Mélanie Mercier, née Markowitz (16)
Deuxième « suicide »?
Jean Michel Jakobowicz, ONUG
Les enfants de Mélanie Mercier, née Markowitz ont été enlevés par un inconnu. Un de ses amis a été tué. A lautre bout du monde, un homme que létude de Mélanie a partiellement ruiné a décidé de se venger. (Vous pouvez retrouver les premiers épisodes de Mélanie sur le site Internet de UN Special: http://www.unspecial.org )
Il faisait très chaud dans cette arrière-boutique sentant fortement le poisson séché. Mais malgré tout, M. Liu était très content de pouvoir trouver un tel refuge dont personne ne connaissait ladresse. Après le suicide assassinat de son ami Erwin Müllbach de Genève, M. Liu sétait rendu compte que sa vie était en danger. Il sétait réfugié chez ce lointain cousin qui vivait dans la ville chinoise de Singapour. Au moins ici personne ne viendrait le chercher. Qui pouvait bien être derrière ce meurtre? Lun des multiples retraités qui avaient tout perdu dans la débâcle des fonds de pension! Ou bien John Gardiner qui depuis New York avait dirigé toute laffaire. Peu importe, lessentiel pour linstant était de sauver sa vie.
M. Liu buvait sa cinquième tasse deau chaude de la journée. Demain, il franchirait la frontière pour se rendre en Malaisie. A Kuantan, il possédait une villa dont personne ne connaissait lexistence. Là, il pourrait patienter dune façon beaucoup plus confortable jusquà ce que les choses se tassent. Il en était là de ses réflexions lorsquun léger bruit le fit sursauter. Il vit apparaître à la porte le visage de son cousin.
Que se passe-t-il demanda M. Liu? Rien! dit son cousin dune voix étrangement fébrile.
M. Liu se rendit immédiatement compte que quelque chose danormal se passait. Dun seul bond, il se dirigea vers la trappe qui devait lui permettre de séchapper en cas de danger. Il avait à peine descendu trois marches que la porte de larrière-boutique souvrit brutalement. Son cousin fut projeté à travers la pièce par un grand homme blanc.
Genève, 15 heures.
Jérôme, lex-mari de Mélanie conduisait son 4x4 en chantonnant. Tout se déroulait exactement comme il lavait prévu. Bientôt, laffaire serait réglée.
Sainte-Lucie, 9 h 15.
John Gardiner prenait son petit déjeuner sur la terrasse lorsquon lui apporta le journal de Singapour. Sans se presser, il termina son expresso bien serré, puis il ouvrit le journal. En première page sétalait la photo de M. Liu avec ce titre: « M. Liu ruiné met fin à ses jours! » M. John Gardiner sourit satisfait.
Genève 9h30.
Mélanie était en train de sécher ses cheveux quelle venait de laver. Voilà maintenant cinq jours que ses enfants avaient disparu. Cinq nuits blanches ou sans cesse la même question venait « pourquoi! Pourquoi! Pourquoi moi! » Cette question raisonnait sans cesse dans sa tête et jamais, jamais le commencement dune réponse. La veille au soir, après plusieurs jours de silence, Jérôme son ex-mari sétait manifesté. Mélanie lui avait raconté. Il était resté étonnamment calme. Mélanie ne pouvait sempêcher de ladmirer. Elle lui avait tout raconté, depuis lenlèvement fictif organisé par les services de police jusquà lenlèvement réel de ces derniers jours. Pour toute réponse, il avait dit:
Je sais. Cest vraiment trop bête que tu naies pas fait confiance! Nous nen serions pas là! Tes amis, avaient demandé Mélanie, peut-être pourraient-ils nous aider? Peut-être avait répondu laconiquement Jérôme. Puis sans rien dire, il avait raccroché.
Mélanie était totalement désespérée. Alors quelle prenait son café du matin, la sonnerie de la porte retentit. Elle se précipita pour ouvrir. Devant elle, le préposé des postes lui tendait un petit paquet. Elle signe le reçu et referma la porte. Sans attendre, elle se précipita dans la cuisine où elle prit un couteau. Nerveusement, elle coupa la corde qui entourait le paquet, quelle ouvrit fébrilement. Lorsquelle vit ce quil y avait à lintérieur, elle sévanouit immédiatement.
Genève, hôpital cantonal, 15h30
Dans le couloir des urgences, le père de Mélanie marche de long en large. Sa femme est assise et semble parfaitement calme. À côté delle, linspecteur Z.
Arrête de tourner comme un lion en cage dit la mère
de Mélanie. Tu vois bien que cela ne sert à rien!
Mais pourquoi? dit pour la centième fois le père
de Mélanie. Pourquoi? Si nous le savions, répondit
linspecteur, nous aurions déjà résolu une
grande partie de lénigme. Je me demande, ajouta linspecteur
dun air pensif, ce que peut bien signifier ce message. Des mèches
de cheveux des enfants sans même un mot daccompagnement.
Cest la guerre psychologique, dit tout bas la mère
de Mélanie.
La guerre quoi? Demanda son mari. La guerre psychologique
reprit Mme Markovitz. La guerre des nerfs. Regarde dans quel état
se trouve notre fille, cest exactement là où ils
veu- lent la conduire. Je ny comprends rien, reprit M.
Markowitz. Cest pourtant simple, dit sa femme. Ils veulent
la mettre à bout. Mais pourquoi! Pourquoi voudraient-ils
la mettre à bout! Demanda son mari. Ça je nen
sais rien, dit Mme Markowitz. Mais ce quil faut surtout, cest
ne pas se laisser faire!