Au théâtre ce soir
Rachel El Haloui-Deléglise (ONU)

Si je reprends dans mon titre le nom d’une célèbre
émission de télévision, c’est que j’étais
au théâtre hier soir. Pour UNSpécial, je suis à
nouveau partie en expédition, pour voir de quoi avait l’air,
cette année, la programmation à Genève. Ainsi,
la saison 2003-.004 du Théâtre Para-Surbeck, s’annonce
des plus prometteuses. Elle a débuté par une célèbre
pièce du non moins célèbre Eric-Emmanuel Shmitt,
« variations énigmatiques ».La pièce
Connaît-on vraiment la personne que l’on aime ? Peut-on
vivre toute une vie, nourri par le seul feu d’une passion qui
ne dura que quelques mois ? Un duel entre un prix Nobel de littérature
misanthrope et aigri, retiré du monde sur une île de Norvège
et un journaliste qui, prétextant une interview, se révèle
bien curieux. Les mots frappent chacun des interlocuteurs dans ce qu’ils
croyaient de plus fort. Guidés par un suspens entretenu, les
protagonistes vous tiennent en haleine jusqu’à la dernière
réplique.« Variations Enigmatiques » a été
créée à Paris en 1996. Jouée au Théâtre
Marigny par Alain Delon et Francis Huster, cette pièce rencontre
un succès mondial auprès du public des grandes villes,
dont Tokyo, Berlin, Moscou, Los Angeles, et Londres avec Donald Sutherland.
L’auteurEric-Emmanuel Schmitt est un des auteurs les plus joués
en France. Nombre de ces pièces ont été traduites
et présentées dans une trentaine de pays. A 33 ans, le
triomphe de sa pièce « le visiteur » inciteront les
critiques à voir en lui la « révélation de
l’année ». Dans « le visiteur », Eric-Emmanuel
Schmitt vous invite à une conversation entre Freud et Dieu dans
Vienne occupée par les nazis. Fallait oser !Né en 1960
et Agrégé en philosophie, Eric-Emmanuel Schmitt, se révèle
bien vite un nom incontournable du théâtre français.
Comme dit Corneille,. « A toute âme bien née, la
valeur n’attend point le nombre des années », ce
« normal-sup-ien »* s’est imposé sans équivoque
dans la profession exsangue d’écrivain de théâtre
contemporain. - Les écrivains de théâtre sont une
espèce en voie de disparition. Quand on y pense, les écrivains
dont on se souvient et qui sont joués sont plutôt «
ad patres », nous hantant ainsi d’outre-tombe. Il est sans
doute moins risqué « d’archijouer » toujours
les mêmes pièces dont on sait que le succès est
déjà presque garanti. Mais comme dit toujours notre cher
Corneille. à vaincre sans péril, ne triomphe-t-on pas
sans gloire ?le Para-Surbeck
Petit théâtre genevois dans le quartier des grottes, le
théâtre Para- Surbeck est à échelle humaine.
Humaine voire familiale, l’ambiance que Claude Para et Luc Surbeck
ont su impulser à ce théâtre. Ici, pas de superproduction
avec des centaines de jeunes gens qui s’égosillent le temps
d’un tube. Intime et même intimiste, ainsi se décrirait
cet endroit. Un petit Coq au Vin ou une salade avant le spectacle, ça
vous dirait? Pas de souci, ils y avaient pensé…La première
de la pièceLe merveilleux texte de « variations énigmatiques
» est servi par deux acteurs d’exception: Claude Para et
Luc Surbeck.Exceptionnelle, la passion qu’ils n’ont aucun
mal à partager avec le public. Le choix des pièces et
surtout des auteurs, les distingue et révèle un théâtre
de qualité. Ces professionnels font fi d’une époque
où la « tendance » est de présenter des pièces
dites alternatives que personne ne comprend et à texte médiocre.
Si vous aimez les troupes d’amateurs, qui mâchouillent un
texte mal compris, vous serez déçu. En revanche, si une
expérience de 22 ans à user les planches, le grain de
folie et de passion qui font vibrer chaque comédien vous séduisent,
alors n’hésitez pas. ce sont vos hommes.Et si le théâtre
était avant tout un diver- tissement; et si le but était
de passer un bon moment, alors Para et Surbeck ont visé dans
le mille.
Pour les non-francophones sachez que l’expression en français
qui signifie y mettre tout son cœur et son ardeur est « mouiller
la chemise », exprimant ainsi l’idée d’un effort
physique. Cette expression s’applique tout à fait dans
le cas pré- sent, Para et Surbeck ont vraiment mouillé
la chemise.Un coq au vin, une pincée de « variations énigmatiques
» et pour le dessert ? Cela sera une discussion, à bâtons
rompus avec les autres spectateurs. Bien que vous soyez libre de rester
ou de partir, vous aurez la possibilité de poser des questions,
même gênantes, de faire part de votre avis ou tout simplement
d’écouter ce que les autres ont pensé du spectacle.
Ainsi repus, vous pourrez sereinement rentrer ou déambuler selon
votre gré.Pour une première, c’était la bonne.
Une très belle soirée très réussie. N’hésitez
surtout pas à y aller. Variations énigmatiques se jouera
du 22 octobre et jusqu’au 30 novembre 2003.Saison 2003-2004
«…Comme on regarde tomber les feuilles » de Yves Marchand
(d’après Guy De Maupassant) (4 Février – 21
Mars 2004). Un huis clos spectaculaire, tendre et drôle entre
un médecin et son célèbre patient. Cette pièce
a été écrite dans un style lumineux et élégant
(à la manière de Guy de Maupassant), dans lequel se développe
une intrigue haletante.« L’opposé du contraire »
de Martial Courcier (12 Mai - 27 Juin 2004). Un Philosophe misanthrope
et acariâtre ouvre sa porte à un peintre en bâtiment
venu repeindre les volets. Les certitudes du penseur vont être
ébranlées par la spontanéité, le bon sens
et la joie de vivre du peintre. Une pièce très drôle,
un face-à-face irrésistible entre deux mondes qui n’étaient
pas destinés à se rencontrer.Pour s’y rendreThéâtre
Para-Surbeck, 43, rue Louis- Favre, 1201 Genève Tél. +
41 (22) 740 00
75. Il se trouve en face du garage Jaguar, aux grottes. Le bus qui vous
y conduit est le 8, arrêt « grottes ». Vous pouvez
visiter le site du théâtre. www.theatreparasurbeck.ch.
NB. il ne vous en coûtera que 32 CHF. Alors pourquoi vous priver
d’un tel spectacle? * Il a étudié à
l’Ecole normale supérieure.