UNSpecial N° 632 — Septembre – September 2004
 

Mélanie Mercier, née Markowitz (16)

Deuxième « suicide »?

Jean Michel Jakobowicz, ONUG

Les enfants de Mélanie Mercier, née Markowitz ont été enlevés par un inconnu. Un de ses amis a été tué. A l’autre bout du monde, un homme que l’étude de Mélanie a partiellement ruiné a décidé de se venger. (Vous pouvez retrouver les premiers épisodes de Mélanie sur le site Internet de UN Special: http://www.unspecial.org )

Il faisait très chaud dans cette arrière-boutique sentant fortement le poisson séché. Mais malgré tout, M. Liu était très content de pouvoir trouver un tel refuge dont personne ne connaissait l’adresse. Après le suicide – assassinat — de son ami Erwin Müllbach de Genève, M. Liu s’était rendu compte que sa vie était en danger. Il s’était réfugié chez ce lointain cousin qui vivait dans la ville chinoise de Singapour. Au moins ici personne ne viendrait le chercher. Qui pouvait bien être derrière ce meurtre? L’un des multiples retraités qui avaient tout perdu dans la débâcle des fonds de pension! Ou bien John Gardiner qui depuis New York avait dirigé toute l’affaire. Peu importe, l’essentiel pour l’instant était de sauver sa vie.

M. Liu buvait sa cinquième tasse d’eau chaude de la journée. Demain, il franchirait la frontière pour se rendre en Malaisie. A Kuantan, il possédait une villa dont personne ne connaissait l’existence. Là, il pourrait patienter d’une façon beaucoup plus confortable jusqu’à ce que les choses se tassent. Il en était là de ses réflexions lorsqu’un léger bruit le fit sursauter. Il vit apparaître à la porte le visage de son cousin.

— Que se passe-t-il demanda M. Liu? — Rien! dit son cousin d’une voix étrangement fébrile.

M. Liu se rendit immédiatement compte que quelque chose d’anormal se passait. D’un seul bond, il se dirigea vers la trappe qui devait lui permettre de s’échapper en cas de danger. Il avait à peine descendu trois marches que la porte de l’arrière-boutique s’ouvrit brutalement. Son cousin fut projeté à travers la pièce par un grand homme blanc.

Genève, 15 heures.

Jérôme, l’ex-mari de Mélanie conduisait son 4x4 en chantonnant. Tout se déroulait exactement comme il l’avait prévu. Bientôt, l’affaire serait réglée.

Sainte-Lucie, 9 h 15.

John Gardiner prenait son petit déjeuner sur la terrasse lorsqu’on lui apporta le journal de Singapour. Sans se presser, il termina son expresso bien serré, puis il ouvrit le journal. En première page s’étalait la photo de M. Liu avec ce titre: « M. Liu ruiné met fin à ses jours! » M. John Gardiner sourit satisfait.

Genève 9h30.

Mélanie était en train de sécher ses cheveux qu’elle venait de laver. Voilà maintenant cinq jours que ses enfants avaient disparu. Cinq nuits blanches ou sans cesse la même question venait « pourquoi! Pourquoi! Pourquoi moi! » Cette question raisonnait sans cesse dans sa tête et jamais, jamais le commencement d’une réponse. La veille au soir, après plusieurs jours de silence, Jérôme son ex-mari s’était manifesté. Mélanie lui avait raconté. Il était resté étonnamment calme. Mélanie ne pouvait s’empêcher de l’admirer. Elle lui avait tout raconté, depuis l’enlèvement fictif organisé par les services de police jusqu’à l’enlèvement réel de ces derniers jours. Pour toute réponse, il avait dit:

— Je sais. C’est vraiment trop bête que tu n’aies pas fait confiance! Nous n’en serions pas là! — Tes amis, avaient demandé Mélanie, peut-être pourraient-ils nous aider? — Peut-être avait répondu laconiquement Jérôme. Puis sans rien dire, il avait raccroché.

Mélanie était totalement désespérée. Alors qu’elle prenait son café du matin, la sonnerie de la porte retentit. Elle se précipita pour ouvrir. Devant elle, le préposé des postes lui tendait un petit paquet. Elle signe le reçu et referma la porte. Sans attendre, elle se précipita dans la cuisine où elle prit un couteau. Nerveusement, elle coupa la corde qui entourait le paquet, qu’elle ouvrit fébrilement. Lorsqu’elle vit ce qu’il y avait à l’intérieur, elle s’évanouit immédiatement.

Genève, hôpital cantonal, 15h30

Dans le couloir des urgences, le père de Mélanie marche de long en large. Sa femme est assise et semble parfaitement calme. À côté d’elle, l’inspecteur Z.

— Arrête de tourner comme un lion en cage dit la mère de Mélanie. Tu vois bien que cela ne sert à rien!
— Mais pourquoi? dit pour la centième fois le père de Mélanie. Pourquoi? — Si nous le savions, répondit l’inspecteur, nous aurions déjà résolu une grande partie de l’énigme. Je me demande, ajouta l’inspecteur d’un air pensif, ce que peut bien signifier ce message. Des mèches de cheveux des enfants sans même un mot d’accompagnement. — C’est la guerre psychologique, dit tout bas la mère de Mélanie.
— La guerre quoi? Demanda son mari. — La guerre psychologique reprit Mme Markovitz. La guerre des nerfs. Regarde dans quel état se trouve notre fille, c’est exactement là où ils veu- lent la conduire. — Je n’y comprends rien, reprit M. Markowitz. — C’est pourtant simple, dit sa femme. Ils veulent la mettre à bout. — Mais pourquoi! Pourquoi voudraient-ils la mettre à bout! Demanda son mari. — Ça je n’en sais rien, dit Mme Markowitz. Mais ce qu’il faut surtout, c’est ne pas se laisser faire!