UNSpecial N° 626 — Fevrier – February 2004
 

Mélanie Mercier née Markowitz (11)

La fuite

Jean Michel Jakobowicz, UN

Les enfants et le père de Mélanie Mercier
née Markowitz, chef économiste
adjointe du Département des projections
de l’Organisation, ont disparu.
Cette disparition survient juste après
que son collègue David Garrido, qui tentait
de l’aider, ait été retrouvé assassiné.
(Vous pouvez retrouver les dix premiers
épisodes de Mélanie sur le site Internet
de UN Special: http://www.unspecial.org)

Bourg-en-Bresse, Hôtel de la Gare, 4 heures 30 du matin…
Monsieur Markowitz père dort en ronflant doucement dans un fauteuil, tandis que ses petits-enfants, Isabelle et Benjamin, dorment dans le grand lit. Un léger bruit se fait entendre, un simple frottement qui suffit à interrompre le ronflement du grand-père qui ouvre un oil, se redresse et écoute.
Le frottement recommence. Il se lève sans faire de bruit et se dirige vers la porte. Il place son oreille contre le vantail et écoute. Cette fois, les coups sont plus nets. Avec précaution, sa main se dirige vers la poignée qu’il tourne lentement. Il ouvre lentement la porte que retient la chaîne de sécurité. Sans prendre la peine de regarder à l’extérieur, il glisse sa main dehors. Puis il la rentre brutalement. Il tient une enveloppe de papier kraft.
M. Markowitz referme la porte et retourne dans son fauteuil. Il ouvre l’enveloppe et en déverse le contenu sur la table basse. Une clé tombe sur le plateau en verre, puis des papiers de voiture et une feuille pliée en quatre qu’il s’empresse de lire. Satisfait, il chiffonne la feuille et utilise les allumettes de l’hôtel pour la brûler dans le cendrier. Il se lève et s’approche du lit dans lequel dorment ses petits-enfants. Il les regarde tendrement. «Comme le temps passe vite» ne peut-il s’empêcher de penser. Hier à peine c’était Mélanie qu’il regardait dormir ainsi, d’ailleurs Isabelle lui ressemble beaucoup. Il se penche vers Benjamin et le secoue comme à regret. L’enfant se réveille péniblement. Il regarde autour de lui puis sourit à son grand-père.

— Bonjour mon grand, dit M. Markowitz, désolé de te réveiller mais il faut qu’on parte. — Pourquoi, il est quelle heure? — Cinq heures!
— Si tôt! Reprend Benjamin. — Dépêchez-vous les enfants, nous n’avons pas de temps à perdre. J’aimerais autant que nous ayons quitté ces lieux avant que le jour ne se lève. — Mais enfin, dit Isabelle en s’étirant, tu vas finir par nous dire ce qui se passe? — Mais oui ma chérie, mais chaque chose en son temps, dépêche-toi de t’habiller. — Non, dit Isabelle boudeuse, je ne bougerai pas d’ici avant que tu ne nous aies expliqué pourquoi on se cache comme ça. — Dépêche-toi, répète M. Markowitz d’une voix dans laquelle pointe l’énervement. — Allez viens, dit Benjamin, ne fais pas l’enfant! En entendant cette réplique, le grand- père ne peut s’empêcher de sourire, Benjamin n’ayant que 10 ans et Isabelle 8 ans.

Le garçon saute du lit et se dirige vers la salle de bains.

— Pas le temps de se laver, habillez-vous et on part. Les deux enfants obtempèrent. Benjamin est tout excité par ce qui ressemble à un roman d’espionnage et Isabelle bougonne. Quelques minutes plus tard, ils sont prêts. M. Markowitz porte deux sacs de voyage et les enfants ont chacun leur sac à dos. Au lieu de prendre l’ascenseur, ils descendent du troisième étage par l’escalier de service et se retrouvent dans la rue derrière l’hôtel. Au coin une voiture est en stationnement. M. Markowitz appuie sur la clé et les portières s’ouvrent automatiquement. Il s’agit d’une Mercedes noire avec des vitres fumées et intérieur en cuir. — Super la bagnole, ne peut s’empêcher de dire Benjamin. Les deux enfants se mettent à l’arrière et attachent leur ceinture.

— En attendant, dit Isabelle, tu n’as même pas payé l’hôtel. On est parti comme des voleurs. Je veux téléphoner à Maman? — Je t’ai déjà dit, reprend patiemment M. Markowitz en faisant démarrer la voiture, que ce n’est pas prudent. Dans quelques heures peut- être, mais pour l’instant c’est non. Isabelle se renfrogne dans son coin en se mettant à regarder dehors. Benjamin quant à lui est aux anges, fier comme Artaban d’être impliqué dans une histoire qui lui paraît «louche». — Où on va, Grand-père? demande-t-il.
— Tu verras, mon petit. A peine une demi- heure d’ici.

La voiture emprunte la sortie Nord de Bourg-en-Bresse et prend la départementale
975. Arrivée au village de Saint-Julien, elle tourne à gauche sur une petite route et finit par s’arrêter devant une belle demeure au milieu d’un parc.

— Nous sommes arrivés, dit M. Markowitz. Comme personne ne répond, il se retourne pour constater que les enfants se sont endormis. Sans faire de bruit, il ouvre la portière. Une vieille dame toute menue se tenait sur le pas de la porte de la grande maison de maître. Elle s’avança vers lui à petits pas. — Cher Léon, comme c’est gentil à vous de rendre visite à une vieille dame! Mais où sont vos petits?
— Ils dorment! — Quelle idée aussi de les faire se lever si tôt. Et puis tous ces mystères! — Chut, ma chère amie, je vous l’ai dit, moins vous en saurez et mieux cela vaudra pour vous.
— Toujours aussi aventurier, mon cher Léon! Vous ne changerez décidément pas.

Genève, Mélanie à moitié endormie répond au téléphone…

— Mais non Jérôme, je n’ai pas de nouvelles. Je ne sais pas où ils sont.
— …

— Bien sûr que si, je suis inquiète. J’ai prévenu la police et ma mère en a fait autant de son côté. Je leur ai donné mon numéro de téléphone et le tien. Arrête de crier, cela ne sert à rien. — J’ai assez de ma mère qui fait une crise d’hystérie sans avoir besoin de t’entendre hurler. Et puis mon père n’y est pour rien. Je suis certaine que ce n’est pas de sa faute. Mélanie raccroche et éclate en sanglots.

France Info – Journal de 8 heures…

«Après l’annonce par la Banque centrale européenne hier en fin d’après-midi d’une diminution de ses taux directeurs de 0,5 %, suivie quelques heures plus tard par une annonce similaire faite par le président de la Fed américaine, les marchés financiers mondiaux ont été saisis d’une frénésie haussière. Hier, Wall Street clôturait avec une hausse sans précédent du Dow Jones de 5,2 %. Ce matin, à la mi-séance, la bourse de Tokyo affichait une progression de 8,3 %. L’annonce des changements de taux directeurs ne semble pas être la seule cause de ces hausses exceptionnelles. D’après nos spécialistes, il semblerait que les marchés financiers anticipent une reprise économique de grande ampleur. Un mouvement spéculatif dû en grande partie aux faibles taux de rémunération de l’argent serait aussi en cause. Les milieux financiers attendent avec impatience l’ouverture des bourses européennes pour savoir si cette tendance se confirme.»