Mélanie Mercier née Markowitz (11)
La fuite
Jean Michel Jakobowicz, UN
Les enfants et le père de Mélanie Mercier
née Markowitz, chef économiste
adjointe du Département des projections
de l’Organisation, ont disparu.
Cette disparition survient juste après
que son collègue David Garrido, qui tentait
de l’aider, ait été retrouvé assassiné.
(Vous pouvez retrouver les dix premiers
épisodes de Mélanie sur le site Internet
de UN Special: http://www.unspecial.org)
Bourg-en-Bresse, Hôtel de la Gare,
4 heures 30 du matin
Monsieur Markowitz père dort en ronflant doucement dans un fauteuil,
tandis que ses petits-enfants, Isabelle et Benjamin, dorment dans le
grand lit. Un léger bruit se fait entendre, un simple frottement
qui suffit à interrompre le ronflement du grand-père qui
ouvre un oil, se redresse et écoute.
Le frottement recommence. Il se lève sans faire de bruit et
se dirige vers la porte. Il place son oreille contre le vantail et écoute.
Cette fois, les coups sont plus nets. Avec précaution, sa main
se dirige vers la poignée quil tourne lentement. Il ouvre
lentement la porte que retient la chaîne de sécurité.
Sans prendre la peine de regarder à lextérieur,
il glisse sa main dehors. Puis il la rentre brutalement. Il tient une
enveloppe de papier kraft.
M. Markowitz referme la porte et retourne dans son fauteuil. Il ouvre
lenveloppe et en déverse le contenu sur la table basse.
Une clé tombe sur le plateau en verre, puis des papiers de voiture
et une feuille pliée en quatre quil sempresse de
lire. Satisfait, il chiffonne la feuille et utilise les allumettes de
lhôtel pour la brûler dans le cendrier. Il se lève
et sapproche du lit dans lequel dorment ses petits-enfants. Il
les regarde tendrement. «Comme le temps passe vite» ne peut-il
sempêcher de penser. Hier à peine cétait
Mélanie quil regardait dormir ainsi, dailleurs Isabelle
lui ressemble beaucoup. Il se penche vers Benjamin et le secoue comme
à regret. Lenfant se réveille péniblement.
Il regarde autour de lui puis sourit à son grand-père.
Bonjour mon grand, dit M. Markowitz, désolé de
te réveiller mais il faut quon parte. Pourquoi,
il est quelle heure? Cinq heures!
Si tôt! Reprend Benjamin. Dépêchez-vous
les enfants, nous navons pas de temps à perdre. Jaimerais
autant que nous ayons quitté ces lieux avant que le jour ne se
lève. Mais enfin, dit Isabelle en sétirant,
tu vas finir par nous dire ce qui se passe? Mais oui ma chérie,
mais chaque chose en son temps, dépêche-toi de thabiller.
Non, dit Isabelle boudeuse, je ne bougerai pas dici avant
que tu ne nous aies expliqué pourquoi on se cache comme ça.
Dépêche-toi, répète M. Markowitz dune
voix dans laquelle pointe lénervement. Allez viens,
dit Benjamin, ne fais pas lenfant! En entendant cette réplique,
le grand- père ne peut sempêcher de sourire, Benjamin
nayant que 10 ans et Isabelle 8 ans.
Le garçon saute du lit et se dirige vers la salle de bains.
Pas le temps de se laver, habillez-vous et on part. Les deux enfants obtempèrent. Benjamin est tout excité par ce qui ressemble à un roman despionnage et Isabelle bougonne. Quelques minutes plus tard, ils sont prêts. M. Markowitz porte deux sacs de voyage et les enfants ont chacun leur sac à dos. Au lieu de prendre lascenseur, ils descendent du troisième étage par lescalier de service et se retrouvent dans la rue derrière lhôtel. Au coin une voiture est en stationnement. M. Markowitz appuie sur la clé et les portières souvrent automatiquement. Il sagit dune Mercedes noire avec des vitres fumées et intérieur en cuir. Super la bagnole, ne peut sempêcher de dire Benjamin. Les deux enfants se mettent à larrière et attachent leur ceinture.
En attendant, dit Isabelle, tu nas même pas payé
lhôtel. On est parti comme des voleurs. Je veux téléphoner
à Maman? Je tai déjà dit, reprend
patiemment M. Markowitz en faisant démarrer la voiture, que ce
nest pas prudent. Dans quelques heures peut- être, mais
pour linstant cest non. Isabelle se renfrogne dans son coin
en se mettant à regarder dehors. Benjamin quant à lui
est aux anges, fier comme Artaban dêtre impliqué
dans une histoire qui lui paraît «louche».
Où on va, Grand-père? demande-t-il.
Tu verras, mon petit. A peine une demi- heure dici.
La voiture emprunte la sortie Nord de Bourg-en-Bresse et prend la départementale
975. Arrivée au village de Saint-Julien, elle tourne à
gauche sur une petite route et finit par sarrêter devant
une belle demeure au milieu dun parc.
Nous sommes arrivés, dit M. Markowitz. Comme personne
ne répond, il se retourne pour constater que les enfants se sont
endormis. Sans faire de bruit, il ouvre la portière. Une vieille
dame toute menue se tenait sur le pas de la porte de la grande maison
de maître. Elle savança vers lui à petits
pas. Cher Léon, comme cest gentil à vous
de rendre visite à une vieille dame! Mais où sont vos
petits?
Ils dorment! Quelle idée aussi de les faire se
lever si tôt. Et puis tous ces mystères! Chut, ma
chère amie, je vous lai dit, moins vous en saurez et mieux
cela vaudra pour vous.
Toujours aussi aventurier, mon cher Léon! Vous ne changerez
décidément pas.
Genève, Mélanie à moitié endormie répond au téléphone
Mais non Jérôme, je nai pas de nouvelles.
Je ne sais pas où ils sont.
Bien sûr que si, je suis inquiète. Jai prévenu la police et ma mère en a fait autant de son côté. Je leur ai donné mon numéro de téléphone et le tien. Arrête de crier, cela ne sert à rien. Jai assez de ma mère qui fait une crise dhystérie sans avoir besoin de tentendre hurler. Et puis mon père ny est pour rien. Je suis certaine que ce nest pas de sa faute. Mélanie raccroche et éclate en sanglots.
France Info Journal de 8 heures
«Après lannonce par la Banque centrale européenne hier en fin daprès-midi dune diminution de ses taux directeurs de 0,5 %, suivie quelques heures plus tard par une annonce similaire faite par le président de la Fed américaine, les marchés financiers mondiaux ont été saisis dune frénésie haussière. Hier, Wall Street clôturait avec une hausse sans précédent du Dow Jones de 5,2 %. Ce matin, à la mi-séance, la bourse de Tokyo affichait une progression de 8,3 %. Lannonce des changements de taux directeurs ne semble pas être la seule cause de ces hausses exceptionnelles. Daprès nos spécialistes, il semblerait que les marchés financiers anticipent une reprise économique de grande ampleur. Un mouvement spéculatif dû en grande partie aux faibles taux de rémunération de largent serait aussi en cause. Les milieux financiers attendent avec impatience louverture des bourses européennes pour savoir si cette tendance se confirme.»