19 août 2003, un an déjà
Dans une atmosphère lourde, pesante, tendue comme létait
celle que connaissait chaque jour le personnel de lONU à
Bagdad. Cette journée du 19 août avait pourtant commencé
comme toutes les précédentes; chacun sapprêtait
à accomplir sa tâche, à donner de soi-même,
dans ce contexte aussi difficile soit-il, à faire en sorte que
les valeurs de notre Organisation puissent être du mieux possible
appliquées et respectées par tous.
Le représentant spécial du Secrétaire général
avait semble-t-il lui-même ressenti une tension plus ou moins
inhabituelle ce jour-là, un malaise, une sorte de sentiment prémonitoire,
limpression que quelque chose danormal se préparait
Mais comment imaginer, alors, quelle allait
être lampleur de cette catastrophe, de cette tragédie
qui allait lui coûter la vie, à lui, et à 21 autres
de ses collègues.
Une lueur blanche, la déflagration, puis le chaos! Un chaos
indescriptible qui soffrit alors à la vue des survivants.
Au milieu des gravats, dune poussière si épaisse
quil était alors impossible de se repérer, au milieu
de ces ruines quétait devenu le deuxième étage
de lhôtel Canal. Des cris, des hurlements, des gémissements,
et rien dautre que la désolation. Plusieurs personnes gisant
parmi les débris, mutilées, écrasées, ensevelies.
Innocentes victimes de cet acte de barbarie.
Dautres commençant à peine à comprendre
ce qui venait de se produire, découvrant seconde par seconde
lampleur de la catastrophe. En tentant dabord dévaluer
la gravité de leurs blessures, ils ne pouvaient quimplorer
que quelquun leur vienne en aide dans lespoir de pouvoir
abréger leurs souffrances tant la douleur était insupportable
et leurs blessures importantes.
Dautres enfin, bien que blessés, choqués et traumatisés
par cette situation à laquelle nul ne les avait préparés,
allaient encore trouver la force, le courage, et la volonté daller
secourir leurs collègues, tenter de sauver ceux qui pouvaient
encore lêtre.
Comment décrire de tels moments, comment savoir combien la souffrance
fut grande pour ces hommes et ces femmes, comment mesurer leur courage
et leur abnégation et surtout à quoi bon vouloir les mesurer!
Ce 19 août 2003, dans les locaux de lhôtel Canal
de Bagdad, ce sont vingt-deux personnes, toutes dévouées
à leur Organisation, qui ont payé de leur vie. Vingt-deux
personnes mortes pour avoir voulu défendre leurs convictions,
pour avoir voulu apporter leur pierre à lédifice
onusien, pour avoir souhaité au plus profond delles-mêmes
que tout un chacun puisse, un jour peut-être, vivre de manière
équitable, dans un monde juste et droit, ou règnerait
paix et démocratie.
Si cest vers ces hommes et ces femmes que nos pensées
se tournent aujourdhui, il est par ailleurs de notre devoir à
tous de rendre un fervent hommage, digne et solennel, à ceux
qui en sont revenus, ceux qui bravant la douleur, tant physique que
morale, ont su trouver la force de continuer à servir leur Organisation,
ceux-là mêmes qui ont secouru leurs collègues blessés
et les ont soutenus autant que faire se pouvait, ceux-là même
encore qui durent accompagner ceux qui les avaient quittés jusquà
leur dernière demeure
Ceux-là même qui, chaque
jour de leur vie et jusquà leur dernier souffle, devront
revoir ces images atroces, revivre ces moments de terreur et de souffrance
indescriptibles, et à jamais se demander: pourquoi?
Nous célèbrerons prochainement le triste premier anniversaire
de cette tragédie. A nos amis et collègues qui ont perdu
la vie ce 19 août 2003, mais aussi et surtout à ceux qui
sont encore là aujourdhui pour nous témoigner à
jamais de cette journée maudite, exprimons-leur à tous
notre gratitude, notre plus profond respect et notre admiration, et
rendons leur lhommage quils méritent!
A Romain
A Gabriel