UNSpecial N° 626 — Fevrier – February 2004
 

J.M.Jakobowicz Le réchauffement climatique, Mozart et les Services

Grande nouvelle: pour lutter contre le réchauffement climatique, l’ONU gèle les postes des Services généraux. Quel est le rapport, me demanderez-vous fort justement? Eh bien, je n’en sais rien, mais c’est la seule explication logique que j’ai pu trouver à la décision de l’Assemblée générale de geler le recrutement des Services généraux. Parce que l’argument avancé par certains est encore plus absurde: le rapport entre le nombre de «G» et «P» serait trop élevé.

Cela n’est pas sans rappeler la fameuse anecdote de l’empereur d’Autriche Joseph II qui déclarait à Wolfgang Amadeus Mozart à propos de son opéra L’Enlèvement au Sérail: «...Une musique formidable, mon cher Mozart, mais il y a cependant quelque chose… il y a, je pense, trop de notes dans cette partition!» Il était tout aussi stupide de demander à Mozart de supprimer des notes à son chef-d’ouvre que de réduire le nombre de services généraux dans l’Organisation.

Chers délégués, permettez-moi de vous poser ces simples questions: qui prépare vos réunions, vos voyages, qui assure votre sécurité, qui fait vivre l’Organisation? Bien sûr, vous connaissez tout aussi bien que moi la réponse à ces questions: ce sont les Services généraux.

Vous vous plaignez déjà amèrement que les documents ont du retard alors que c’est vousmêmes qui avez coupé les postes de ceux qui les préparent. Malheureusement, cela ne semble pas vous avoir servi de leçon. Croire que la technologie moderne peut tout remplacer relève d’un raisonnement aussi simpliste que de supprimer tous les fa dièse de La Petite Musique de Nuit, sous prétexte d’économiser les touches noires du piano.

Ces raisonnements de tiroir-caisse, qui vont permettre d’économiser quatre sous, cachent en fait un grand malaise. L’Organisation a besoin de profonds changements tels que la répartition des sièges au Conseil de sécurité, un renforcement du pouvoir du Secrétaire général, la suppression de certains corps morts comme l’ECOSOC, pour n’en citer que quelques-uns. Le problème, c’est que les Etats membres ne parviennent pas à aborder ces sujets qui fâchent. Résultat, pour cacher leur incapacité, ils tapent sur les plus faibles: les Services généraux et surtout les temporaires qui vont être les premiers à souffrir de ce gel.

C’est franchement petit, absurde et surtout cela ne sert en rien les idéaux que nous essayons de défendre.

Le rédacteur en chef, Jean Michel Jakobowicz.