Mélanie Mercier née Markowitz (8)
Mélanie se lance dans la bataille
Jean Michel Jakobowicz, ONU
Mélanie Mercier née Markowitz, chef
économiste
adjointe dans le Département
des projections de l’Organisation est la cible
d’étranges messages qui menacent ses
enfants,
Isabelle 8 ans et Benjamin 10 ans, au
point qu’elle
décide de les mettre à l’abri chez
ses parents à
Paris. Entre temps, son collègue
David Garrido,
qui tentait de l’aider à démêler
les fils de son
histoire, est retrouvé assassiné.
(Vous pouvez retrouver les sept premiers épisodes
de Mélanie sur le site Internet de UN
Special:
http://www.unspecial.org)
Les jours qui suivirent furent étonnamment euphoriques. Bien sûr, Mélanie ne pouvait pas sempêcher de penser à David, mais tout semblait lui réussir et elle sentait comme un poids en moins sur ses épaules.
Le moment le plus délicieux fut certainement la première réunion qui la mit en présence de toute son équipe. Tous se sentaient un peu coupables de lavoir si lâchement laissé tomber au moment de sa
disgrâce. En quelques mots elle les mit à laise. Par contre, quand Radronovi entra dans la salle, elle prit son ton le plus sérieux pour dire:
Bonjour, Monsieur Radronovi! Que nous vaut le plaisir? Mais je viens à la réunion, dit ce dernier, tout surpris par cette entrée en matière. Mais il ne me semble pas que vous ayez été invité, répondit Mélanie. Dailleurs, ajouta-t-elle, je métonne que vous soyez encore parmi nous, il mavait semblé comprendre que vous étiez muté au service de la gestion des stocks! Quelques rires fusèrent dans la salle de conférences. Radronovi se leva, le visage congestionné, et se dirigea vers la porte. Certains lentendirent même murmurer quelque chose comme "S ! Tu me le paieras!"
Tous étaient daccord, la croissance économique allait être catastrophique. Léconomie mondiale se dirigeait vers une récession monstrueuse et les quelques signaux positifs qui se manifestaient, en particulier aux USA, nétaient dus quà limminence de lélection présidentielle. Ce soubresaut ferait long feu et la crise était inévitable. De toute évidence, ces conclusions allaient à lencontre de tout ce que les autres institutions avaient écrit. Mélanie le savait, mais elle était intimement persuadée quelle avait raison. Et jusquà présent, son intuition « économique » ne lavait jamais trompée.
En fin de semaine, les enfants étaient censés revenir à Genève, accompagnés par leur grand- père. Mélanie était impatiente de retrouver ses petits. Jérôme, son ex, lui avait téléphoné deux fois dans la semaine pour demander de leurs nouvelles. Il lui posa toutes sortes dautres questions qui lui firent plaisir. La période détestable qui avait suivi leur divorce semblait être révolue. Jérôme était beaucoup plus décontracté. Il sintéressait à eux, sans être intrusif.
Mercredi, elle déjeuna avec Julia Thornbird, sa collègue traductrice. Elle semblait des plus moroses. Elles parlèrent de David et de ce qui sétait passé. Mélanie navait de cesse de se reprocher de l « avoir envoyé se faire tuer ». Julia essayait désespérément de lui dire quelle avait tort. Mélanie sentait confusément que son amie, malgré ses dénégations, nen pensait pas moins que tout était de sa faute. Elle ressortit de ce repas au trente-septième dessous. Dans laprès-midi, elle réussit à se reprendre. Même si tel était le cas, elle devait tout faire pour mener sa mission à bien et retrouver les assassins de David. Et maintenant elle nétait plus seule. Jeudi, elle essaya déviter Julia Thornbird à la cafétéria. Mais cette dernière la repéra et se dirigea vers elle sans hésiter.
Tiens, tu mets des lunettes de soleil à lintérieur, maintenant ? demanda-t-elle à son amie. Jai une conjonctivite, lui répondit Julia.
Durant tout le repas, Julia ne cessa de parler de David, comme pour remuer le couteau dans la plaie. A plusieurs reprises, Mélanie fut sur le point de lui confier le plan quils avaient élaboré pour retrouver les assassins. Mais elle se reprit à temps.
Du secret le plus absolu dépendait sa réussite. Au moment de quitter son amie, Mélanie découvrit en se penchant pour récupérer son sac à main que derrière les lunettes noires, Julia cachait un énorme oil au beurre noir et non une conjonctivite. Mélanie nosa rien dire.
Jeudi après-midi, la veille du retour de ses enfants, un message attendait Mélanie dans sa boîte aux lettres électronique. Son origine: ami42312@hotmail.com. Il était relativement court: «Nous savons que tes enfants rentrent demain. Tu peux être certaine que tu ne les reverras pas !» Mélanie ne put réprimer un frisson. Ses mains tremblaient en composant le numéro de téléphone qui lui avait été donné. Ce ne fut quen entendant la voix de Sasaka quelle se reprit.
Il a envoyé un nouveau message, dit-elle avec difficulté. Enfin ! dit Sasaka, je commençais à désespérer. Donc vous faites exactement ce que nous avons décidé lautre nuit. De mon côté, je moccupe du reste avec Julie.
Malgré lassurance de Sasaka, Mélanie nétait pas rassurée. Elle composa le numéro de ses parents.
Allô ! dit sa mère. Et sans lui laisser le temps
de parler, elle ajouta dun seul trait : je ne comprends pas ce
que tu donnes à manger à tes enfants. Ici ils dévorent
alors que chez toi ils ne mangent presque pas. Ce nest pas étonnant
avec la vie que tu mènes
. Maman, coupa Mélanie.
Peux-tu me passer Papa, sil te plaît !
Dès que je te dis des vérités, tu te tournes
vers ton père
je Maman, je ten prie, cest
urgent. Mélanie entendit sa mère appeler « Léon,
cest ta fille qui veut te parler ». Sa mère avait
appuyé sur le « ta fille ». Mélanie néchangea
que quelques mots avec son père. Puis raccrocha.
Une maison de trois étages dans la 87e rue, entre Madison Avenue et la 5e Avenue Erwin Mülbach est au téléphone.
Lopération est prévue pour mercredi prochain.
Elle débutera à Tokyo.
De mon côté, tout semble sous contrôle, ajoutat-il.
Je sais, dit-il excédé, ce sont de petites erreurs qui ne se reproduiront pas. Les chiffres diront ce que nous voulons quils disent, soyez-en certain. Nous avons de très bons arguments pour y parvenir.
A suivre.