UNSpecial N° 630 — Juin – June 2004
 

J.M.Jakobowicz T’as pas un million de dollars?

Il semble que mendier dans le tram soit chose relativement aisée, une guitare et un brin de voix suffisent. Par contre, faire du « fund raising » comme on appelle la nouvelle forme de mendicité de haut vol, demande une formation. Vous aurez beau chanter sous les fenêtres d’une entreprise ou d’une fondation, jamais vous n’obtiendrez un centime, à moins bien sûr que vous ne vous appeliez Luciano Pavarotti ou Ruggero Raimondi.

La Section de la formation de l’ONUG a récemment organisé un excellent séminaire pour apprendre à faire la «  manche  » à grande échelle. Au lieu du « T’as pas cent balles? » habituel, on nous a appris à dire « T’as pas un million de dollars? ». C’est relativement facile à articuler mais les résultats sont assez aléatoires.

D’après la formatrice, il y a quatre sources de financement: les gouvernements, les entreprises, les fondations et les testaments des riches douairières.

Les gouvernements sont de plus en plus pauvres, donc inutile d’insister. Les riches douairières sont un filon relativement sûr pour peu qu’elles s’intéressent à vous – à votre domaine d’activité – qu’elles vous couchent sur leur testament et qu’elles ne vivent pas jusqu’à 120 ans.

L’une des meilleures sources de financement extrabudgétaires reste les fondations. Ce sont des entités relativement neutres qui ne vous demandent rien en échange et dont le but unique est… de dépenser de l’argent. Donc si vous avez un bon projet… Bien sûr, vous ne serez pas le seul à demander un million de dollars, c’est pourquoi il vous faudra cibler votre source et préparer un dossier solide. Une chose encore, si vous connaissez quelqu’un qui peut faire glisser votre dossier sur le haut de la pile, cela aide (dixit notre formatrice).

Le problème avec les entreprises, c’est qu’elles ne font rien pour vos beaux yeux et qu’elles posent toujours la même et unique question : « Qu’est-ce que ça va me rapporter? » Or comme nous ne sommes, en grande partie, que de bons fonctionnaires qui n’avons aucune idée de ce qu’est le monde des affaires, je suis prêt à parier que 9 fois sur 10, nous nous faisons « avoir ». On ne s’improvise pas homme ou femme d’affaires. On l’est ou on ne l’est pas et, si on l’est, on ne vient pas travailler à l’ONU.

Le rédacteur en chef, Jean Michel Jakobowicz.