Gavroche
Individualisme onusien
Il y a une différence fondamentale entre un être humain
et un individu. Un être humain est un homme ou une femme avec
une histoire personnelle, empreinte de moments démotions,
de fatigue, de joies, de colère, de passions, damour, damitié,
de peines, de désespoir même parfois. Bref, lêtre
humain est unique dans sa diversité, et cest justement
parce quil est tellement diversifié dans son histoire personnelle
quil est unique.
Lindividu, lui, est tout le contraire
cest lÉLECTRON
de la société: cette partie indivisible du groupe, sans
émotion aucune, sans amis, sans joie, sans peine, sans rien qui
le distingue dun autre individu, si ce nest la mission.
Lindividu est quantitatif, alors que lêtre humain
est qualitatif. Lindividu est la définition statistique
de lêtre humain. Lêtre humain en est ainsi réduit
à un simple numéro
Ajoutons pour être tout à fait précis que lindividu
nest ni homme, ni femme. Cest un être asexué
Ce qui, avouons le, nest pas très rigolo !
Par contre, lindividu a un âge précis, et peut même
avoir plusieurs âges et plusieurs existences: on peut dire que
son âge est délimité par son entrée en fonction,
et par sa retraite ou son licenciement.
Sil a plusieurs fonctions, du coup, il a plusieurs existences
et plusieurs âges.
Pour faire court, lindividu est un pion. Tout le problème
est là: Nous travaillons pour une organisation qui prétend
être au service des droits de lhomme, mais qui ne considère
ses membres que comme des individus. Et il suffit dallumer la
radio ou la télévision pour voir où peut conduire
le fait de considérer son prochain comme un simple numéro:
En effet, quel mal y a-t-il à supprimer un numéro? Quel
droit pourrait avoir un numéro, si ce nest celui de paraître
dans des formules statistiques?
Mais pour les responsables de certains services, il va sans dire que
le concept même dêtre humain est totalement éclipsé
devant celui de lindividu. Leurs collaborateurs, et surtout les
temporaires, ne sont que des pions qui sont là pour faire un
travail tel des robots ménagers que lon relègue
au placard quand on veut. Certains sont là depuis plusieurs années,
mais ne voient aucune évolution de leur carrière, bien
quau plan personnel ils aient entrepris de postuler pour essayer
de continuer à travailler.
Et cest là quintervient ce que lon pourrait
nommer à juste titre du harcèlement moral: à force
dêtre considéré comme un individu quon
ne valorise jamais, et quon ne remercie jamais (et cela est évident:
je nai jamais remercié mon mixer davoir si bien mixé
mes oignons
) lêtre humain perd une part non négligeable
de sa personnalité: LA CONFIANCE. Il devient méfiant,
parfois à outrance, et cela peut finir très mal (rappelons-nous
que nous avons connu ici même des suicides)
Alors Messieurs les responsables, sil vous plaît, essayez
de considérer vos collaborateurs non plus comme des individus,
mais bien plutôt comme des êtres humains, et vous-même
y gagnerez en humanité.