UNSpecial N° 625 — Janvier – January 2004
 

j.M.Jakobowicz 2005: année de l’amour ou du microcrédit?

Tout comme la Révolution française avait créé son propre calendrier, l’ONU est en passe de faire la même chose. La seule différence, c’est que les chiffres ont été remplacés par des grands thèmes. 2002 était l’année internationale de la montagne et de l’écotourisme, 2003 celle de l’eau douce, 2004 est l’année internationale du riz (n’oubliez pas d’envoyer vos recettes à unspecial@unece.org), et 2005 sera l’année du microcrédit (sic). Quant aux «saints» onusiens quotidiens, ils ont pour noms poétiques: Journée internationale de la langue maternelle; Journée des Nations Unies pour les droits de la femme et la paix internationale; Journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement; Journée des Nations Unies pour le service public; Journée internationale des coopératives, … j’en passe et des meilleurs.

Seul grand absent de cette liste interminable: l’amour. Je sais, vous allez me dire que c’est horriblement naïf et digne de la génération « Peace and love » depuis longtemps oubliée! Et vous aurez raison! L’amour ne saurait avoir une place dans un magazine comme UN Special et encore moins dans une organisation aussi sérieuse que les Nations Unies.

C’est pourquoi l’organisation de la journée internationale de l’amour, la Saint-Valentin, est laissée aux bons soins du secteur privé qui, lui, sait donner dans la futilité. Ici, nous sommes des gens sérieux, alors l’amour, on ne connaît pas.

D’ailleurs, imaginez un instant un document des Nations Unies sur l’année internationale de l’amour qui commencerait ainsi: Amour: [inclinaison] [partagée ou non] envers une [personne] du [sexe] opposé [ou non] [le plus souvent à caractère passionnel], [fondée sur l’instinct sexuel], [mais entraînant des comportements variés] (les textes entre crochets n’ont pas obtenu l’assentiment de toutes les parties). Imaginez de surcroît des forums ou des ateliers où des délégués de tous les pays viendraient partager les expériences nationales dans ce domaine et, qui sait, préparer des recommandations ou des lignes directrices.

Ou bien encore cette circulaire administrative qui demanderait à chaque chef de département d’introduire l’amour dans toutes les activités du secrétariat. Non, c’est totalement impossible! L’amour est un «sentiment» personnel et ne saurait faire l’objet d’un débat public. Ce n’est pas comme la haine ou la violence qui, elles, sont des «sentiments» collectifs qui méritent des documents, des séminaires et des études complémentaires.

Si, malgré tout, Monsieur le Secrétaire général, l’Assemblée générale dans sa grande sagesse décidait de décréter 2005 l’année internationale de l’amour et non celle du microcrédit, UN Special est tout à fait prêt à vous apporter son soutien intellectuel et … physique.

Meilleurs voux.
Le rédacteur en chef, Jean Michel Jakobowicz.