Les dinosaures ont toujours tort
Ces derniers mois a eu lieu un événement majeur qui est pratiquement passé inaperçu des médias, ainsi que de ladministration de lONU. Je veux parler du départ à la retraite dun collègue que dis-je dun collègue dun symbole. Ce monsieur, dont par pudeur je tairai le nom, était le nec plus ultra du parasite, inefficace et profiteur à ses heures. UN Special avait dénoncé haut et fort son cas à plusieurs reprises, en vain.
Un bref historique de lhomme : arrivé au début des années 70, il est entré dans lOrganisation grâce à des appuis bien placés, avec un bagage technique minimum, quil a très vite oublié. Dès 1975, il sest lancé dans des affaires qui navaient rien à voir avec lONU. Il a commencé par spéculer sur les métaux précieux, puis il a acheté des appartements un peu partout en Suisse, quil a ensuite loués. Il a vendu des produits périmés que fabriquait un membre de sa famille. Et, comble dimpudence, il a même été jusquà escroquer son chef mais tout cela ne serait pas grave sil navait utilisé son bureau aux Nations Unies comme local pour faire ses petites et grosses affaires.
Pourquoi ses chefs nont-ils pas réagi ? En fait, ils ont réagi ! Au début de sa carrière, un de ses superviseurs la surpris à travailler pour une entreprise extérieure. Il a documenté ses soupçons et porté le tout devant ladministration. Résultat de laffaire : le chef a failli être poursuivi pour harcèlement et racisme. Quant à ce monsieur, il a profité dune réforme administrative pour être promu.
Par la suite, plusieurs de ses chefs ont essayé en vain de lui donner une mauvaise évaluation, mais les effets boomerang de ces tentatives ont été tels en termes de perte de temps et dénergie que, bien vite, ils ont préféré fermer les yeux et traîner ce boulet sans rien dire. Lorsquil est arrivé à quelques années de la retraite, son département lui a proposé un « petit quelque chose » pour partir. Mais lhomme était beaucoup trop bien dans le doux giron de lOrganisation : il a refusé.
Cette personne aura coûté au bas mot 4 à 5 millions de dollars à lOrganisation, dont il aura utilisé tous les avantages physiques, fiscaux et financiers sans rien lui apporter. Il est maintenant parti à la retraite et a ouvert un commerce, je ne peux que lui souhaiter bonne chance ainsi quà ses clients.
La question que cette histoire soulève est de se demander à quoi servent tous nos beaux systèmes dévaluation sils ne sont pas capables de débarrasser le secrétariat de tels énergumènes qui, certes, ne sont pas nombreux, mais qui existent tout de même.
De plus, quand jentends quelques dinosaures dire : « De notre temps les jeunes étaient plus », cela me fait sourire. Entre les fonctionnaires qui entraient dans lOrganisation pour des raisons politiques, despionnage ou de contre-espionnage et les amis des amis de lépoque, la proportion des inefficaces, même si elle était équivalente à celle des administrations nationales, était très nettement supérieure à ce quelle est aujourdhui. Depuis la fin des années 80, nous assistons à un renouveau du secrétariat. Espérons quavec le départ de la vieille garde dont je fais partie qui va sintensifier dans les années à venir, lONU gagnera encore en efficacité.