Comment va la Caisse des pensions?
Interview de
Bernard Cochemé, CEO
de la Caisse des Pensions.
Par Jean Michel Jakobowicz.
Comment va la caisse des pensions?
Bernard Cochemé: La Caisse
des Pensions, votre Caisse, va bien! Pour ceux qui souhaitent une réponse
synthétique et brève, cest ainsi je crois que lon
peut résumer la situation. Pour ceux qui souhaiteraient plus
de détails, jévoquerais quelques indicateurs significatifs,
illustrés dans les graphiques ci-après, qui concernent
les trois principaux domai-nes dactivités de la Caisse:
opérations, investissements et situation actuarielle. Sagissant
des opérations, le nombre de participants a augmenté sur
un an de 3% et se situe à 85.245. Les prestations périodiques
servies par la Caisse, au nombre de 52496, sont également
en hausse de 3% sur un an. Au total, la Caisse offre une couverture
sociale à 137.741 participants et bénéficiaires
qui travaillent et résident dans le monde entier. La progression
du nombre de participants est particulièrement notable depuis
plusieurs années; en quatre ans, leur nombre a augmenté
de 24%. Sagissant des investissements, la valeur boursière
des actifs de la Caisse a atteint $25,7 milliards au 31 décembre
2003 en hausse de 23 % par rapport aux $20,9 milliards à la fin
de
2002. En juin 2004, la valeur boursière a dépassé
$26 milliards. En termes de trésorerie, lexcédent
annuel des revenus (cotisations et produits des placements) par rapport
aux paiements (prestations et frais administratifs) a dépassé
1,1 milliard de dollars.
Quels sont les derniers résultats de lévaluation actuarielle?
La Caisse affiche
à nouveau un surplus actuariel, et ceci pour la quatrième
fois consécutive. Le résultat est de 1,14% des salaires
soumis à cotisations. Il a été calculé,
sur la base des données arrêtées fin décembre
2003, par lactuaire-conseil, puis discuté par le comité
des actuaires lors de leur dernière réunion en juin 2004,
et sera présenté au Comité Mixte de la Caisse en
juillet. Ce résultat positif est un bon indicateur de la capacité
de la Caisse des pensions à tenir ses engagements non seulement
à court terme mais aussi à très long terme. La
réduction du niveau du surplus par rapport à la dernière
évaluation effectuée en 2001, montre la sensibilité
du résultat actuariel aux fluctuations des marchés financiers
et aussi à laffaiblissement du dollar par rapport à
certaines devises, en particulier leuro. On peut aussi noter que
ce résultat est la conséquence dune valorisation
des actifs financiers selon la méthode habituelle dite de moyenne
mobile sur cinq ans qui a conduit à retenir cette fois çi
une valeur inférieure de 4 % à la valeur de marché
fin 2003. Autrement dit, cette technique de lissage sous-estime actuellement
le surplus « réel » de la Caisse.
Avons-nous beaucoup souffert de la crise
des marchés financiers?
Si la valeur des actifs
de la Caisse a accusé le coup, mais modérément,
lors de la crise profonde quont connu les marchés financiers
en 2000 et au cours des deux années qui ont suivi, la Caisse
a bénéficié pleinement de la reprise de ces mêmes
marchés depuis plus dun an. La valeur des actifs a même
dépassé en février 2004 le point maximal atteint
avant la crise. Cette performance doit beaucoup à la structure
du portefeuille de la Caisse, cest-à-dire aux choix effectués
quant à la répartition entre actions, obligations, immobilier
et trésorerie, ainsi quà la diversification géographique
des placements. La Caisse a ainsi pu bénéficier des très
bonnes performances des actifs dans lesquels elle était majoritairement
investie. Si lon prend du recul, on constate que la performance
de la Caisse, calculée sur une période de 44 ans se terminant
en mars 2004, a été en moyenne annuelle de 8,6 %. Le taux
réel, obtenu après prise en compte de linflation,
a été sur cette même période de 4,1 % soit
au-dessus de lobjectif de rendement réel à long
terme (3,5 %) retenu pour lévaluation actuarielle.
Au total donc, la Caisse a plutôt bien résisté aux chaos de la route. Ces résultats confirment aussi ce que la théorie enseigne, à savoir quune allocation stratégique dactifs qui donne une part importante aux actifs réels se révèle plus efficace à moyen terme que les autres types dactifs ou les éventuelles ré-allocations tactiques de court terme.
Il devait y avoir des réformes qui
éliorer les retraites. Quen est-il?
Les changements envisagés en 2002, sur la base des recommandations
du groupe de travail créé par le Comité Mixte en
2000, mais non approuvés par lAssemblée générale
de lONU pour une mise en ouvre immédiate, seront de nouveau
à lordre du jour de la réunion du Comité
Mixte en juillet 2004 au siège de lOACI à Montréal.
Quels seront les sujets importants abordés
lors de la réunion de Montréal?
Le programme
de la réunion sera particulièrement chargé. Le
Comité Mixte aura en effet à examiner plus de 40 rapports
concernant par exemple la situation actuarielle et la performance des
investissements et les réformes déjà évoquées
ci-dessus, la situation comptable et financière de la Caisse,
les rapports des auditeurs internes et externes, et le rapport du consultant
médical.
Je citerais aussi au titre des projets, un rapport proposant daméliorer le système dajustement des pensions dans les pays connaissant de fortes dévaluations de leur monnaie, un projet de changement de la taille et de la composition du Comité mixte et du Comité permanent, un projet concernant la possibilité de racheter des années de service, ainsi que des études sur le calcul de la rémunération moyenne finale, linvalidité partielle, le développement durable etc. Le Comité mixte devra aussi décider du choix de la méthode de travail avec la Commission de la Fonction Publique internationale dans le cadre de létude à venir sur la rémunération considérée aux fins de la pension. Cette énumération, bien que partielle, montre que peu de sujets sont vraiment secondaires même si chacun des membres du Comité mixte peut hiérarchiser différemment lordre de ses priorités.
Quels sont les dangers et les implications
dune revue par la CFPI du revenu pensionnable?
Entre
autres choses, cette étude prendra nécessairement en considération
les changements, à la hausse comme à la baisse, intervenus
depuis la dernière revue en ce qui concerne les taux dimposition
dans les lieux où sont situés les sièges de lOrganisation.
Il est clair que toute révision du niveau ou des composantes
de la rémunération soumise à pension a des conséquences
sur les futures pensions. Doù limportance dun
accord avec la CFPI sur la méthode de travail et dune revue
menée conjointement avec la Caisse des Pensions. La revue devrait
commencer au cours de lautomne 2004.