Edith Habersaat, écrivaine genevoise:
Vivre avec de la Musique à lintérieur
Des voyages psychologiques
Evelina Rioukhina, UNECE
Interview with
Edith Habersaat,
écrivaine genevoise
While Swiss artists, such as painters, or architects are well known in international circles, Swiss literature is an area of art mainly unknown or undiscovered.
There are several obvious reasons. One is that Switzerland is the country of four official languages, and this reflects on its literature. Not so many of us international staff are fluent in German or Italian (and hardly anybody is fluent in Romanch!). And even for the majority who are fluent in French, the literature of Swiss Romande is regretfully not well known or not known at all. French language teaching for foreigners in language schools/universities (also in UN language courses) is based on the literature of France. The literature of Swiss Romande is neglected. However, as I know, many of my colleagues would love to get acquainted with the writers of Switzerland, especially in the French speaking part of the country and in particular of Geneva, city of Calvin, city of world politics, our common international home. The writers of Geneva the cultural and intellectual elite of this city who are they, what are they writing about, what problems are they interested in?
I would like to introduce you to a very talented writer, létoile de la literature Suisse Romande, Edith Habersaat. How more precisely to describe Edith Habersaat, so that an international audience could understand her?. Perhaps, I could say it the following way: if you are fond of the psychological analysis of Dostoyevsky, you would certainly appreciate Edith Habersaat; if you know and like the alliterations of the producer Andrei Tarkovsky, especially his film Mirror, read Edith Habersaats ìLes Enfants de la Brume. You will certainly be conquered by the symbols and images the writer creates. And if you are fond of Mozart, read all novels of Edith Habersaat, as Mozart is in each of her novels. It is not only the genuine music of the French language, is it not only the harmony of phrases and richness of vocabulary, there is a real symphony of depth, images, words and sounds, penetrating your soul, heart and emotions. Synthesising the special way of expression of these three talents, Edith Habersaat has a light of her own. Her literary talent undoubtedly brought innovations to the literary styles and modern literature.
Please remember this name: Edith Habersaat. For those, to whom it will be difficult to read her novels, which are in French (and they exist only in French!) this introduction is intended to help you make acquaintance with this writer from Geneva. Those who would like to learn more about her and her work, let us go together on a psychological journey through the books of Edith Habersaat.
Edith Habersaat est une écrivaine hors de commun que jai eu le plaisir et lhonneur de rencontrer lors dun séjour à létranger. Et cest au travers de nos nombreuses conversations que je suis parvenue peu à peu à la connaître. Au surplus, jai eu le privilège dêtre en quelque sorte témoin de la naissance de son dernier ouvrage. Edith Habersaat ma impressionnée par sa personnalité, mais ce qui est le plus important, par la profondeur de sa production littéraire et par la dimension des sujets quelle y aborde.
Chaque livre est un long voyage psychologique. La plus remarquable
analyse de ce genre apparaît essentiellement, me semblet-il, dans
deux de ses ouvrages ayant pour thème principal la peine de mort.
il sagit respectivement dune pièce de théâtre
La Cellule des Ombres ou La Pétition (dédiée
à Mumia Abu Jamal) et dun roman intitulé Les
Chevaux du Crépuscule où lécrivaine
décrit les souffrances et les émotions dun jeune
condamné maintenant exécuté en dépit de
divers et nombreux mouvements de protestations face à ce châtiment.
Chaque livre est également un reflet de notre quotidien que lécrivaine connaît dautant mieux quelle est professeur dans une école secondaire de Genève, donc confrontée depuis longtemps aux problèmes des adolescents, à leurs conflits avec les adultes, à leur déperdition et à leurs violences. Ainsi dans louvrage ayant pour titre Un Mur dans les étoiles, entre autres publications concernant les jeunes.
Et de chaque livre surgit un cri démotion à propos de notions intemporelles telles lamour, pour ne citer que celle-ci. Ce nest pas par hasard si les mots de Dostoïevski sont en exergue dans son roman La Femme Dévisagée. «Sur notre terre, nous ne pouvons aimer quavec douleur, et seulement à travers la douleur. Nous ne savons pas aimer autrement, nous ne connaissons pas dautre amour». Lécrivaine nous invite à nous pencher sur tous ces petits gestes, ces mots aussi, qui font et défont un couple.
Quand à lécriture, elle sapparente à une ouvre musicale, peut-être symphonique, un peu comme si les lettres se faisaient notes, et vice versa. Il y a les intermèdes, des octaves, et le dernier roman de lécrivaine (Les enfants de la Brume) est un chef douvre de ce genre dexpression. On pourrait néanmoins se demander sil est aisé ou non de lire les romans dEdith Habersaat. A mon sens, il ny a pas de réponse absolue. tout dépend de la sensibilité du lecteur, de sa finesse dâme. Il faut en effet être doté de cette profondeur pour ressentir et partager la musique intérieure de cette oeuvre avec son auteur; pour en saisir toute la poésie. Entrer dans les publications dEdith Habersaat implique une certaine perception de la Musique. La Musique qui nexiste quavec une lettre majuscule. Il faut avoir beaucoup de place à lintérieur pour recevoir la Musique. Les notes en effet senflent à ce point de beauté que lorsquelles nont plus despace pour se mouvoir, elles débordent de partout; lharmonie est dedans, dehors, alors on nest plus vraiment soi, avec un corps lourd du poids des papillons morts. on devient cette vague impalpable qui accède à la Grâce, fait dire lauteur à la petite Carina, le personnage central de ce roman, une fillette née durant la dernière guerre mondiale et issue dun milieu modeste. Son enfance et son adolescence sont une époque de brumes. Carina est confrontée à des situations difficiles, choquantes aussi, mais elle garde une certaine force. celle qui lui a permis de devenir quelquun, répondant ainsi à une volonté de son père. A lâge adulte, elle tente de vivre au présent, mais des réminiscences la ramènent fréquemment au passé. Elle voyage entre la réalité et la mémoire des brumes jusquà linstant où elle franchit le Pont de la Rivière Kwai, un pont édifié au-dessus des Saisons, un pont symbolique dun moment of truth. Cest la photo de ce pont qui constitue la page de couverture de ce dernier ouvrage.
Les Enfants de la Brume vient de paraître et il y a quelques
semaines, jai assisté à la présentation de
ce roman à la librairie LInédite, à
Genève. Le cercle était petit. une psychologue, une journaliste,
une enseignante, des élèves, des amis, des admirateurs,
et bien entendu, lépoux de lauteur, Jean-Pierre,
qui est en quelque sorte son complice dans cette carrière littéraire.
Brève introduction, présentations, échanges didées,
de commentaires, et lécrivaine ouvre ensuite son roman
et lit quelques mots prêtés à la petite Carina:
Quand ça sera le moment de mourir pour moi, jaimerais
que ce soit avec de la musique aussi. Pour sûr alors que je naurai
plus peur
Jai regardé cette femme très mince, très gracieuse, et en même temps très fragile, et jai compris soudain que cétait les paroles de lécrivaine elle-même; quelle nous les communiquait par le biais de lenfant. Je lai vu très fragile, certes, mais également très forte avec cette musique à lintérieur. Cette musique qui a permis à Carina de surmonter bien des obstacles; qui a aussi donné à Edith Habersaat la force de surmonter les difficultés de sa propre vie et, peut-être, celle décrire de si remarquables romans.




Pour présenter Edith Habersaat de manière aussi exhaustive que possible, je suis allée à sa rencontre la veille du Nouvel An et je lui ai posé quelques questions susceptibles, je pense, dintéresser les lecteurs de notre magazine.
Vous êtes lun des auteurs les
plus connus en Suisse Romande. Comment vivez-vous cette activité
littéraire?
Je la vis essentiellement en été! En effet, étant
professeur de français à plein temps, critique littéraire
également, mais cela ponctuellement, je ne maccorde que
« les grandes vacances » pour lécriture dun
ouvrage. Etre écrivain, ce nest pas un métier, mais
une passion. Une nécessité, voire une urgence, en ce qui
me concerne. Je traite de ce qui me touche. la nature humaine.
Votre littérature est élitaire
et destinée donc à des lecteurs dun certain niveau,
me semble-t-il; elle devrait en effet être lue «à
tête reposée». Est-ce une impression subjective de
ma part ?
Il est vrai que mes ouvrages ne sont pas forcément ce que lon
nomme «des livres de vacances» étant donné
quen dépit de touches dhumour, les thèmes
abordés concernent de grandes questions et que les «intrigues»
ne sont pas forcément « étoffées »,
mais lécriture nest-elle pas une «intrigue»
en soi?
Vous avez obtenu le Prix de la Ville de
Genève, entre autres récompenses. Pouvez-vous nous en
dire quelques mots?
Je lai obtenu en 1980, pour LAge de Feu, un roman
traitant du problème de la drogue chez les adolescents. Je me
suis inspirée du drame de lune de mes élèves,
cela avec son consentement, bien sûr!
Genève, la ville internationale.
La ville des organisations internationales, le siège des Nations
Unies européennes. Quel regard portez-vous sur la présence
des Nations Unies?
Un regard tout à fait positif en ce sens que par ses diverses
activités, lONU se penche sur des problèmesqui minterpellent
profondément et qui, partant, font lobjet de bon nombre
de mes ouvrages. Je soutiens (et non seulement moralement !) des organes
comme lUNICEF ou le Comité contre la torture, par exemple.
Je pense aussi quil est indispensable quune telle Organisation
vérifie que les pays signataires des traités internationaux
respectent vraiment les conventions quils ont signées.
Quelle activité des Nations Unies
vous est la plus proche?
Celle des Droits de lHomme. Je suis très heureuse que
le siège de cette Commission se trouve à Genève
! Cette notion de droits droits à la dignité,
par exemple je lai défendue dans deux de mes ouvrages
traitant de la peine de mort et, dans pratiquement tous mes livres,
il y a une lutte allant dans cette direction. Une lutte que je mène
également dans le quotidien...
Si vous aviez la possibilité de vous
adresser aux gens de toutes nationalités à la fois, cela
par le biais des fonctionnaires internationaux, que leur diriezvous?
Je leur dirais sans doute que bien que nous soyons tous différents,
tant par la race, le statut socio-culturel, la langue, la personnalité
et tellement dautres éléments plus ou moins importants,
je veux croire quil peut exister un trait dunion entre nous
et, pour moi dune manière très métaphorique
ce lien, cest Mozart. Alors que celles et ceux qui portent
Mozart en leur intériorité préservent sa Musique.
ce sera certainement leur force...
Edith Habersaat est née à Genève en 1941. Professeur dans lenseignement secondaire, critique littéraire et auteur de 24 ouvrages, elle a obtenu le Prix offert par la Ville de Genève 1981 pour LAge de Feu, le Prix Alpes-Jura 1989 pour Des Plis dans lAube et, en 1990, le Prix de la Nouvelle (Alliance culturelle romande) pour LArbre Rouge.