UNSPECIAL No 623 Octobre - October 2003

EDITORIAL

Deux misérables questions
Two miserable questions

INTERVIEWS

UNCTAD after Cancún
Disparition annoncée des timbres à Genève

PERSONNEL

L’ONU se met en trois.
Inauguration du mémorial.
Unveiling of Memorial to UN colleagues
Merci
News from the field
Merit pay
9th Annual Solidarity Fair at WHO 
9e Fête annuelle de solidarité à l’OMS
Sulafa

CACTUS & ROSES

SERVICES

A tous les utilisateurs d'Intranet
SBST: L’air du temps
BES: Room temperature  
Côté cour – Garden side
ITU Telecom World 2003
Did you know that

GLOBE

Серны, козероги, сурки и другие...
World sight day: 9 october 2003
Pourquoi ne pas le faire? (5)
Pourquoi ne pas le faire? (6)
Un des buts de la Francophonie
Why America still needs the UN
Shashi Tharoor: l’Emeute 
“Tell me about Bangladesh”
Nedd Willard’s Logbook
Getting-on-board v.s. going-to-bed

ARTS

Au théâtre ce soir
2004: International Year of Rice! 
2004: année internationale du riz!

FEUILLETON

Mélanie starts to fight
Mélanie se lance dans la bataille


 

 

Disparition annoncée des timbres à Genève

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Interview avec Marjukka Maja, Agent de vente à l’APNU à Genève.

La vente de timbres est votre métier de prédilection ? 

Non, pas vraiment. Etudiante, j’ai un peu travaillé à La Poste en Finlande, mais en dehors de cela, je n’avais ni la connaissance ni un goût particulier pour les timbres. J’aime par contre la vente, le contact avec les clients.

Quelles sont les qualités nécessaires à votre métier ?

L’écoute, le dialogue, la patience, c’est-à-dire le goût du contact. Depuis plus de 33 ans que je vends les timbres des Nations Unies au Palais des Nations, c’est ainsi que j’ai appris à bien connaître mes clients, à les servir au mieux.

Les Nations Unies est un lieu multiculturel, en quelles langues parlez-vous ? 

Je suis finlandaise. En plus de ma langue maternelle, je parle le suédois, le norvégien, l’allemand, l’anglais, le français, l’espagnol et l’italien. J’aurais bien aimé aussi apprendre le russe… plus tard peut-être. Au quotidien c’est le français et l’anglais que j’utilise le plus, mais l’allemand est très apprécié, particulièrement par mes plus anciens collectionneurs.

Qui achète des timbres chez vous ?

Il y a quatre types d’acheteurs. les néophytes, les connaisseurs, les collectionneurs et les marchands. Sans parler des acheteurs occasionnels qui m’achètent un ou deux timbres, comme à la Poste, sauf que les miens sont plus beaux! J’essaie toujours de connaître la motivation de mon client, s’il achète pour une collection, un souvenir, un cadeau…. Son budget aussi est déterminant. 

Votre arrivée au Palais des Nations à Genève en 1969 correspond à l’accord entre les Nations Unies et les PTT suisses et donc aux premiers timbres des Nations Unies en francs suisses.

C’est vrai, c’était une époque un peu folle, et révolue. Il y avait alors un véritable engouement, une euphorie pour les timbres. L’activité était si forte que je devais souvent travailler le week-end. Et les jours d’émission, cinq ou six jours par an, nous étions jusqu’à trois personnes au comptoir pour répondre à la demande; avant même que j’ouvre le comptoir une file d’attente patientait. Nos acheteurs inconditionnels venaient autant du Palais que de la ville. Des marchands et des investisseurs m’appelaient et me disaient. « Maja, y a t-il quelque chose pour moi? ». Je les attendais parfois même après la fermeture officielle du comptoir. Depuis une dizaine d’années, les affaires sont plus calmes. Les timbres sont toujours aussi beaux mais la passion est moins forte et les jeunes ont d’autres centres d’intérêt.

Le timbre des Nations Unies, une pièce rare qui attire encore l’intérêt des visiteurs ? 

Depuis quelques années, les guides du Palais ne s’arrêtent plus à mon kiosque et les touristes qu’ils accompagnent ne sont plus autorisés à se promener dans le parc ou les couloirs du Palais. Seuls les personnes accréditées, ou les initiés qui demandent à accéder aux timbres des Nations Unies, peuvent me rendre visite… Ce qui limite fatalement l’intérêt, et les ventes!

Quel est votre chiffre d’affaires pour une journée de vente de timbres ?

Environ 100 à 500 francs suisses. Un jour d’émission, cela peut monter à 2000 francs suisses Dans les années 70’ j’ai même parfois atteint 20 000 francs suisses en une journée. Certains clients, c’est plus rare aujourd’hui, peuvent dépenser 1000 francs suisses d’un coup.

Les timbres se vendent sous quelle forme ?

Comme dans un bureau de poste, à l’unité ou par planche de vingt, mais également par séries. On peut acheter, en francs suisses, l’édition Suisse, mais également celle de New York imprimée en dollars ou de Vienne imprimée en euros. On peut aussi acheter, au-delà des timbres dits courants, des timbres commémoratifs. Ceuxci sont émis lors de conférences importantes ou pour soutenir l’engagement des Nations Unies par exemple pour les droits de l’Homme, la protection de l’enfance, ou la lutte contre le sida. Ces timbres commémoratifs ne sont vendus que pendant un an. La série des « espèces menacées d’extinction » est tellement appréciée qu’elle est renouvelée chaque année depuis sa création, en 1993. les ventes se font par blocs de quatre timbres, par feuilles de seize, ou dans un livre présentant les trois séries de timbres dernièrement émis accompagnées d’explications sur chaque animal.

Combien coûte ce livre cadeau sur les « espèces menacées d’extinction » ? 

Onze francs suisses, ce qui est correct pour un si beau livre commémoratif. C’est d’ailleurs notre meilleure vente. Concernant les émissions normales, le prix du livre vendu en fin d’année est un peu plus cher car il y a toutes les émissions de l’année. l’édition de Genève 2002 par exemple est à 22,80 francs suisses.

Quel est le pays le plus acheteur de timbres des Nations Unies?

Actuellement la Chine. Les visiteurs chinois viennent souvent accompagnés d’un traducteur et achètent des collections entières.

Comment sont créées les cinq ou six émissions de timbres annuelles? 

Le thème, la création, le choix des artistes sont faits par l’ONU à New York. Souvent par concours, auxquels peuvent participer les écoles d’art. Mais également en reproduisant les œuvres de grands artistes tels que Hans Erni (Suisse), Marc Chagall (France) ou Paul Klee (Allemagne). Certains fonctionnaires de l’ONU à Genève, ont également pu exprimer leur art, comme Sergio Da Silva qui a illustré d’une de ses photographies l’enveloppe du premier jour d’émission des timbres sur l’eau douce en juillet 2003. Cette émission, grâce à l’Administrateur chargé de l’APNU à Genève, M. Pierre Torrelli, a également bénéficié de l’oblitération des Nations Unies.

Vous allez quitter les Nations Unies à la fin du mois d’octobre, qui vous remplacera? 

L’essentiel de l’activité du bureau de Genève vient d’être transféré à Vienne courant septembre. Une jeune femme assurera les ventes de timbres ici, au Palais des Nations, quelques heures par jour. Mon époque est révolue. Avec cette jeune femme, je participerai à ma dernière émission importante, le 24 octobre, sur l’héritage mondial, la collection annuelle et un timbre régulier en mémoire des morts de Bagdad.

Quel est votre meilleur souvenir ? 

J’ai plusieurs souvenirs très forts, j’ai connu beaucoup d’émotions, j’ai rencontré des gens merveilleux. A travailler aux Nations Unies, on devient meilleur, on apprend la tolérance, à accepter les autres, à s’accepter soi-même également. Au contact des autres, je me suis beau- coup enrichie. Je suis très heureuse d’avoir travaillé aux Nations Unies et j’en suis très reconnaissante.

Interview avec Emmanuelle Gantet.