UNSpecial N° 631 — Juillet-Août – July-August 2004
 

Comment va la Caisse des pensions?

Interview de
Bernard Cochemé, CEO
de la Caisse des Pensions.

Par Jean Michel Jakobowicz.

Comment va la caisse des pensions?
Bernard Cochemé:
La Caisse des Pensions, votre Caisse, va bien! Pour ceux qui souhaitent une réponse synthétique et brève, c’est ainsi je crois que l’on peut résumer la situation. Pour ceux qui souhaiteraient plus de détails, j’évoquerais quelques indicateurs significatifs, illustrés dans les graphiques ci-après, qui concernent les trois principaux domai-nes d’activités de la Caisse: opérations, investissements et situation actuarielle. S’agissant des opérations, le nombre de participants a augmenté sur un an de 3% et se situe à 85.245. Les prestations périodiques servies par la Caisse, au nombre de 52’496, sont également en hausse de 3% sur un an. Au total, la Caisse offre une couverture sociale à 137.741 participants et bénéficiaires qui travaillent et résident dans le monde entier. La progression du nombre de participants est particulièrement notable depuis plusieurs années; en quatre ans, leur nombre a augmenté de 24%. S’agissant des investissements, la valeur boursière des actifs de la Caisse a atteint $25,7 milliards au 31 décembre 2003 en hausse de 23 % par rapport aux $20,9 milliards à la fin de
2002. En juin 2004, la valeur boursière a dépassé $26 milliards. En termes de trésorerie, l’excédent annuel des revenus (cotisations et produits des placements) par rapport aux paiements (prestations et frais administratifs) a dépassé 1,1 milliard de dollars.

Quels sont les derniers résultats de l’évaluation actuarielle?
La Caisse affiche à nouveau un surplus actuariel, et ceci pour la quatrième fois consécutive. Le résultat est de 1,14% des salaires soumis à cotisations. Il a été calculé, sur la base des données arrêtées fin décembre 2003, par l’actuaire-conseil, puis discuté par le comité des actuaires lors de leur dernière réunion en juin 2004, et sera présenté au Comité Mixte de la Caisse en juillet. Ce résultat positif est un bon indicateur de la capacité de la Caisse des pensions à tenir ses engagements non seulement à court terme mais aussi à très long terme. La réduction du niveau du surplus par rapport à la dernière évaluation effectuée en 2001, montre la sensibilité du résultat actuariel aux fluctuations des marchés financiers et aussi à l’affaiblissement du dollar par rapport à certaines devises, en particulier l’euro. On peut aussi noter que ce résultat est la conséquence d’une valorisation des actifs financiers selon la méthode habituelle dite de moyenne mobile sur cinq ans qui a conduit à retenir cette fois çi une valeur inférieure de 4 % à la valeur de marché fin 2003. Autrement dit, cette technique de lissage sous-estime actuellement le surplus « réel » de la Caisse.

Avons-nous beaucoup souffert de la crise des marchés financiers?
Si la valeur des actifs de la Caisse a accusé le coup, mais modérément, lors de la crise profonde qu’ont connu les marchés financiers en 2000 et au cours des deux années qui ont suivi, la Caisse a bénéficié pleinement de la reprise de ces mêmes marchés depuis plus d’un an. La valeur des actifs a même dépassé en février 2004 le point maximal atteint avant la crise. Cette performance doit beaucoup à la structure du portefeuille de la Caisse, c’est-à-dire aux choix effectués quant à la répartition entre actions, obligations, immobilier et trésorerie, ainsi qu’à la diversification géographique des placements. La Caisse a ainsi pu bénéficier des très bonnes performances des actifs dans lesquels elle était majoritairement investie. Si l’on prend du recul, on constate que la performance de la Caisse, calculée sur une période de 44 ans se terminant en mars 2004, a été en moyenne annuelle de 8,6 %. Le taux réel, obtenu après prise en compte de l’inflation, a été sur cette même période de 4,1 % soit au-dessus de l’objectif de rendement réel à long terme (3,5 %) retenu pour l’évaluation actuarielle.

Au total donc, la Caisse a plutôt bien résisté aux chaos de la route. Ces résultats confirment aussi ce que la théorie enseigne, à savoir qu’une allocation stratégique d’actifs qui donne une part importante aux actifs réels se révèle plus efficace à moyen terme que les autres types d’actifs ou les éventuelles ré-allocations tactiques de court terme.

Il devait y avoir des réformes qui éliorer les retraites. Qu’en est-il?
Les changements envisagés en 2002, sur la base des recommandations du groupe de travail créé par le Comité Mixte en 2000, mais non approuvés par l’Assemblée générale de l’ONU pour une mise en ouvre immédiate, seront de nouveau à l’ordre du jour de la réunion du Comité Mixte en juillet 2004 au siège de l’OACI à Montréal.

Quels seront les sujets importants abordés lors de la réunion de Montréal?
Le programme de la réunion sera particulièrement chargé. Le Comité Mixte aura en effet à examiner plus de 40 rapports concernant par exemple la situation actuarielle et la performance des investissements et les réformes déjà évoquées ci-dessus, la situation comptable et financière de la Caisse, les rapports des auditeurs internes et externes, et le rapport du consultant médical.

Je citerais aussi au titre des projets, un rapport proposant d’améliorer le système d’ajustement des pensions dans les pays connaissant de fortes dévaluations de leur monnaie, un projet de changement de la taille et de la composition du Comité mixte et du Comité permanent, un projet concernant la possibilité de racheter des années de service, ainsi que des études sur le calcul de la rémunération moyenne finale, l’invalidité partielle, le développement durable etc. Le Comité mixte devra aussi décider du choix de la méthode de travail avec la Commission de la Fonction Publique internationale dans le cadre de l’étude à venir sur la rémunération considérée aux fins de la pension. Cette énumération, bien que partielle, montre que peu de sujets sont vraiment secondaires même si chacun des membres du Comité mixte peut hiérarchiser différemment l’ordre de ses priorités.

Quels sont les dangers et les implications d’une revue par la CFPI du revenu pensionnable?
Entre autres choses, cette étude prendra nécessairement en considération les changements, à la hausse comme à la baisse, intervenus depuis la dernière revue en ce qui concerne les taux d’imposition dans les lieux où sont situés les sièges de l’Organisation. Il est clair que toute révision du niveau ou des composantes de la rémunération soumise à pension a des conséquences sur les futures pensions. D’où l’importance d’un accord avec la CFPI sur la méthode de travail et d’une revue menée conjointement avec la Caisse des Pensions. La revue devrait commencer au cours de l’automne 2004.