UNSpecial N° 630 — Juin – June 2004
 

Gavroche

Individualisme onusien

Il y a une différence fondamentale entre un être humain et un individu. Un être humain est un homme ou une femme avec une histoire personnelle, empreinte de moments d’émotions, de fatigue, de joies, de colère, de passions, d’amour, d’amitié, de peines, de désespoir même parfois. Bref, l’être humain est unique dans sa diversité, et c’est justement parce qu’il est tellement diversifié dans son histoire personnelle qu’il est unique.
L’individu, lui, est tout le contraire… c’est l’ÉLECTRON de la société: cette partie indivisible du groupe, sans émotion aucune, sans amis, sans joie, sans peine, sans rien qui le distingue d’un autre individu, si ce n’est la mission.
L’individu est quantitatif, alors que l’être humain est qualitatif. L’individu est la définition statistique de l’être humain. L’être humain en est ainsi réduit à un simple numéro…
Ajoutons pour être tout à fait précis que l’individu n’est ni homme, ni femme. C’est un être asexué… Ce qui, avouons le, n’est pas très rigolo !
Par contre, l’individu a un âge précis, et peut même avoir plusieurs âges et plusieurs existences: on peut dire que son âge est délimité par son entrée en fonction, et par sa retraite ou son licenciement.
S’il a plusieurs fonctions, du coup, il a plusieurs existences et plusieurs âges.
Pour faire court, l’individu est un pion. Tout le problème est là: Nous travaillons pour une organisation qui prétend être au service des droits de l’homme, mais qui ne considère ses membres que comme des individus. Et il suffit d’allumer la radio ou la télévision pour voir où peut conduire le fait de considérer son prochain comme un simple numéro: En effet, quel mal y a-t-il à supprimer un numéro? Quel droit pourrait avoir un numéro, si ce n’est celui de paraître dans des formules statistiques?
Mais pour les responsables de certains services, il va sans dire que le concept même d’être humain est totalement éclipsé devant celui de l’individu. Leurs collaborateurs, et surtout les temporaires, ne sont que des pions qui sont là pour faire un travail tel des robots ménagers que l’on relègue au placard quand on veut. Certains sont là depuis plusieurs années, mais ne voient aucune évolution de leur carrière, bien qu’au plan personnel ils aient entrepris de postuler pour essayer de continuer à travailler.
Et c’est là qu’intervient ce que l’on pourrait nommer à juste titre du harcèlement moral: à force d’être considéré comme un individu qu’on ne valorise jamais, et qu’on ne remercie jamais (et cela est évident: je n’ai jamais remercié mon mixer d’avoir si bien mixé mes oignons…) l’être humain perd une part non négligeable de sa personnalité: LA CONFIANCE. Il devient méfiant, parfois à outrance, et cela peut finir très mal (rappelons-nous que nous avons connu ici même des suicides)…
Alors Messieurs les responsables, s’il vous plaît, essayez de considérer vos collaborateurs non plus comme des individus, mais bien plutôt comme des êtres humains, et vous-même y gagnerez en humanité.