UNSpecial N° 624 — Decembre – December 2003
 

Mélanie Mercier née Markowitz (9)

L’enlèvement

Jean Michel Jakobowicz, ONU

Mélanie Mercier née Markowitz, chef économiste adjoint
dans le Département des projections de l’Organisation
est la cible d’étranges messages qui menacent ses enfants
Isabelle 8 ans et Benjamin 10 ans au point qu’elle décide de les
mettre à l’abri chez ses parents à Paris. Entre temps, son
collègue David Garrido, qui essaie de l’aider à démêler les fils
de son histoire, est retrouvé assassiné. En arrière plan, un
mystérieux groupe de financiers s’apprête à manipuler les
marchés. (Vous pouvez retrouver les huit premiers épisodes de
Mélanie sur le site Internet de UN Special:
http://www.unspecial.org)

Jeudi 13:40, gare de Cornavin. Mélanie Mercier née Markowitz , attend l’arrivée de son père et des enfants devant la voie 6, juste après la douane. Les premiers passagers sortent en courant. Mélanie se met sur la pointe des pieds pour essayer de voir arriver ses enfants. Rien ! Ils ont dû être retardés. Il est vrai que son père ne marche plus très vite.

Le temps passe, Mélanie est de plus en plus impatiente. Enfin, la dernière passagère, une vieille dame poussant un énorme chariot passe la porte automatique. – Il n’y a plus personne, lui demande Mélanie?
– Non, répond la vieille dame. Je suis vraiment la dernière. Une dame toute aussi vieille, mais qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau se précipite vers la nouvelle arrivante entraînée par un énorme chien. Elles s’embrassent !

Mélanie regarde autour d’elle, puis sort son téléphone poratable. Elle compose lentement un numéro. Puis reprend profondément son souffle comme avant de plonger dans une eau trop froide.
– Allo ! Maman ! Oui c’est moi Mélanie. Tu ne sais pas quand papa a pris le train avec les enfants.
– …

– Non, pour rien ! je dois les avoir ratés parce que je ne les ai pas vu descendre. – …

– Mais non, ne t’en fais pas. Pourquoi veux-tu qu’il leur soit arrivé quelque chose. Non, je te dis j’ai dû les rater.
– …

– Oui, je te rappelle dès que je les ai retrouvés.

Mélanie referme son portable et se dirige vers la sortie. Elle jette un coup d’oil à la station de taxis, puis à celle des bus. Hésite un instant puis prend le bus pour rentrer chez elle. Par acquis de conscience, elle téléphone à la maison. Mais le téléphone sonne dans le vide.

Vingt minutes plus tard elle arrive devant chez elle. Elle ouvre la porte de son appartement et appelle : – Papa, Isabelle, Benjamin. Vous êtes là? Pas de réponse. Elle se dirige vers la cuisine et se verse un grand verre d’eau. Puis elle va dans sa chambre et s’allonge sur le lit. Elle ferme un instant les yeux et décroche le téléphone. Elle compose un numéro et attend.
– Allo ! C’est toi Jérôme. C’est moi Mélanie ! Excuse-moi de te déranger au travail. Mais …
– Les enfants sont arrivés, coupe Jérôme, son ex-mari. – Non, justement c’est pour ça que je te téléphone. Ils devaient arriver par le train de 13 heures 40 et je ne sais pas… j’ai dû les rater, mais je ne les ai pas vus.
– Tu es certaine qu’ils ont bien pris ce train? – Ma mère dit qu’ils sont bien partis par le train de 10 heures de Paris. – Ils ont pu le rater ! – Je suppose que s’ils l’avaient raté, ils auraient téléphoné. Je suis morte d’inquiétude. Crois-tu qu’il faille appeler la police? – Si à chaque fois que quelqu’un est en retard il fallait déranger les flics, on n’en finirait pas. T’inquiète, ajouta Jérôme, je m’occupe de tout. – Combien de fois, devrais-je te dire, coupa Mélanie, que je peux me débrouiller seule et que … – Peut-être, mais ce sont aussi MES enfants qui ont disparu. – Qui parle de disparition, dit Mélanie énervée. Il y a quelques minutes à peine c’est toi qui parlait de retard, et maintenant ils ont disparu ! – Je ne te comprendrai jamais. Il y a quelques jours tu flippais parce que tu recevais des messages de menace et maintenant Madame se la joue relax quand les pires menaces se réalisent. Tu … Je … – Je ne me la joue pas relax, j’essaie de réfléchir. En fait, je crois que tu as raison, je vais téléphoner à la police. Et sans attendre, Mélanie raccrocha. Elle poussa un profond soupir. Puis retéléphona à sa mère.

Les hurlements de sa maman devaient s’entendre à travers toute la France. Ce qui ressortait de son discours désordonné, c’est qu’elle l’avait toujours su et que rien de bon ne pouvait survenir à une femme seule. Qu’elle n’aurait jamais dû divorcer etc… Mélanie raccrocha sans attendre la fin. Elle téléphona ensuite à l’inspecteur xxx celui-là même qui l’avait interrogée après la mort de David Garido. La conversation dura quelques minutes au bout desquelles l’inspecteur promis de passer chez elle avant la fin de l’après-midi. Son dernier coup de fil fut pour son secrétaire. Elle lui expliqua avec force détails ce qui venait de se passer. Puis elle raccrocha.

Mélanie erra quelques instants dans son appartement, allant tour à tour de la chambre des enfants à la sienne en passant par le salon. A chaque bruit elle sursautait. A un moment il y eu même une sonnerie de téléphone, mais il s’agissait du téléphone des voisins du dessus. Elle finit par s’allonger sur le lit d’Isabelle où elle s’endormit.

Bourg-en-Bresse, 20 heures 15, Hôtel de la gare chambre 213.
M. Markowitz père est assis sur un canapé avec Isabelle et Benjamin. Tous trois mangent de grosses parts de pizza en regardant la télévision.

– Dis pépé, pourquoi on est là, demande Benjamin ? – Je vous l’ai déjà dit, on fait de l’espionnage, répondit M. Markowitz. – Et qu’est-ce qu’on espionne lui demanda le garçon? – Je n’en sais rien, dit le grand-père. Mais une chose est certaine nous ne bougerons pas d’ici avant que tout danger soit écarté. – De quel danger tu parles pépé, demanda Isabelle?