(Première partie)
Grande vitesse
F. Subiger, UNOG
Lan dernier à la même période, jécrivais
une série sur la gastronomie et ses évolutions de 1850
à 2000, par épisode; la grande vitesse nest pas
sans rapport avec les évolutions modernes des transports, car
chacun pourrait voir que dans tout gain de temps, on recherche souvent
à utiliser ou gérer le temps gagné grâce
à des innovations techniques qui ne pouvaient se comparer alors.
On dit aussi que: «comparaison nest pas raison». En fait, il faut tout de même un assortiment dexemples ou de rapprochements pour présenter toute linnovation que constitue le transport à grande vitesse. Les années 60 ont connu les premiers projets de trains à grande vitesse, mais ces projets dépendaient de la fourniture de pétrole à bas prix afin de rendre le rail compétitif. Ces projets ont subi des modifications importantes dues au premier choc pétrolier et il fallu considérer lénergie électrique comme solution durable.
Commençons notre voyage en apercevant ce qui semblerait possible de comparer ou de se représenter assez aisément.
Le Palais des Nations, à Genève, sera notre point de départ. Les distances de ville à ville se résument pratiquement, de nos jours, en unités de temps. Ainsi, Lausanne se trouve à moins dune heure de Genève et Zürich à moins de quatre heures de Genève, pour des trains à vitesse normale ou habituelle.
Osons un autre essai, en prenant une ligne de chemin de fer dune distance comparable et dans un environnement montagneux et varié; ma recherche fut longue pour trouver une certaine analogie avec le tracé Genève- Zürich, néanmoins je trouvai que la ligne taïwanaise Taipei-Kaohsiung présentait de nombreuses similitudes et mon voyage initiatique commença.
A plusieurs endroits du monde, des concepteurs, des ingénieurs
ont des raisonnements qui ont parfois des identités dont les
développements paraissent complémentaires; ce qui peut
aussi dissimuler toute la valeur ou la portée de leurs projets.
Mais, continuons notre voyage. Un rêve commence quand on imagine quun tronçon tel que Taipei-Kaohsiung sera parcouru par un train à grande vitesse et que linnovation, la part de voyage qui semblait inestimable, mettra ces deux villes à 1 heure et demie de distance, soit la distance de Genève à Zürich, couverte en 90 minutes.
Poursuivons, tout en confondant naturellement le temps et la distance parcourue, car il devient si facile de raisonner en temps, pour se dire que les villes ou les destinations dont on rêve, ne sont séparées que dheures. Combien de villes à une ou deux heures de distance connaissez-vous? Et, considérant le transport à grande vitesse, combien de villes seraient à une ou deux heures de distance de chez vous?
Ces considérations sont actuelles et définissent bien notre recherche quasi instinctive de gain de temps, de maîtrise des distances et dune sorte de mesure ou de détail dunité de temps; cette mesure ou ce détail nous indique par exemple, une unité de temps équivalente dans le cas de la traversée dune ville et dans le cas du déplacement dune ville à une autre. Cette approche nous mène à une constatation intéressante pour le rail : les gares se situent en très large majorité dans les villes, ainsi la traversée de ces dernières est déjà en partie réalisée.
Donc, distances, temps, gain de temps, arrivées et départs en ville, sont-ils les seuls paramètres de notre course à grande vitesse?
Pour se rendre à son travail, le transport à grande vitesse a permis que lon habite à une distance considérable du lieu de travail. Notre vue quotidienne de la distance sest ainsi transformée. Des vies et leurs acteurs se croisent dans des lieux éloignés, sous la même lumière, dans le même jour, formant un monde qui se déplace et communique à très grande vitesse.
Certes, ce sont des composantes déterminantes de ce nouveau genre de transport, mais que voit-on en voyageant à très grande vitesse?
Le voyage et le rêve participent également dans tous déplacements. La perspective du paysage, les montagnes ou les lacs se renouvèlent en fond et donc en grande image. On peut même espérer un climat qui sera très différent dans la ville darrivée, laquelle nous inonderait de soleil alors que nous étions parti depuis près dune heure, dune cité brumeuse et engourdie, tel un voile qui tombe pour laisser mieux passer la lumière et les couleurs qui nous induisent et nous accompagnent vers la destination. Les bruits et les odeurs se découvrent, à lapproche de larrivée où au fil du jour une cité vit et sanime au rythme des migrations soudaines.
Deux climats à une heure de distance et bien dautres merveilles et curiosités à découvrir, lesquelles demeurent ignorées, car on observerait pas assez le quotidien de notre ère moderne; celui-ci recèle probablement une beauté inexplorée. Un grand journaliste et écrivain mavait dit un jour que ses stagiaires ne simaginaient jamais ce que les faits divers ou les détails ignorés de la vie quotidienne pouvaient contenir dinattendu.
Oser imaginer quune majorité des grandes villes européennes ne pourraient être quà une demi-journée de distance les unes des autres, nest-ce pas un beau rêve ou simplement une anticipation?
Dans cette exploration, nous arrivons au premier tiers de notre parcours.