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No 623 Octobre - October 2003
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Disparition annoncée des timbres à Genève
Interview avec Marjukka Maja, Agent de vente à lAPNU à Genève. La vente de timbres est votre métier de prédilection ? Non, pas vraiment. Etudiante, jai un peu travaillé à La Poste en Finlande, mais en dehors de cela, je navais ni la connaissance ni un goût particulier pour les timbres. Jaime par contre la vente, le contact avec les clients. Quelles sont les qualités nécessaires à votre métier ? Lécoute, le dialogue, la patience, cest-à-dire le goût du contact. Depuis plus de 33 ans que je vends les timbres des Nations Unies au Palais des Nations, cest ainsi que jai appris à bien connaître mes clients, à les servir au mieux. Les Nations Unies est un lieu multiculturel, en quelles langues parlez-vous ? Je suis finlandaise. En plus de ma langue maternelle, je parle le suédois, le norvégien, lallemand, langlais, le français, lespagnol et litalien. Jaurais bien aimé aussi apprendre le russe plus tard peut-être. Au quotidien cest le français et langlais que jutilise le plus, mais lallemand est très apprécié, particulièrement par mes plus anciens collectionneurs. Qui achète des timbres chez vous ? Il y a quatre types dacheteurs. les néophytes, les connaisseurs, les collectionneurs et les marchands. Sans parler des acheteurs occasionnels qui machètent un ou deux timbres, comme à la Poste, sauf que les miens sont plus beaux! Jessaie toujours de connaître la motivation de mon client, sil achète pour une collection, un souvenir, un cadeau . Son budget aussi est déterminant. Votre arrivée au Palais des Nations à Genève en 1969 correspond à laccord entre les Nations Unies et les PTT suisses et donc aux premiers timbres des Nations Unies en francs suisses. Cest vrai, cétait une époque un peu folle, et révolue. Il y avait alors un véritable engouement, une euphorie pour les timbres. Lactivité était si forte que je devais souvent travailler le week-end. Et les jours démission, cinq ou six jours par an, nous étions jusquà trois personnes au comptoir pour répondre à la demande; avant même que jouvre le comptoir une file dattente patientait. Nos acheteurs inconditionnels venaient autant du Palais que de la ville. Des marchands et des investisseurs mappelaient et me disaient. « Maja, y a t-il quelque chose pour moi? ». Je les attendais parfois même après la fermeture officielle du comptoir. Depuis une dizaine dannées, les affaires sont plus calmes. Les timbres sont toujours aussi beaux mais la passion est moins forte et les jeunes ont dautres centres dintérêt. Le timbre des Nations Unies, une pièce rare qui attire encore lintérêt des visiteurs ? Depuis quelques années, les guides du Palais ne sarrêtent plus à mon kiosque et les touristes quils accompagnent ne sont plus autorisés à se promener dans le parc ou les couloirs du Palais. Seuls les personnes accréditées, ou les initiés qui demandent à accéder aux timbres des Nations Unies, peuvent me rendre visite Ce qui limite fatalement lintérêt, et les ventes! Quel est votre chiffre daffaires pour une journée de vente de timbres ? Environ 100 à 500 francs suisses. Un jour démission, cela peut monter à 2000 francs suisses Dans les années 70 jai même parfois atteint 20 000 francs suisses en une journée. Certains clients, cest plus rare aujourdhui, peuvent dépenser 1000 francs suisses dun coup. Les timbres se vendent sous quelle forme ? Comme dans un bureau de poste, à lunité ou par planche de vingt, mais également par séries. On peut acheter, en francs suisses, lédition Suisse, mais également celle de New York imprimée en dollars ou de Vienne imprimée en euros. On peut aussi acheter, au-delà des timbres dits courants, des timbres commémoratifs. Ceuxci sont émis lors de conférences importantes ou pour soutenir lengagement des Nations Unies par exemple pour les droits de lHomme, la protection de lenfance, ou la lutte contre le sida. Ces timbres commémoratifs ne sont vendus que pendant un an. La série des « espèces menacées dextinction » est tellement appréciée quelle est renouvelée chaque année depuis sa création, en 1993. les ventes se font par blocs de quatre timbres, par feuilles de seize, ou dans un livre présentant les trois séries de timbres dernièrement émis accompagnées dexplications sur chaque animal. Combien coûte ce livre cadeau sur les « espèces menacées dextinction » ? Onze francs suisses, ce qui est correct pour un si beau livre commémoratif. Cest dailleurs notre meilleure vente. Concernant les émissions normales, le prix du livre vendu en fin dannée est un peu plus cher car il y a toutes les émissions de lannée. lédition de Genève 2002 par exemple est à 22,80 francs suisses. Quel est le pays le plus acheteur de timbres des Nations Unies? Actuellement la Chine. Les visiteurs chinois viennent souvent accompagnés dun traducteur et achètent des collections entières. Comment sont créées les cinq ou six émissions de timbres annuelles? Le thème, la création, le choix des artistes sont faits par lONU à New York. Souvent par concours, auxquels peuvent participer les écoles dart. Mais également en reproduisant les œuvres de grands artistes tels que Hans Erni (Suisse), Marc Chagall (France) ou Paul Klee (Allemagne). Certains fonctionnaires de lONU à Genève, ont également pu exprimer leur art, comme Sergio Da Silva qui a illustré dune de ses photographies lenveloppe du premier jour démission des timbres sur leau douce en juillet 2003. Cette émission, grâce à lAdministrateur chargé de lAPNU à Genève, M. Pierre Torrelli, a également bénéficié de loblitération des Nations Unies. Vous allez quitter les Nations Unies à la fin du mois doctobre, qui vous remplacera? Lessentiel de lactivité du bureau de Genève vient dêtre transféré à Vienne courant septembre. Une jeune femme assurera les ventes de timbres ici, au Palais des Nations, quelques heures par jour. Mon époque est révolue. Avec cette jeune femme, je participerai à ma dernière émission importante, le 24 octobre, sur lhéritage mondial, la collection annuelle et un timbre régulier en mémoire des morts de Bagdad. Quel est votre meilleur souvenir ? Jai plusieurs souvenirs très forts, jai connu beaucoup démotions, jai rencontré des gens merveilleux. A travailler aux Nations Unies, on devient meilleur, on apprend la tolérance, à accepter les autres, à saccepter soi-même également. Au contact des autres, je me suis beau- coup enrichie. Je suis très heureuse davoir travaillé aux Nations Unies et jen suis très reconnaissante. Interview avec Emmanuelle Gantet. |
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