Contre une circulaire sur les mariages gays
Levée de boucliers
Le Monde, Afsané Bassir Pour (paru dans Le Temps, 05.04.2004)
Le texte, qui pourrait faire lobjet dune résolulion,
se heurte aux «ayatollahs de Téhéran et Washington».
Kofi Annan pensait bien faire. II nétait pas prévu que sa circulaire, distribuée discrètement aux fonctionnaires de lONU le 20 janvier et passée longtemps inaperçue, soulève une telle tempête. Le Secrétaire général y étend aux mariages entre personnes de même sexe les droits aux prestations liées au statut familial. Mais le deuxième paragraphe précise que le versement des prestations nest possible que si «le mariage est considéré comme valable daprès les lois du pays de nationalité dun fonc- tionnaire». Ce qui veut dire que seuls les Canadiens, les Français (grâce au pacs), les Belges, les Néerlandais et les Danois peuvent en profiter. Depuis son entrée en vigueur, le 1er février, cinq couples seulement ont satis- fait à ses critères à New York, et un à Genève. Scandali- sée, une Canadienne, qui ne peut pas épouser son amie américaine, a organisé au Bureau international du travail (BIT) une réunion à laquelle ont participé une centaine de fonctionnaires gays et lesbiennes exigeant un «traitement égal».
A New York, la circulaire a provoqué une véritable levée de boucliers de la part des gouvernements. Elle pourrait faire lobjet dune résolution, très inhabituelle, à la Com- mission des affaires administratives et budgétaires de lONU, où lon décide par consensus Contre lui, Kofi
Annan a «lalliance impie» des pays islamistes, des fonda- mentalistes chrétiens américains et du Vatican, en les- pèce conseillé, dit-on, par un cardinal hondurien. Ils exi- gent que M. Annan revienne sur sa décision. LIran et IEgypte ont fait circuler les textes dune résolution dans ce sens. La Russie et la Chine sont aussi contre la déci- sion et mettent en question les prérogatives du secrétaire général.
Le lobbying pour un consensus a déjà commencé
Kofi Annan a avec lui certains pays européens et tous les latinos, à lexception du Honduras. Le lobbying pour les voix des autres pays afin dobtenir un consensus a déjà commencé. En attendant les résultats, les «ayatollahs de Téhéran et ceux de Washington», selon la formule dun diplomate, font pression à leur manière. Ils ont pris en otage une autre commission de lONU, celle de la Confé- rence de la population et du développement, réunie à New York, où depuis quelques jours toutes les discussions sont bloquées.