UNSpecial N° 632 — Septembre – September 2004
 

Le bar de la presse fait peau neuve

Interview de Nicolas Russo Dessinateur et chef de projet à la Section des bâtiments et des services techniques de l’ONU à Genève.

Par Emmanuelle Gantet.

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Pourriez-vous préciser où se situe le Bar de la Presse? 

Depuis son origine en 1936, ce bar se situe, comme son nom l’indique, à côté de l’espace réservé pour la presse, c’est-à-dire au rez-de-chaussée du bâtiment Conseil, porte 23.

Quel aspect avait ce bar en 1936?

Il était totalement différent. Selon le livre de Monsieur Pallas1 auquel je me réfère pour toute question historique du Palais, ce bar était tout en longueur et très coloré. La couleur rouge de la première salle, que l’on retrouvait sur la partie verticale du comptoir et sur les revêtements des hauts tabourets de bars et sur les chaises, se juxtaposait avec la couleur verte de la garniture des fauteuils de la seconde salle.

De quand date sa configuration actuelle? 

Sa transformation en un espace plus petit, tel que vous le connaissez actuellement, date de 1974 et avait été réalisé par le bureau d’architectes genevois Georges Taramasco. Elle s’inscrit dans le cadre du réaménagement du rez-de-chaussée du bâtiment Conseil qui eut pour objectif de regrouper les différents services au public et d’agrandir la zone réservée à la presse internationale accréditée auprès des Nations Unies. Mais le bar perdit alors, selon le livre de Monsieur Pallas1, « son charme, son unité de style et la lumière du jour ». De ce passé coloré, ne subsistent que les dix vitraux d’Alexandre Cingria.

Qui était Alexandre Cingria?

Alexandre Cingria est d’origine polonaise. Il a exercé son talent dans de nombreuses églises dans le canton de Genève et a notamment réalisé les sept vitraux de Notre-Dame de Genève. Concernant le bar de la Presse, les huit vitraux à l’intérieur représentent les grandes vertus humaines: la Science, l’Abondance, la Paix, la Justice, l’Art, le Commerce, l’Industrie et le Travail. À l’extérieur, de chaque côté de la porte d’entrée, on peut voir deux autres de ses vitraux.

Les menus sous cadre semblent dater du début du siècle?

Monsieur Pallas1 en parle très bien dans son livre: ces pièces sous cadre sont les originaux des menus des déjeuners offerts chaque année au Président de l’Assemblée de la SDN par « L’Association des journalistes accrédités auprès de la SDN ». Ces menus sont illustrés par deux célèbres caricaturistes hongrois des années 1920 qui signaient leurs ouvres Derso et Kelen.

Le projet de rénovation du Bar de la Presse avait quelles lignes directrices?

L’objectif était surtout d’améliorer l’es

thétique et l’acoustique, tout en intégrant la mise en conformité des lieux.

Qu’avez-vous entrepris pour améliorer l’acoustique et l’esthétique?

Pour absorber le bruit, le faux plafond sera constitué de panneaux perforés. Au sol, nous avons mis de la moquette dans toutes les zones assises, ne conservant le carrelage, plus résistant, que pour les zones de circulation. Du point de vue esthétique, j’ai orienté mon travail sur la lumière, les couleurs et les formes des différents mobiliers mis en place. L’objectif était de rendre ce bar plus actuel. Ainsi, j’ai créé deux îlots avec des tables hautes visibles dès l’entrée donnant un ton plus dynamique. Les clients pourront prendre leur café au comptoir tout en « s’isolant ». L’élément principal de cet espace, le bar, mesurant près de dix mètres de long, il était important de « casser » son aspect rectiligne et lourd. Je l’ai dessiné en créant une rupture dans sa première partie avec la vitrine de restauration rapide et en le terminant avec une forme courbe pour donner un peu de «  douceur  » à l’ensemble. Dans cet esprit, l’éclairage, qui est un élément important pour l’ambiance d’un lieu, s’est orienté, en concertation avec mes collègues des services techniques, vers un éclairage indirect, créant un halo au plafond et une lumière douce sur les tables. Cette lumière va remplacer les tubes fluorescents des caissons PVC marquant la période à laquelle le bar de la Presse avait été restylisé.

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Les fauteuils et les tables vont-ils être modifiés? 

Les tables datent de 1973 et elles devraient être remplacées par des tables avec des piétements plus lourds et des plateaux composés en loupe. Les fauteuils eux vont garder leur mousse et leur coque bois. Seul le revêtement des fauteuils va être changé: pour le confort des utilisateurs, les dossiers seront composés de tissus et de simili cuir, l’assise restant en totalité simili cuir par mesure d’hygiène. Les banquettes vont être légèrement décalées des vitraux pour éviter de s’y cogner, voire les casser – le laiton, sous l’effet de la chaleur se déforme et le verre casse alors facilement.

Les coloris seront toujours dans les beiges? 

En collaboration avec le Chef du Groupe des bâtiments, Anis Chibli, pour les choix des matériaux et l’agencement général de cet espace, nous avons opté pour une palette de gris, du plus clair pour les tables basses et les fauteuils, au plus foncé pour la moquette. Le plan du comptoir et les plateaux des tables hautes seront en granit noir. Nous avons choisi ces teintes parce qu’elles sont à la fois sobres et contemporaines.

Ce projet a-t-il nécessité des mises aux normes?

Oui. Avec mes collègues des services techniques, et notamment Miklos Szadeczky, nous en avons profité pour refaire toute l’alimentation électrique et le tableau électrique, remettre aux normes toutes les installations dites sanitaires, les évacuations d’eau et l’espace laverie situé à l’arrière. La détection incendie a également été intégrée au projet.

Ce bar est un point de restauration rapide. On sait que ces espaces sont maintenant soumis à des règles d’hygiènes précises et draconiennes… 

Toutes les parties bar et service situées à l’arrière ont été refaites. Sur ce point, j’ai travaillé en étroite collaboration avec Joseph Bennathan, responsable des activités de restauration du Palais des Nations. Pour des raisons d’hygiène, nous avons remplacé la vitrine « froid » par une vitrine, qui est visible du client mais qui ne peut s’ouvrir que par le personnel de restauration. Les fumeurs devront dorénavant fumer à l’extérieur du bar, dans une tente prévue à cet effet, devant la porte 23.

Ce projet est long et coûteux ?

De la conception à la réalisation, c’est un projet qui va durer environ un an. En début d’année, ce projet a commencé par l’étude, puis la réalisation des plans, des vues en perspective pour se rendre compte de l’espace et enfin, un rendu photo réaliste afin d’appréhender les matériaux. Les travaux sont planifiés d’octobre à mi-janvier 2005. Au niveau financier, un budget de 300’000 francs suisses aura été nécessaire ; le lot « banquettes et fauteuils » représentant la moitié du budget. Ce projet est financé par le restaurateur de l’ONU à Genève, DSR.

Vous aviez déjà eu une expérience en rénovation de points restauration ?

Oui, au sein de l’ONU puisque j’ai travaillé sur le projet de la rénovation du restaurant du 8e étage, et plus récemment pour la rénovation du restaurant La Plage. Par contre, avant de travailler pour l’ONU, j’ai géré de nombreux projets de rénovation et de constructions neuves, mais jamais liés à la restauration.

Depuis quand travaillez-vous dans le domaine de l’architecture-décoration ? 

Depuis ma sortie de l’Ecole d’Ingénieurs de Genève en 1994 où j’ai obtenu mon diplôme d’architectetechnicien. J’ai alors travaillé pour des bureaux d’architecture en Suisse. En 1999, j’ai été recruté par l’ONUG pour la rénovation de la Bibliothèque, puis le cyberspace diplomatique. J’ai également travaillé à la réalisation de la serre, la rénovation de la porte 2, et d’autres projets tels que l’Allée des Nations ou le Mémorial.

Lorsque vous travaillez sur un projet de rénovation ou de construction, vous vous y consacrez entièrement ? 

Ce serait impossible. Avec une équipe qui se limite à cinq dessinateurs, sous la direction de M. Anis Chibli, Chef du groupe des bâtiments, et son adjointe Mme Laëtitia Ménin, tous deux architectes, il me faut gérer en parallèle au quotidien de nombreux autres travaux.

Quelle est la différence entre travailler au Palais des Nations ou dans un bureau d’architecture? 

Les techniques sont les mêmes et les plans se font maintenant partout par informatique, Autocad étant un des logiciels les plus employés dans ce domaine d’activité. Les cabinets d’architecture travaillent principalement à la construction de nouveaux bâtiments, alors qu’au Palais des Nations, nous avons davantage d’entretien et de rénovation des bâtiments: maintenance, décoration, aménagements intérieurs et mises aux normes. Dans un patrimoine d’exception tel que le Palais des Nations, cette démarche est très intéressante et enrichissante car tous les travaux se font dans le respect de la conservation du patrimoine.

Quel est votre souhait ?

Continuer à m’enrichir au contact des nombreux projets que le Palais des Nations génère, qu’ils soient menés par mes collègues ou par moi.