UNSpecial N° 625 — Janvier – January 2004
 

Hi-tech et diplomatie

Interview de
Jovan Kurbalija directeur de
Diplo-Foundation

Cela fait déjà 5 ans que l’ONU à Genève a organisé des cours sur l’utilisation d’Internet à l’intention des représentants des pays Membres de l’Organisation, en poste à Genève. Aujourd’hui, une institution telle que « Diplo- Foundation » propose un programme sur les relations internationales où les technologies de l’information sont la base même de leur méthode d’enseignement, en plus d’un outil de travail. Jovan Kurbalija, ancien diplomate yougoslave, est le directeur de cette institution et nous transmet quelques précisions.

Qu’est-ce la « Diplo-Foundation »?
C’est une institution indépendante, fondée conjointement par les Gouvernements de Malte et de la Suisse, avec l’objectif d’assister les diplomates et les fonctionnaires internationaux dans leur travail de relations internationales.

Quel type de formation offrez-vous?
Parmi les cours que nous offrons, il y a un cours de post-graduation sur les technologies de l’information et la diplomatie, d’une durée de neuf mois. Nous offrons aussi des cours façonnés pour des besoins spécifiques dans la diplomatie multilatérale, qui peuvent être suivis « on-line », après avoir été précédés d’un atelier. L’avantage de ces cours est qu’il est possible de les suivre sans être obligé de quitter son travail pendant la durée de la formation. D’autres cours, peuvent être organisés à la demande, en général pour une durée d’une ou deux semaines, comme préparation à un événement, une conférence internationale ou une crise.

Ces derniers cours sont-ils uniquement organisés sur demande?
Pas uniquement! Ils sont aussi organisés dès qu’un besoin se fait sentir au niveau des relations internationales.

Comment gérez-vous la problématique de la gestion de connaissances?
Les Organisations internationales génèrent la connaissance, l’utilisent et se basent sur l’information et cette connaissance pour agir. Ce qui me semble important dans le contexte de l’ONU est l’application des principes de la gestion de connaissances, pour préserver la mémoire institutionnelle de l’Organisation. Il me semble que dans les 7 prochaines années, environ 50% du personnel de l’ONU pourrait partir à la retraite. Pouvez-vous imaginer la quantité de connaissances, d’expertise, qui va disparaître?

Qu’entendez-vous par connaissance mobile?
L’idée que nous avons, est de créer une gestion de connaissances en mobilité constante. C’est à dire que la connaissance générée plus celle qui est consommée seront dans un seul circuit. Cela se traduirait dans la pratique par un recyclage de la connaissance générée par une agence de l’ONU sur un sujet spécifique (ex.changements climatiques, loi du travail ou droits de l’homme) et l’enseignement de cette connaissance sous forme de cours à transmettre à des étudiants, fonctionnaires, diplomates, etc.

Pourquoi le choix de Malte?
La raison est que c’est une île et que si l’on veut être vivant intellectuellement et professionnellement, de nos jours, on a d’autant plus intérêt à être connecté à Internet, s’il n’y a pas la possibilité d’être physiquement présent à des réunions ou à des conférences. J’ai moi-même suivi un cours pour de jeunes diplomates à l’Université de Malte en 1991.

Est-ce que d’autres institutions collaborent aux travaux de votre institution?
Parmi les institutions qui collaborent avec nous, se trouvent. le Programme des nations unies pour le développement (PNUD), la Communauté européenne, l’Institut américain pour la paix, l’Association européenne pour le libre échange (AELE), le secrétariat du Commonwealth et aussi plusieurs institutions privées.

Comment voyez-vous les réunions ou les conférences à distance par rapport à celles où les participants se rencontrent sur le même lieu?
Je ne suis pas d’avis que les rencontres à distance puissent remplacer le contact humain. Je crois, cependant, qu’une combinaison judicieuse de rencontres à un endroit donné, suivies de rencontres on-line peuvent accroître efficacement le fonctionnement de l’ONU et offrir simultanément plus de possibilités aux pays en développement de mieux participer aux négociations.

Est-ce que les résultats du Sommet mondial sur la société de linformation pourraient aider dans ce contexte?
Cela aiderait bien sûr. Mais beaucoup peut déjà être fait à petite échelle, même si les résultats du Sommet ne laissent pas entrevoir de changements majeurs à une plus grande dimension.

Interview by Sergio da Silva, ONU/STIC