UNSpecial N° 626 — Fevrier – February 2004
 

«La Promise»

Jehan Patel

Félicitations au Conseil de coordination de l’ONUG qui a pris l’heureuse initiative d’informer tout le personnel de la programmation de la pièce La Promise au théâtre de l’Alhambra du 12 au 21 décembre. C’est une interprétation qui fait réfléchir et rappelle certains d’entre nous à l’ordre: nous avons le luxe de vivre dans un cocon où la guerre n’est qu’un écran de télévision. Ailleurs, la vérité de la guerre est une réalité. La télécommande n’a plus le pouvoir d’effacer ces images qui pervertissent les âmes.
La Promise raconte l’histoire d’une famille meurtrie par la guerre. Ana, la mère, est veuve et se cache dans un taudis avec ses deux enfants, Lucia et Daniel. Ils attendent Zeck, le fiancé de Lucia, dans l’espoir qu’il saura leur apporter une vie meilleure.
Mais Lucia est enceinte après avoir été victime d’un viol, et personne ne sait quelle sera la réaction de Zeck lorsqu’il apprendra la nouvelle. Ibrim, le soldat auteur du viol, apparaît sur scène sous la forme d’un spectre et seule la promise l’entend et le voit. Il prononce des paroles de sagesse, tel un ange, et annonce que l’enfant apportera la paix autour de lui à sa naissance.
L’auteur, Xavier Durringer, dépeint l’après-guerre avec un réalisme éclatant, et les ravages de la guerre sont mis en scène avec une efficace originalité. Paysages de désolation, meurtre et angoisse enveloppent le public d’un sentiment de malaise et d’horreur. En cette période de Noël où l’on prêche la paix, il était bon de se rappeler que le quotidien de certains est non pas enguirlandé de cadeaux familiaux et de repas festifs mais plongé dans le deuil et le désespoir. La Promise nous rappelle que la misère envenime encore et toujours l’existence de nos semblables. Chose certes dif- ficile à imaginer lorsque l’on vient d’admirer les luxueuses vitrines d’une ville en fête où la paix est un acquis. Sur scène, on assiste également à la naissance d’un bébé porteur de grâce et de joie, un Jésus des temps modernes, un Jésus dénué d’anachronisme: c’est une fille, Emmanuelle. Cet enfant est le produit de l’animosité et de la violence de la guerre car il est porté par une femme violée. Mais il naîtra, envers et contre tout, et apportera une lueur d’espoir.
Une chose est certaine, La Promise dépayse. Le public est presque contraint à ressentir ce violent contraste entre gourmandises et artifices de Noël et anéantissement et pénurie d’après-guerre. Cette mer- veilleuse interprétation est troublante, et cela s’est ressenti dans les applaudissements d’un public ému.

L’auteur est la fille de Miranda Patel, Section d’édition des documents officiels, Service des publications, Division des Services de conférences.