UNSpecial N° 628 — Avril – April 2004
 

Mélanie Mercier née Markowitz (13)

La chute

Jean Michel Jakobowicz, UN

Les enfants et le père de Mélanie Mercier
née Markowitz, chef économiste adjointe
du Département des projections de l’Organisation,
ont disparu. Cette disparition survient juste après
que son collègue David Garrido, qui tentait de
l’aider, ait été retrouvé assassiné.
(Vous pouvez retrouver les dix premiers épisodes
de Mélanie sur le site Internet de UN Special:
http://www.unspecial.org)

Après la conférence de presse, Mélanie était rentrée directement chez elle. La dernière question des journalistes concernant la disparition de ses enfants l’avait particulièrement affectée. Bien sur elle ne pouvait rien dire, mais l’angoisse était là. Où étaient-ils ?

Que faisaient-ils en ce moment ? Et Jérôme son ex— qui n’arrêtait pas de téléphoner ! Le pauvre, il devait être mort d’angoisse. Mais il fallait qu’elle tienne bon et elle le ferait pour arriver à savoir ce qui se passait, à démasquer celui qui lui en voulait au point de tuer ce malheureux David. Elle passa une nuit très agitée. A sept heures trente elle était dans la rue.

Visiblement la conférence de presse de la veille avait fait son effet. La Tribune de Genève, tout comme le Matin et le Courrier affichaient le même titre ou presque : « Une croissance sans lendemain ». Elle acheta en vrac les trois journaux. Tous reprenaient ses prévisions de croissance mondiale plutôt pessimistes. A voir noir sur blanc ses données elle eut un moment de doute. N’étaitelle pas allé trop loin dans son pessimisme ? Mais non, toutes les données convergeaient.

Au bureau d’autres journaux l’attendaient. Tous parlaient d’une façon ou d’une autre de ses prévisions et chacun donnait son commentaire, allant de l’absurde au catastrophisme pur et simple.

Un article à la une du Herald Tribune retint son attention. Il analysait les données de son étude et soutenait point par point ses arguments. Depuis que Mélanie s’occupait de préparer cette étude, jamais elle n’avait eu d’article aussi élogieux. Juste à ce moment là, le téléphone sonna. — Bravo, Mélanie ! Elle reconnut immédiatement la voix de Christian Melnick, le Secrétaire général de l’Organisation. Vous faites un tabac avec votre étude cette année. Il semblerait que vous êtes parvenue à convaincre même les financiers. La bourse de Tokyo a perdu 3% à l’ouverture ce matin.

— Je préfèrerais ne pas avoir raison, dit-elle songeuse. — Des nouvelles de vos enfants, demanda Christian Melnick avant de raccrocher ? — Malheureusement rien, dit-elle tout à coup effondrée.

A peine avait-elle raccroché que le téléphone sonna de nouveau. C’était son ex-mari Jérôme. — Alors, du nouveau, demanda-t-il d’une voix pitoyable. Il ne semblait pas avoir dormi depuis plusieurs jours. — Malheureusement, non ! La police n’a toujours rien trouvé ! Il semblait dans un tel désespoir que Mélanie faillit se laisser aller à tout lui raconter. — La police, toujours la police. Tu n’as que ce mot-là à la bouche. C’est tous une bande d’incapable. Tu devrais me laisser m’en occuper. J’ai des amis qui … il laissa sa phrase en suspend. Mélanie intriguée demanda d’une petite voix. — Des amis, quel genre d’amis ? — Des amis. Enfin des connaissances qui pourraient nous aider. Mais bon, on verra …. Mélanie n’osa pas insister. — Je t’appelle dès qu’il y a quelque chose de neuf. Jérôme marmonna quelques mots qu’elle ne comprit pas, puis raccrocha.

Mélanie ne pouvait s’empêcher d’avoir pitié de son ex-mari, pourtant quelque chose l’empêchait de tout lui raconter. Comme un malaise. Malaise qu’elle n’avait jamais ressenti alors qu’ils vivaient ensemble. Depuis leur séparation Jérôme avait beaucoup changé. Il avait fréquemment des accès de colère, même devant les enfants. Alors même qu’il affirmait avoir totalement accepté la séparation, Mélanie en était certaine, quelque part il n’avait pas encore fait son deuil.

France Info 10 :00

Après une clôture catastrophique la bourse de Tokyo, après avoir perdu plus de 8% a été obligée de suspendre ses cotations. Les bourses européennes ne semblent guère mieux orientées. Paris est en baisse de 3% et Londres de 4.5%. D’après nos experts le rapport de l’Organisation serait la cause de cette défiance vis-à-vis d’une croissance que l’on croyait hier encore très forte. Monsieur Dupuis, vous qui êtes notre expert qu’en pensez-vous ? — Ce qui se passe aujourd’hui est quelque chose de tout à fait normal et correspond à un « ajustement » technique après les fortes hausses de ces derniers jours. Demain tout devrait rentrer dans l’ordre. — En attendant Tokyo a été obligé de suspendre ses cotations. — C’est une réaction très saine qui ne devrait pas durer. Je suis persuadé que New York réagira beaucoup moins que les bourses japonaises ou européennes.
— Merci.

France Info 15 :00

Dernière minute, la bourse de Paris vient, elle aussi, de suspendre ses cotations après une chute de 8%. Wall Street ouvre avec une baisse de 5.2% par rapport à hier.