«La Promise»
Jehan Patel
Félicitations au Conseil de coordination de lONUG qui
a pris lheureuse initiative dinformer tout le personnel
de la programmation de la pièce La Promise au théâtre
de lAlhambra du 12 au 21 décembre. Cest une interprétation
qui fait réfléchir et rappelle certains dentre nous
à lordre: nous avons le luxe de vivre dans un cocon où
la guerre nest quun écran de télévision.
Ailleurs, la vérité de la guerre est une réalité.
La télécommande na plus le pouvoir deffacer
ces images qui pervertissent les âmes.
La Promise raconte lhistoire dune famille meurtrie
par la guerre. Ana, la mère, est veuve et se cache dans un taudis
avec ses deux enfants, Lucia et Daniel. Ils attendent Zeck, le fiancé
de Lucia, dans lespoir quil saura leur apporter une vie
meilleure.
Mais Lucia est enceinte après avoir été victime
dun viol, et personne ne sait quelle sera la réaction de
Zeck lorsquil apprendra la nouvelle. Ibrim, le soldat auteur du
viol, apparaît sur scène sous la forme dun spectre
et seule la promise lentend et le voit. Il prononce des paroles
de sagesse, tel un ange, et annonce que lenfant apportera la paix
autour de lui à sa naissance.
Lauteur, Xavier Durringer, dépeint laprès-guerre
avec un réalisme éclatant, et les ravages de la guerre
sont mis en scène avec une efficace originalité. Paysages
de désolation, meurtre et angoisse enveloppent le public dun
sentiment de malaise et dhorreur. En cette période de Noël
où lon prêche la paix, il était bon de se
rappeler que le quotidien de certains est non pas enguirlandé
de cadeaux familiaux et de repas festifs mais plongé dans le
deuil et le désespoir. La Promise nous rappelle que la
misère envenime encore et toujours lexistence de nos semblables.
Chose certes dif- ficile à imaginer lorsque lon vient dadmirer
les luxueuses vitrines dune ville en fête où la paix
est un acquis. Sur scène, on assiste également à
la naissance dun bébé porteur de grâce et
de joie, un Jésus des temps modernes, un Jésus dénué
danachronisme: cest une fille, Emmanuelle. Cet enfant est
le produit de lanimosité et de la violence de la guerre
car il est porté par une femme violée. Mais il naîtra,
envers et contre tout, et apportera une lueur despoir.
Une chose est certaine, La Promise dépayse. Le public
est presque contraint à ressentir ce violent contraste entre
gourmandises et artifices de Noël et anéantissement et pénurie
daprès-guerre. Cette mer- veilleuse interprétation
est troublante, et cela sest ressenti dans les applaudissements
dun public ému.
Lauteur est la fille de Miranda Patel, Section dédition des documents officiels, Service des publications, Division des Services de conférences.