UNSpecial N° 628 — Avril – April 2004
 

De quoi être en colère

Travaillant depuis trois ans maintenant aux Nations Unies, X était à mille lieues de penser, quand il est entré en service, pouvoir un jour être déçu par l’Organisation... Et pourtant !

Trois ans, et toujours temporaire, sans même pouvoir assurer à sa famille de quoi demain sera fait... Sans avoir aucune prestation sociale pour son épouse ou même pour ses enfants, et maintenant, voilà qu’on gèle les postes !

Alors bien sûr, l’espoir fait vivre... Il prend son courage à deux mains, et il se dit: « puisqu’il faut postuler, postulons ! » Regardant dans Lotus Notes, il repère un poste de messager, G3... Parfait !

Mais voilà : surprise! Pour pouvoir porter une lettre d’un bureau A jusqu’à un bureau B, il faut trois ans d’expérience dans la distribution du courrier, dont deux au moins au sein du groupe des messagers de l’ONU. De qui se moque-ton? On ne va pas me faire croire qu’il faut trois ans de formation pour savoir distribuer ou réceptionner le courrier! Pourquoi pas un doctorat en distribution de circulaires... Ou alors le poste est-il déjà attribué à quelqu’un, et on invente des compétences dans la description de poste pour en faire un poste sur mesure... Cela porte un nom : c’est de la discrimination, purement et simplement.

S’il n’y avait que cela ! Mais malheureusement pour les temporaires, on dirait qu’il y a une volonté de l’Administration de noyer le poisson pour réduire au silence des gens qui ont BESOIN et qui VEULENT véritablement travailler.

Ce qui est encore plus dégoutant, c’est l’attitude de certains fonctionnaires permanents, qui, parce qu’ils sont permanents, n’en « foutent pas une » vulgairement parlant, parce qu’ils savent que de toute façon leur avenir est plus ou moins assuré.

Une telle attitude est véritablement déplorable et absolument indigne d’un fonctionnaire.

Que dire du copinage ?

Que dire de ces responsables qui font entrer, qui l’épouse, qui le cousin, qui la voisine, et j’en passe et des meilleures.

Que dire aussi de ces responsables qui profitent de leur situation de responsable pour promouvoir une philosophie de déstabilisation dans leur service... Cela aussi porte un nom : c’est du harcèlement moral!

Que dire de ces responsables qui pensent que changer de service toutes les cinq minutes garantit un travail bien fait, parce qu’on n’a pas le temps de tomber dans la routine... Mais, à force d’agir ainsi, on efface petit à petit la « Mémoire » d’un service, et ne valorise certainement pas le travail.

Bien sûr, qui suis-je pour oser critiquer l’Organisation ?

Un simple temporaire, G3, comme beaucoup, qui en a assez qu’on se moque des gens qui, bien loin d’être à l’abri financièrement, ont besoin de travailler, et en ont la volonté.

Mais avant tout, un être humain, et là, nous sommes tous au même grade... A moins qu’il y en ait qui soient plus égaux que les autres... Mais cela ferait quand même mal dans l’Organisation des « droits de l’homme » !

Un être humain qui voudrait tout simplement qu’on arrête de prendre d’autres êtres humains pour des « sousproduits » sous prétexte qu’ils sont d’un grade inférieur, et qui de ce fait ont de moins en moins d’espoir de voir leur avenir assuré.

Signé : un G3.