tripartite. Ses 33 membres se réunissent tous les deux ans. Entre temps, le comité permanent composé de 15 membres se réunit pour discuter des questions budgétaires. Sont représentés au sein du comité mixte: les participants (ou vous et moi), les gouvernements et les administrations. Les retraités ne disposent jusqu’à présent que d’un strapontin avec deux observateurs.

Cette structure est pour le moins étrange, pour trois raisons. La première, est la présence des administrations. Pourquoi ces collègues auraient-ils une vue différente de celle des participants? Qu’est-ce qui peut bien justifier leur présence? La seconde est le fait que les gouvernements soient représentés au sein du comité mixte alors qu’en dernier ressort c’est l’Assemblée générale, c’est-à-dire ces mêmes gouvernements, qui prennent la décision finale. Enfin, il est tout aussi étrange que les retraités ne soient pas partie prenante dans les prises de décision. La réponse à cette dernière question est que lorsque la caisse a été créée et 1945, il n’y avait de toute évidence pas de retraités, c’est pourquoi ils n’ont pu être inclus dans cette structure tripartite.

Un groupe de travail est actuellement en train d’essayer de changer certains éléments de cette représentation. Mais ne nous faisons pas d’illusions, il est fort peu probable que des changements importants aient lieu, en particulier que la structure tripartite soit bouleversée.

Un mot et un seul résume ce qui se passe au fond de pension: prudence. Ce que j’ai du mal à comprendre, c’est que ce mot semble régner en maitre lorsqu’il s’agit des dépenses par contre nous continuons à jouer nos avoirs en bourse, ce qui est loin d’être prudent!

L’auteur est représentant des participants au Comité mixte.

Version anglaise à venir dans le prochaîn numéro de UN Special.