UNSPECIAL No 625 JANUARY 2004 - JANVIER 2004

EDITORIAL

2005: année de l'amour ou du microcrédit?
2005: Year of Love or of Microcredit?

INTERVIEW

Spam, Spam, Spam, a nice tune for a pain 

PERSONNEL

Enjeux du développement durable et du Pacte mondial
Issues relating to sustainable development and the Global Compact 

SERVICES

Hi-tech et diplomatie 
Le salon des délégués retrouve ses couleurs 
Contacts utiles – Useful contact information 

FÊTES DE FIN D’ANNÉE

Annual Solidarity fair
Fête de Noël à l’ONU

GLOBE

Тсинги - каменный лес Мадагаскара
Meditations. “The world in a village” 
Sommet mondial de l’information
Pourquoi ne pas le faire (9)
Pourquoi ne pas le faire (10)
In full swing
Des voyages psychologiques
Année internationale de la montagne, 2002 

FEUILLETON

Mélanie (English)
Mélanie (French)



 

 

Edith Habersaat, écrivaine genevoise:
Vivre avec de la Musique à l’intérieur

Des voyages psychologiques

Evelina Rioukhina, UNECE

 

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While Swiss artists, such as painters, or architects are well known in international circles, Swiss literature is an area of art mainly unknown or undiscovered.

There are several obvious reasons. One is that Switzerland is the country of four official languages, and this reflects on its literature. Not so many of us international staff are fluent in German or Italian (and hardly anybody is fluent in Romanch!). And even for the majority who are fluent in French, the literature of Swiss Romande is regretfully not well known or not known at all. French language teaching for foreigners in language schools/universities (also in UN language courses) is based on the literature of France. The literature of Swiss Romande is neglected. However, as I know, many of my colleagues would love to get acquainted with the writers of Switzerland, especially in the French speaking part of the country and in particular of Geneva, city of Calvin, city of world politics, our common international home. The writers of Geneva – the cultural and intellectual elite of this city – who are they, what are they writing about, what problems are they interested in?

I would like to introduce you to a very talented writer, l’étoile de la literature Suisse Romande, Edith Habersaat. How more precisely to describe Edith Habersaat, so that an international audience could understand her?. Perhaps, I could say it the following way: if you are fond of the psychological analysis of Dostoyevsky, you would certainly appreciate Edith Habersaat’; if you know and like the alliterations of the producer Andrei Tarkovsky, especially his film “Mirror”, read Edith Habersaat’s ìLes Enfants de la Brume”. You will certainly be conquered by the symbols and images the writer creates. And if you are fond of Mozart, read all novels of Edith Habersaat, as Mozart is in each of her novels. It is not only the genuine music of the French language, is it not only the harmony of phrases and richness of vocabulary, there is a real symphony of depth, images, words and sounds, penetrating your soul, heart and emotions. Synthesising the special way of expression of these three talents, Edith Habersaat has a light of her own. Her literary talent undoubtedly brought innovations to the literary styles and modern literature.

Please remember this name: Edith Habersaat. For those, to whom it will be difficult to read her novels, which are in French (and they exist only in French!) this introduction is intended to help you make acquaintance with this writer from Geneva. Those who would like to learn more about her and her work, let us go together on a psychological journey through the books of Edith Habersaat.

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Edith Habersaat est une écrivaine hors de commun que j’ai eu le plaisir et l’honneur de rencontrer lors d’un séjour à l’étranger. Et c’est au travers de nos nombreuses conversations que je suis parvenue peu à peu à la connaître. Au surplus, j’ai eu le privilège d’être en quelque sorte témoin de la naissance de son dernier ouvrage. Edith Habersaat m’a impressionnée par sa personnalité, mais ce qui est le plus important, par la profondeur de sa production littéraire et par la dimension des sujets qu’elle y aborde.

Chaque livre est un long voyage psychologique. La plus remarquable analyse de ce genre apparaît essentiellement, me semblet-il, dans deux de ses ouvrages ayant pour thème principal la peine de mort. il s’agit respectivement d’une pièce de théâtre La Cellule des Ombres ou La Pétition (dédiée à Mumia Abu Jamal) et d’un roman intitulé Les Chevaux du Crépuscule où l’écrivaine décrit les souffrances et les émotions d’un jeune condamné maintenant exécuté en dépit de divers et nombreux mouvements de protestations face à ce châtiment.

Chaque livre est également un reflet de notre quotidien que l’écrivaine connaît d’autant mieux qu’elle est professeur dans une école secondaire de Genève, donc confrontée depuis longtemps aux problèmes des adolescents, à leurs conflits avec les adultes, à leur déperdition et à leurs violences. Ainsi dans l’ouvrage ayant pour titre Un Mur dans les étoiles, entre autres publications concernant les jeunes.

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Et de chaque livre surgit un cri d’émotion à propos de notions intemporelles telles l’amour, pour ne citer que celle-ci. Ce n’est pas par hasard si les mots de Dostoïevski sont en exergue dans son roman La Femme Dévisagée. «Sur notre terre, nous ne pouvons aimer qu’avec douleur, et seulement à travers la douleur. Nous ne savons pas aimer autrement, nous ne connaissons pas d’autre amour». L’écrivaine nous invite à nous pencher sur tous ces petits gestes, ces mots aussi, qui font et défont un couple.

Quand à l’écriture, elle s’apparente à une œuvre musicale, peut-être symphonique, un peu comme si les lettres se faisaient notes, et vice versa. Il y a les intermèdes, des octaves, et le dernier roman de l’écrivaine (Les enfants de la Brume) est un chef d’œuvre de ce genre d’expression. On pourrait néanmoins se demander s’il est aisé ou non de lire les romans d’Edith Habersaat. A mon sens, il n’y a pas de réponse absolue. tout dépend de la sensibilité du lecteur, de sa finesse d’âme. Il faut en effet être doté de cette profondeur pour ressentir et partager la musique intérieure de cette oeuvre avec son auteur; pour en saisir toute la poésie. Entrer dans les publications d’Edith Habersaat implique une certaine perception de la Musique. La Musique qui n’existe qu’avec une lettre majuscule. Il faut avoir beaucoup de place à l’intérieur pour recevoir la Musique. Les notes en effet s’enflent à ce point de beauté que lorsqu’elles n’ont plus d’espace pour se mouvoir, elles débordent de partout; l’harmonie est dedans, dehors, alors on n’est plus vraiment soi, avec un corps lourd du poids des papillons morts. on devient cette vague impalpable qui accède à la Grâce, fait dire l’auteur à la petite Carina, le personnage central de ce roman, une fillette née durant la dernière guerre mondiale et issue d’un milieu modeste. Son enfance et son adolescence sont une époque de brumes. Carina est confrontée à des situations difficiles, choquantes aussi, mais elle garde une certaine force. celle qui lui a permis de devenir quelqu’un, répondant ainsi à une volonté de son père. A l’âge adulte, elle tente de vivre au présent, mais des réminiscences la ramènent fréquemment au passé. Elle voyage entre la réalité et la mémoire des brumes jusqu’à l’instant où elle franchit le Pont de la Rivière Kwai, un pont édifié au-dessus des Saisons, un pont symbolique d’un moment of truth. C’est la photo de ce pont qui constitue la page de couverture de ce dernier ouvrage.

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Les Enfants de la Brume vient de paraître et il y a quelques semaines, j’ai assisté à la présentation de ce roman à la librairie L’Inédite, à Genève. Le cercle était petit. une psychologue, une journaliste, une enseignante, des élèves, des amis, des admirateurs, et bien entendu, l’époux de l’auteur, Jean-Pierre, qui est en quelque sorte son complice dans cette carrière littéraire. Brève introduction, présentations, échanges d’idées, de commentaires, et l’écrivaine ouvre ensuite son roman et lit quelques mots prêtés à la petite Carina: Quand ça sera le moment de mourir pour moi, j’aimerais que ce soit avec de la musique aussi. Pour sûr alors que je n’aurai plus peur …

J’ai regardé cette femme très mince, très gracieuse, et en même temps très fragile, et j’ai compris soudain que c’était les paroles de l’écrivaine elle-même; qu’elle nous les communiquait par le biais de l’enfant. Je l’ai vu très fragile, certes, mais également très forte avec cette musique à l’intérieur. Cette musique qui a permis à Carina de surmonter bien des obstacles; qui a aussi donné à Edith Habersaat la force de surmonter les difficultés de sa propre vie et, peut-être, celle d’écrire de si remarquables romans.

Pour présenter Edith Habersaat de manière aussi exhaustive que possible, je suis allée à sa rencontre la veille du Nouvel An et je lui ai posé quelques questions susceptibles, je pense, d’intéresser les lecteurs de notre magazine.

Vous êtes l’un des auteurs les plus connus en Suisse Romande. Comment vivez-vous cette activité littéraire?

Je la vis essentiellement en été! En effet, étant professeur de français à plein temps, critique littéraire également, mais cela ponctuellement, je ne m’accorde que « les grandes vacances » pour l’écriture d’un ouvrage. Etre écrivain, ce n’est pas un métier, mais une passion. Une nécessité, voire une urgence, en ce qui me concerne. Je traite de ce qui me touche. la nature humaine.

Votre littérature est élitaire et destinée donc à des lecteurs d’un certain niveau, me semble-t-il; elle devrait en effet être lue «à tête reposée». Est-ce une impression subjective de ma part ?

Il est vrai que mes ouvrages ne sont pas forcément ce que l’on nomme «des livres de vacances» étant donné qu’en dépit de touches d’humour, les thèmes abordés concernent de grandes questions et que les «intrigues» ne sont pas forcément « étoffées », mais l’écriture n’est-elle pas une «intrigue» en soi?

Vous avez obtenu le Prix de la Ville de Genève, entre autres récompenses. Pouvez-vous nous en dire quelques mots?

Je l’ai obtenu en 1980, pour L’Age de Feu, un roman traitant du problème de la drogue chez les adolescents. Je me suis inspirée du drame de l’une de mes élèves, cela avec son consentement, bien sûr!

Genève, la ville internationale. La ville des organisations internationales, le siège des Nations Unies européennes. Quel regard portez-vous sur la présence des Nations Unies?

Un regard tout à fait positif en ce sens que par ses diverses activités, l’ONU se penche sur des problèmesqui m’interpellent profondément et qui, partant, font l’objet de bon nombre de mes ouvrages. Je soutiens (et non seulement moralement !) des organes comme l’UNICEF ou le Comité contre la torture, par exemple. Je pense aussi qu’il est indispensable qu’une telle Organisation vérifie que les pays signataires des traités internationaux respectent vraiment les conventions qu’ils ont signées.

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Quelle activité des Nations Unies vous est la plus proche? 

Celle des Droits de l’Homme. Je suis très heureuse que le siège de cette Commission se trouve à Genève ! Cette notion de droits – droits à la dignité, par exemple – je l’ai défendue dans deux de mes ouvrages traitant de la peine de mort et, dans pratiquement tous mes livres, il y a une lutte allant dans cette direction. Une lutte que je mène également dans le quotidien...

Si vous aviez la possibilité de vous adresser aux gens de toutes nationalités à la fois, cela par le biais des fonctionnaires internationaux, que leur diriezvous? 

Je leur dirais sans doute que bien que nous soyons tous différents, tant par la race, le statut socio-culturel, la langue, la personnalité et tellement d’autres éléments plus ou moins importants, je veux croire qu’il peut exister un trait d’union entre nous et, pour moi – d’une manière très métaphorique – ce lien, c’est Mozart. Alors que celles et ceux qui portent Mozart en leur intériorité préservent sa Musique. ce sera certainement leur force...

• Edith Habersaat est née à Genève en 1941. Professeur dans l’enseignement secondaire, critique littéraire et auteur de 24 ouvrages, elle a obtenu le Prix offert par la Ville de Genève 1981 pour L’Age de Feu, le Prix Alpes-Jura 1989 pour Des Plis dans l’Aube et, en 1990, le Prix de la Nouvelle (Alliance culturelle romande) pour L’Arbre Rouge.