UNSpecial N° 630 — Juin – June 2004
 
(Première partie)

Grande vitesse

F. Subiger, UNOG

L’an dernier à la même période, j’écrivais une série sur la gastronomie et ses évolutions de 1850 à 2000, par épisode; la grande vitesse n’est pas sans rapport avec les évolutions modernes des transports, car chacun pourrait voir que dans tout gain de temps, on recherche souvent à utiliser ou gérer le temps gagné grâce à des innovations techniques qui ne pouvaient se comparer alors.

On dit aussi que: «comparaison n’est pas raison». En fait, il faut tout de même un assortiment d’exemples ou de rapprochements pour présenter toute l’innovation que constitue le transport à grande vitesse. Les années 60 ont connu les premiers projets de trains à grande vitesse, mais ces projets dépendaient de la fourniture de pétrole à bas prix afin de rendre le rail compétitif. Ces projets ont subi des modifications importantes dues au premier choc pétrolier et il fallu considérer l’énergie électrique comme solution durable.

Commençons notre voyage en apercevant ce qui semblerait possible de comparer ou de se représenter assez aisément.

Le Palais des Nations, à Genève, sera notre point de départ. Les distances de ville à ville se résument pratiquement, de nos jours, en unités de temps. Ainsi, Lausanne se trouve à moins d’une heure de Genève et Zürich à moins de quatre heures de Genève, pour des trains à vitesse normale ou habituelle.

Osons un autre essai, en prenant une ligne de chemin de fer d’une distance comparable et dans un environnement montagneux et varié; ma recherche fut longue pour trouver une certaine analogie avec le tracé Genève- Zürich, néanmoins je trouvai que la ligne taïwanaise Taipei-Kaohsiung présentait de nombreuses similitudes et mon voyage initiatique commença.

A plusieurs endroits du monde, des concepteurs, des ingénieurs ont des raisonnements qui ont parfois des identités dont les développements paraissent complémentaires; ce qui peut aussi dissimuler toute la valeur ou la portée de leurs projets.

Mais, continuons notre voyage. Un rêve commence quand on imagine qu’un tronçon tel que Taipei-Kaohsiung sera parcouru par un train à grande vitesse et que l’innovation, la part de voyage qui semblait inestimable, mettra ces deux villes à 1 heure et demie de distance, soit la distance de Genève à Zürich, couverte en 90 minutes.

Poursuivons, tout en confondant naturellement le temps et la distance parcourue, car il devient si facile de raisonner en temps, pour se dire que les villes ou les destinations dont on rêve, ne sont séparées que d’heures. Combien de villes à une ou deux heures de distance connaissez-vous? Et, considérant le transport à grande vitesse, combien de villes seraient à une ou deux heures de distance de chez vous?

Ces considérations sont actuelles et définissent bien notre recherche quasi instinctive de gain de temps, de maîtrise des distances et d’une sorte de mesure ou de détail d’unité de temps; cette mesure ou ce détail nous indique par exemple, une unité de temps équivalente dans le cas de la traversée d’une ville et dans le cas du déplacement d’une ville à une autre. Cette approche nous mène à une constatation intéressante pour le rail : les gares se situent en très large majorité dans les villes, ainsi la traversée de ces dernières est déjà en partie réalisée.

Donc, distances, temps, gain de temps, arrivées et départs en ville, sont-ils les seuls paramètres de notre course à grande vitesse?

Pour se rendre à son travail, le transport à grande vitesse a permis que l’on habite à une distance considérable du lieu de travail. Notre vue quotidienne de la distance s’est ainsi transformée. Des vies et leurs acteurs se croisent dans des lieux éloignés, sous la même lumière, dans le même jour, formant un monde qui se déplace et communique à très grande vitesse.

Certes, ce sont des composantes déterminantes de ce nouveau genre de transport, mais que voit-on en voyageant à très grande vitesse?

Le voyage et le rêve participent également dans tous déplacements. La perspective du paysage, les montagnes ou les lacs se renouvèlent en fond et donc en grande image. On peut même espérer un climat qui sera très différent dans la ville d’arrivée, laquelle nous inonderait de soleil alors que nous étions parti depuis près d’une heure, d’une cité brumeuse et engourdie, tel un voile qui tombe pour laisser mieux passer la lumière et les couleurs qui nous induisent et nous accompagnent vers la destination. Les bruits et les odeurs se découvrent, à l’approche de l’arrivée où au fil du jour une cité vit et s’anime au rythme des migrations soudaines.

Deux climats à une heure de distance et bien d’autres merveilles et curiosités à découvrir, lesquelles demeurent ignorées, car on observerait pas assez le quotidien de notre ère moderne; celui-ci recèle probablement une beauté inexplorée. Un grand journaliste et écrivain m’avait dit un jour que ses stagiaires ne s’imaginaient jamais ce que les faits divers ou les détails ignorés de la vie quotidienne pouvaient contenir d’inattendu.

Oser imaginer qu’une majorité des grandes villes européennes ne pourraient être qu’à une demi-journée de distance les unes des autres, n’est-ce pas un beau rêve ou simplement une anticipation?

Dans cette exploration, nous arrivons au premier tiers de notre parcours.

A suivre…