Projet dinstruction administrative sur le
Harcèlement au travail
Secrétaire exécutif du Conseil de coordination du personnel de lONUG
Dans sa lettre au personnel du vendredi 4 juin 2004 concernant la récente
enquête sur la perception de lintégrité, le
Secrétaire général a fait référence
à « la finalisation dune instruction administrative
sur le harcèlement au travail, question dont lenquête
a révélé limportance fondamentale pour une
partie du personnel ». Le Conseil de coordination du personnel
de lONUG est très encouragé par cette nouvelle, dautant plus quen 2002 il avait luimême créé
un Groupe de travail chargé de mener des recherches approfondies
sur le harcèlement et de lui présenter ses propositions
à cet égard. Ce Groupe de travail avait établi
un rapport que le Conseil a présenté à la XXVIe
réunion du Comité de coordination entre lAdministration
et le personnel (SMCC), tenue à New York en septembre 2002 (SMCC-XXVI/2002/10).
Après examen de ce rapport, le SMCC avait décidé
de publier une circulaire dinformation (ST/IC), rappelant à
tout le personnel que toute forme de harcèlement est interdite,
et de constituer un Groupe de travail conjoint pour rédiger une
instruction administrative sur le sujet.
En 2003, le SMCC na pas pu se réunir du fait que les représentants du personnel de tous les lieux daffectation, ayant appris que bon nombre des accords conclus lors de réunions antérieures navaient pas été mis en ouvre, ont estimé quil ne servirait à rien dassister à une nouvelle réunion du SMCC pour engager des négociations de ce type. Ils ont adopté une résolution annonçant quils ne participeraient à la réunion suivante que lorsque tous les accords antérieurs auraient été appliqués.
Malgré cette impasse, le Conseil de coordination de lONUG a poursuivi ses travaux sur la question du harcèlement, en reconstituant le Groupe de travail et en prenant linitiative de rédiger linstruction en question.
Le Conseil élu dernièrement a fait de la question du harcèlement une de ses priorités, an adoptant, à sa première réunion, le projet dinstruction administrative sur le harcèlement au travail élaboré par le Groupe de travail. Ensuite, le Bureau exécutif du Conseil a décidé à lunanimité daccéder à la demande du Groupe de travail; de distribuer à tous les fonctionnaires le texte de sa présentation du projet, tandis que le texte du projet proprement dit serait affiché sur le site web du Conseil. En même temps, le projet a été soumis à lAdministration de lONUG, dans lespoir
quil devienne un document conjoint présenté par Genève à la prochaine réunion du SMCC au cas où et quand elle aurait lieu. Le projet avait déjà été distribué à tous les membres du Comité de coordination des associations et syndicats internationaux du personnel du système des Nations Unies (CCASIP/CCISUA) participant à la XIXe Assemblée Générale de la fédération, qui lont appuyé en adoptant à lunanimité une résolution en ce sens.
Afin de sensibiliser nos collègues à la gravité du problème du harcèlement au travail, nous publions ci-après un extrait (en anglais et en français) de la déclaration faite par le coordonnateur du Groupe de travail sur le harcèlement, M. Nigel Lindup, lors de sa présentation du projet au Conseil. Les textes complets de cette déclaration et du projet dinstruction administrative peuvent être consultés par les fonctionnaires sur le site web du Conseil, accessible par lIntranet de lONUG. Le projet a été transmis au Secrétariat du SMCC aux fins de sa distribution à tous ses membres pour observations.
Monsieur le Président, dabord, jaimerais vous décrire, très brièvement, lhistoire de ce document.
Il y a sept ans, le Secrétaire-Général des Nations Unies, Kofi Annan, a déclaré quil ny avait pas de place pour la discrimination et le harcèlement au sein de notre Organisation, et a reconnu quil incombait aux Nations Unies, en tant quemployeur, de prévenir le harcèlement et dagir rapidement dans les cas qui se produiraient. Il faudrait donc mettre en place des moyens pour le faire (ST/IC/1997/37).
En 2002, nayant rien vu des systèmes de prévention et mécanismes de règlement promis, et le harcèlement nétant que trop en évidence, le Conseil de Coordination de lONUG a créé un Groupe de travail chargé de se pencher sur la question. Ce groupe de travail a produit un rapport qui a été présenté au SMCC en septembre 2002 (SMCC-XXVI/2002/10). Lors de cette réunion, lAdministration et le personnel sont arrivés à un accord: sortir une circulaire dinformation, rédiger une nouvelle instruction administrative qui traiterait de toutes les formes de harcèlement, y compris le harcèlement sexuel, et détablir un Groupe de travail mixte à cet effet.
Au mois de novembre 2002, le paragraphe 20 des nouvelles Normes de conduite pour la fonction internationale (ST/SGB/2002/13) a établi le droit du personnel des Nations Unies à un milieu de travail libre du harcèlement un droit, dailleurs, parmi très peu de droits qui nous soient expressément reconnus et une circulaire dinformation est dûment sortie en mars 2003 (ST/IC/2003/17), rappelant linterdiction du harcèlement existante dans le Règlement du personnel. De linstruction administrative censée établir une définition du harcèlement, par contre, rien nest advenu. Alors, au mois daoût 2003, le Conseil a reconstitué le Groupe de travail et le personnel seul a assumé la tâche de rédaction.
Bien que nous ayons procédé plus lentement que la première fois, le Groupe de travail a réussi à rédiger un projet qui répond à presque toutes les consignes établies par le SMCC-XXVI. La seule chose que nous navons pas faite est de traiter du harcèlement sexuel dans ce projet, mais le fait est quil existe déjà une instruction à ce sujet et il fallait donner la priorité à la question du harcèlement psychologique, qui nous semble beaucoup plus courant que le harcèlement sexuel. Que nous y ayons réussi est grâce à lengagement dun noyau de membres qui a assisté à presque chaque réunion. Quelques-uns dentre eux sont ici présents, et je leur étends mes remerciements sincères.
Monsieur le Président, jai donc lhonneur de vous présenter ce projet dinstruction administrative. À vous et à nos représentants au Conseil de la défendre et de négocier sa mise en place par lAdministration. Ce sont des propos radicaux et innovateurs, qui ne sont pas sans implications financières. LOrganisation va se voir confrontée à un choix: soit dassumer des dépenses ouvertes et prévisibles avant coup, pour prévenir ce fléau; soit de continuer à encourir les dépenses cachées et imprévisibles, mais non moins importantes, qui découlent du harcèlement.
Pour les représentants et représentantes du personnel, cest une responsabilité très lourde dentreprendre la défense et le soutien dune personne harcelée. Pour la plupart des victimes, il y va de leur santé, leur vie professionnelle et leur vie familiale; et dans quelques cas tragiques heureusement rares cest la vie en tant que telle qui est en jeu. Vous avez intérêt à faire adopter cet instrument, en partie comme un appui pour vos actions dans de tels cas, mais surtout afin de pouvoir transférer cette responsabilité à des personnes qualifiées dans le domaine, que nous appelons des «harassment counsellors». Sinon, la bataille est trop inégale et le nombre de fonctionnaires souffrants ne fera quaugmenter.
Cela est un des points clefs de ce projet de ST/AI. Jaimerais en souligner un autre. Comme nous lavons démontré dans notre rapport, la perception de la victime doit toujours être prise en compte. Il y a un élément subjectif quil ne faut pas perdre de vue dans notre approche aux cas de harcèlement. Nous avons essayé de prendre en compte cet aspect subjectif en énonçant les deux principes de base au paragraphe 7.8. Dabord, il faut toujours accorder une valeur égale aux déclarations initiales des deux parties: le harcèlement est une manifestation de pouvoir et quand une victime prend enfin la décision extrêmement difficile de briser son silence, elle est déjà dans un état très vulnérable. Il est alors primordial déviter de la déqualifier en écartant ses affirmations initiales ou en essayant dexpliquer les actions du harceleur ou de la harceleuse. Il nest que trop facile de donner limpression que nous ne croyons pas la victime, ou, pire encore, que nous prenons parti pour le harceleur. Pour une personne en plein bouleversement psychique, ceci nest pas une approche souhaitable. Il faut savoir écouter.
Deuxièmement, le harceleur/la harceleuse doit être appelé-e tôt ou tard à expliquer comment ses actions vis-à-vis de la victime auraient promu les intérêts de lOrganisation ou de son secteur de travail: cest-à-dire à démontrer quil sagissait dactions purement professionnelles.
Il est certain quil y aura des modifications, des concessions, à faire lors des négociations sur cette ST/AI. Mais il y a quelques points qui ne devraient pas être négociables. Il est important que nos représentants soient conscients de ces aspects, et nous estimons quil serait utile dorganiser un séminaire afin que vous puissiez discuter du sujet en profondeur. La Croix-Rouge genevoise, par exemple, organise de tels séminaires et je peux vous en fournir les détails. De nos contacts avec les victimes du harcèlement et avec ceux qui les défendent auprès de lAdministration, nous savons quil reste encore quelques aspects de ce complexe sujet quil serait bon déclairer. Ceci est indispensable, non seulement à des effets de négociation, mais aussi pour la défense continue de nos collègues victimes en attendant ladoption de ces mesures. Nous sommes à votre disposition pour vos éventuelles questions maintenant et pendant la préparation des négociations.
(English version to be published in the next issue).