UNSpecial N° 628 — Avril – April 2004
 

J.M.JakobowiczLa rotation

Le 18 juillet 1870, l’église a reconnu l’infaillibilité pontificale. A l’aube du 21e siècle, l’administration des Nations Unies se considère, elle aussi, comme infaillible.

En effet, jamais notre administration ne reconnaîtra ses erreurs. La petite dernière est pour le moins comique, voire pathétique.

UN Special vous a maintes fois parlé de l’absurdité du nouveau système de rotation qui veut que, d’ici à 2007, tous les fonctionnaires de l’Organisation aient bougé d’un bout du monde à l’autre. Même un enfant de cinq ans aurait pu deviner que de telles rotations allaient coûter cher. Par contre, nos gestionnaires ne s’en sont rendu compte qu’après avoir sorti la circulaire. Comme ils ne voulaient surtout pas donner raison à leurs détracteurs, ils ont décidé en douce que la rotation pourrait avoir lieu dans un même lieu d’affectation.

Par la suite, comme certains départements se plaignaient que changer tout leur personnel d’ici à trois ans risquait de compromettre leur existence, nos gestionnaires ont ajouté, toujours de façon officieuse, que les rotations pourraient s’effectuer dans un même département.

Nouvelles plaintes car même ces mouvements internes risquent de mettre à mal certains programmes. Nouvelle directive : les rotations peuvent correspondre à une redéfinition de fonctions, la personne n’a plus besoin de bouger, seul son poste devra changer de nom. La prochaine étape de ce système de rotation consistera, je suppose, à changer sa chaise de place.

La bureaucratie n’a peut-être pas de visage, mais elle a une peur bleue de perdre la face.

Le rédacteur en chef, Jean Michel Jakobowicz.