UNSpecial N° 629 — Mai – May 2004
 

Melanie Mercier ne Markowitz (14)

La crise

Jean Michel Jakobowicz, ONUG

Les enfants et le père de Mélanie Mercier née
Markowitz, chef économiste adjointe du
Département des projections de l’Organisation,
ont disparu. Cette disparition survient juste
après que son collègue David Garrido, qui tentait
de l’aider, ait été retrouvé assassiné. (Vous
pouvez retrouver les dix premiers épisodes de
Mélanie sur le site Internet de UN Special:
http://www.unspecial.org)

Une maison de trois tages dans la 87e rue, entre Madison Avenue et la 5e Avenue

John Gardiner est seul assis dans son sous-sol face quatre grands crans teints. Il a beaucoup perdu de sa morgue et semble avoir vieilli. Il a les yeux ferms. Les vnements des jours prcdents l'ont visiblement beaucoup affects. Contre toute attente, les bourses ont chut. Les diffrents fonds de pensions dont il est le propritaire ont perdu, d'aprs ses valuations les plus rcentes, prs de 800 milliards de dollars. Certains seront certainement mis en faillite dans les jours voire les heures qui viennent. Ce sont des millions de personnes qui ont ainsi d perdre toutes leurs conomies.

Mais ce n'est pas vraiment ce qui inquite le plus John Gardiner. Non, ce qu'il a le plus de mal accepter c'est de voir cet empire qu'il a construit pierre pierre pendant plus de 20 ans s'crouler en quelques heures et tout cela cause de quoi. A cause de qui? A cause d'un petit grain de sable qui s'est gliss dans sa machine si bien huile. Tout aurait d se drouler en douceur. Grce aux divers rapports et articles, qu'il avait commandit aux quatre coins du monde et qui annonaient une forte reprise conomique, la bourse devait monter, ce qu'elle avait d'ailleurs commenc faire. Puis il devait, avec ses amis, profiter de cette embellie passagre pour se dbarrasser au mieux des actions les plus mauvaises pour renflouer les caisses de ses fonds de pensions avant les audits de la fin d'anne et donner ainsi l'impression que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Quitte se dsengager progressivement du secteur des caisses de retraite pour rinvestir ailleurs.

Mais il avait fallu que le rapport conomique de l'Organisation sorte juste ce moment l et que les imbciles de Wall Street croient les btises qui y taient crites et qui annonaient au contraire une rcession majeure. Bien sur ses amis d'hier avaient disparu. Juan Ji Singapour, Jan Answer en Afrique du Sud, Erwin Mlbach en Suisse et Michelle Lambert, Londres ne rpondaient plus ses coups de tlphones. D'ailleurs, pensait-il, ils ne devaient mme plus tre capables de payer la communication tlphonique. Du point de vue argent, il n'avait pas de souci se faire. Par prudence, il avait dissmin travers le monde un grand nombre de comptes bancaires, de placement de pre de famille qui n'avait heureusement rien voir avec ses nombreuses socits. Le seul souci qu'il avait se faire c'tait pour sa survie.

Il savait trs bien que certaines personnes, certains syndicats allaient fort mal prendre le fait qu'ils avaient tout perdu. Mme si cela ne servait rien, leur colre allait srement se retourner contre lui. C'est pourquoi son avion personnel l'attendait La Guardia pour l'emmener loin de New York, trs loin. L o personne ne le trouverait. Mais avant de partir, il avait certains comptes rgler.

Genve, au sige de l'Organisation

Mlanie tait assise face Christian Melnick, le Secrtaire Gnral de l'Organisation. Elle tait passablement nerveuse. Christian Melnick tait silencieux depuis quelques instants.

- Depuis ce matin, mon tlphone ne cesse de sonner, finit-il par dire. C'est fou ce que vos crits font du bruit cette anne. En plus ces coups de tlphones sont ceux de personnalits qui semblent trs en colre. Le ton badin qu'il employait, tait totalement dmenti par la gravit de son visage. Nous semblons aller vers une crise financire majeure. Tout cela, me disent-ils cause de votre satane tude. - Mais je vous assure, dit Mlanie. - Je sais, coupa le Secrtaire Gnral. Je sais, si le vers n'tait dj dans la pomme cela ne se serait pas produit. Et il est stupide tirer sur le messager. - Le systme financier est perverti depuis longtemps. Il vit dans un autre monde qui n'a que peu de lien avec le rel. Il est fait de rumeur de spculations au niveau international. Quant on sait qui et comment sont faits la pluie et le beau temps Wall Street, a fait peur. Le fait est que les indicateurs conomiques ne sont pas bons et l'embellie annonce, je le rpte c'est de la propagande lectorale pure et simple. Une fois les lections passe la baudruche va se dgonfler. J'en suis certaine. - Je vous crois, ma chre Mlanie, dit Christian Melnick en souriant. C'est incroyable comme vous pouvez tre enthousiaste, vous arriveriez me convaincre de sauter en parapente alors que j'ai le vertige lorsque je monte sur une chaise! A son tour Mlanie sourit. - Ceci tant dit, reprit Christian Melnick, ces personnalits me demandent de publier au plus vite un dmenti et de dire que nous nous sommes tromps qu'une erreur s'est glisse dans nos modles. - Et vous allez le faire, demanda Mlanie tout coup tendue? Le Secrtaire Gnral marqua un temps d'arrt, qui ne fit qu'augmenter la tension de Mlanie. - Bien sur que non! C'est notre crdibilit qui est en jeu. Malgr tout le mal que ces rvlations peuvent faire, je crois prfrable que cela arrive aujourd'hui que dans 6 mois alors que nous serons en plein dans la crise. Cela devrait nous permettre de repartir sur des bases plus saines.

France Info 19h30

- Alors que les bourses europennes ont toutes cltures en baisse, aux Etats Unis, en deux semaines, le Dow Jones a perdu 52,3% et le NASDAQ 66,4%. Le Nikkei quant lui a perdu 59.4%. Quel est d'aprs vous, Monsieur Simon Grandpierre, de la banque Grandpierre et fils, les perspectives pour les heures qui viennent. - Je crois qu'il ne faut pas cder la panique. Cette baisse est conjoncturelle, base sur un rapport erron, dont on attend sous peu un dmenti de la par mme de ceux qui l'on prpar. L'conomie mondiale est saine. La reprise est soutenue aux Etats-Unis, mais aussi dans le reste du monde. Il s'agit uniquement d'un soubresaut qui devrait tre corrig dans les heures qui viennent au pire dans les jours qui viennent. - D'aprs vous il faudrait acheter alors? - Bien sur! C'est le moment ou jamais! - Pourtant certaines personnes semblent dsespres au point de mettre fin leur jour. Des petits pargnants mais aussi des grands spcialistes de la finance. Des caisses de retraites qui ont tout mis sur la bourse vont mettre la cl sous le paillasson et vous restez positif? D'o vous vient cette confiance? - La bourse c'est une question de croyance. Si vous ne croyez plus tout s'croule. J'ai confiance dans le systme. Les cours vont remonter! - Merci M. Grandpierre !