Disparition annoncée des timbres à Genève
Interview avec
Marjukka Maja,
Agent de vente à
l’APNU à Genève.
La vente de timbres est votre métier
de prédilection ?
Non, pas vraiment. Etudiante, jai un peu travaillé à
La Poste en Finlande, mais en dehors de cela, je navais ni la
connaissance ni un goût particulier pour les timbres. Jaime
par contre la vente, le contact avec les clients.
Quelles sont les qualités nécessaires
à votre métier ?
Lécoute, le dialogue, la patience, cest-à-dire
le goût du contact. Depuis plus de 33 ans que je vends les timbres
des Nations Unies au Palais des Nations, cest ainsi que jai
appris à bien connaître mes clients, à les servir
au mieux.
Les Nations Unies est un lieu multiculturel,
en quelles langues parlez-vous ?
Je suis finlandaise. En plus de ma langue maternelle, je parle le
suédois, le norvégien, lallemand, langlais,
le français, lespagnol et litalien. Jaurais
bien aimé aussi apprendre le russe
plus tard peut-être.
Au quotidien cest le français et langlais que jutilise
le plus, mais lallemand est très apprécié,
particulièrement par mes plus anciens collectionneurs.
Qui achète des timbres chez vous
?
Il y a quatre types dacheteurs. les néophytes, les connaisseurs,
les collectionneurs et les marchands. Sans parler des acheteurs occasionnels
qui machètent un ou deux timbres, comme à la Poste,
sauf que les miens sont plus beaux! Jessaie toujours de connaître
la motivation de mon client, sil achète pour une collection,
un souvenir, un cadeau
. Son budget aussi est déterminant.
Votre arrivée au Palais des Nations à Genève en 1969 correspond à laccord entre les Nations Unies et les PTT suisses et donc aux premiers timbres des Nations Unies en francs suisses.
Cest vrai, cétait une époque un peu folle, et révolue. Il y avait alors un véritable engouement, une euphorie pour les timbres. Lactivité était si forte que je devais souvent travailler le week-end. Et les jours démission, cinq ou six jours par an, nous étions jusquà trois personnes au comptoir pour répondre à la demande; avant même que jouvre le comptoir une file dattente patientait. Nos acheteurs inconditionnels venaient autant du Palais que de la ville. Des marchands et des investisseurs mappelaient et me disaient. « Maja, y a t-il quelque chose pour moi? ». Je les attendais parfois même après la fermeture officielle du comptoir. Depuis une dizaine dannées, les affaires sont plus calmes. Les timbres sont toujours aussi beaux mais la passion est moins forte et les jeunes ont dautres centres dintérêt.
Le timbre des Nations Unies, une pièce
rare qui attire encore lintérêt des visiteurs ?
Depuis quelques années, les guides du Palais ne sarrêtent
plus à mon kiosque et les touristes quils accompagnent
ne sont plus autorisés à se promener dans le parc ou les
couloirs du Palais. Seuls les personnes accréditées, ou
les initiés qui demandent à accéder aux timbres
des Nations Unies, peuvent me rendre visite
Ce qui limite fatalement
lintérêt, et les ventes!
Quel est votre chiffre daffaires pour
une journée de vente de timbres ?
Environ 100 à 500 francs suisses. Un jour démission,
cela peut monter à 2000 francs suisses Dans les années
70 jai même parfois atteint 20 000 francs suisses
en une journée. Certains clients, cest plus rare aujourdhui,
peuvent dépenser 1000 francs suisses dun coup.
Les timbres se vendent sous quelle forme
?
Comme dans un bureau de poste, à lunité ou par
planche de vingt, mais également par séries. On peut acheter,
en francs suisses, lédition Suisse, mais également
celle de New York imprimée en dollars ou de Vienne imprimée
en euros. On peut aussi acheter, au-delà des timbres dits courants,
des timbres commémoratifs. Ceuxci sont émis lors de conférences
importantes ou pour soutenir lengagement des Nations Unies par
exemple pour les droits de lHomme, la protection de lenfance,
ou la lutte contre le sida. Ces timbres commémoratifs ne sont
vendus que pendant un an. La série des « espèces
menacées dextinction » est tellement appréciée
quelle est renouvelée chaque année depuis sa création,
en 1993. les ventes se font par blocs de quatre timbres, par feuilles
de seize, ou dans un livre présentant les trois séries
de timbres dernièrement émis accompagnées dexplications
sur chaque animal.
Combien coûte ce livre cadeau sur
les « espèces menacées dextinction »
?
Onze francs suisses, ce qui est correct pour un si beau livre commémoratif.
Cest dailleurs notre meilleure vente. Concernant les émissions
normales, le prix du livre vendu en fin dannée est un peu
plus cher car il y a toutes les émissions de lannée.
lédition de Genève 2002 par exemple est à
22,80 francs suisses.
Quel est le pays le plus acheteur de timbres
des Nations Unies?
Actuellement la Chine. Les visiteurs chinois viennent souvent accompagnés
dun traducteur et achètent des collections entières.
Comment sont créées les cinq
ou six émissions de timbres annuelles?
Le thème, la création, le choix des artistes sont faits
par lONU à New York. Souvent par concours, auxquels peuvent
participer les écoles dart. Mais également en reproduisant
les ouvres de grands artistes tels que Hans Erni (Suisse), Marc Chagall
(France) ou Paul Klee (Allemagne). Certains fonctionnaires de lONU
à Genève, ont également pu exprimer leur art, comme
Sergio Da Silva qui a illustré dune de ses photographies
lenveloppe du premier jour démission des timbres
sur leau douce en juillet 2003. Cette émission, grâce
à lAdministrateur chargé de lAPNU à
Genève, M. Pierre Torrelli, a également bénéficié
de loblitération des Nations Unies.
Vous allez quitter les Nations Unies à
la fin du mois doctobre, qui vous remplacera?
Lessentiel de lactivité du bureau de Genève
vient dêtre transféré à Vienne courant
septembre. Une jeune femme assurera les ventes de timbres ici, au Palais
des Nations, quelques heures par jour. Mon époque est révolue.
Avec cette jeune femme, je participerai à ma dernière
émission importante, le 24 octobre, sur lhéritage
mondial, la collection annuelle et un timbre régulier en mémoire
des morts de Bagdad.
Quel est votre meilleur souvenir ?
Jai plusieurs souvenirs très forts, jai connu beaucoup
démotions, jai rencontré des gens merveilleux.
A travailler aux Nations Unies, on devient meilleur, on apprend la tolérance,
à accepter les autres, à saccepter soi-même
également. Au contact des autres, je me suis beau- coup enrichie.
Je suis très heureuse davoir travaillé aux Nations
Unies et jen suis très reconnaissante.
Interview avec Emmanuelle Gantet.